1939: La chute de Madrid racontée dans un article de l'époque

Cet article, trouvé dans les archives du site du journal britannique ‘’The Guardian’’ a été publié à l'origine dans le Manchester Guardian du 29 mars 1939. Voici sa traduction:

Madrid se donne à Franco

Madrid s'est rendu. Les rebelles qui, en novembre 1936, s'étaient durement battus pour prendre la ville et avaient échoué, sont entrés hier en tant que soldats du gouvernement espagnol nouvellement reconnu, et aucun coup de feu n'a été tiré. Les partisans de Franco dans la ville, la "cinquième colonne" dont il avait déjà parlé, attendaient ce moment depuis plus de deux ans.

Ils sont sortis dans les rues avec enthousiasme à l'idée d'accueillir les troupes qui défilaient. Le général Franco devrait pénétrer dans la ville en triomphe samedi. Valence va peut-être suivre l'exemple de Madrid en se rendant elle aussi. Le Conseil national de Défense (les Républicains) est déjà sur place pour discuter de la question de la remise de la ville. L'Italie et l'Allemagne, comme elles l'avaient fait prématurément en novembre 1936, célèbrent la chute de Madrid. La nuit dernière, à Rome, M. Mussolini est apparu sur son balcon et a déclaré devant dix mille personnes enthousiastes: "L'infanterie de Franco et les légionnaires italiens sont entrés à Madrid et la guerre d'Espagne peut donc être considérée comme terminée. Ainsi finiront tous les ennemis de l'Italie et du fascisme."

Le premier drapeau blanc est apparu au centre de Madrid hier matin. C'était le signal d'un spectacle de levé de bannières blanches faites de draps déchirés, de serviettes et de mouchoirs, sur les maisons, les rues et les tranchées de la capitale. À côté du drapeau blanc, les couleurs rouge et or des nationalistes sont apparus, auparavant dissimulés par la "cinquième colonne" de Franco.

À neuf heures, les troupes de Franco ont commencé à entrer. Trois heures plus tard, la ville entière d'un million d'habitants était entre leurs mains. À onze heures, la reddition a été officiellement annoncée par le réseau sans fil de Madrid. La première section à être occupée était la cité universitaire, au nord-ouest de la capitale, où des troupes républicaines et nationalistes s'étaient affrontées pendant plus de deux ans à travers un étroit no man's land sous lequel elles avaient creusées des tranchées. Un Madrid affamé qui avait tenu pendant ces deux années ne résistait plus.

Les troupes républicaines ont jeté leurs armes et certains de leurs soldats ont envahi les rues en chantant et en criant avec les partisans de Franco. D'autres ont fui devant la peur des représailles. Ils cherchaient désespérément des moyens de s'en sortir, mais les voitures étaient rares en raison de la pénurie d'essence.

Les bérets rouges ont commencé à apparaître, ainsi que les brassards rouges et noirs avec des flèches rouges, l'insigne des phalangistes (fascistes espagnols). Des bannières rouges et dorées de l'Espagne nationaliste étaient suspendues aux fenêtres. Immédiatement après l'entrée des troupes franquistes, tous les prisonniers politiques [détenus par les Républicains] ont été libérés. La nuit dernière, des camionnettes à la radio parcouraient les rues de Madrid en promettant à la population "paix, pain et justice", alors que des convois de nourriture à l'extérieur attendaient pour entrer.

The Manchester Guardian le 29 mars 1939

URL de l'article original:

https://www.theguardian.com/theguardian/2011/mar/29/archive-madrid-gives-itself-up-to-franco-1939

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