Lundi 8 décembre se tenait devant le Rectorat d'Orléans un rassemblement contre les propositions pour la nouvelle carte d'Education Prioritaire. Ce jour-là, madame le Recteur présidait un Comité Technique Académique pour annoncer les mesures concernant l'Eure-et-Loir.

Les médias présents (l'Echo Républicain, France 3 Centre, Le Perche.fr, Radio Intensité) qui ont couvert l’événement ont présenté les résultats de ce CTA sous une forme factuelle en mettant en avant le maintien d'une partie des écoles concernées comme une victoire. Or, certains établissements n'ont pas obtenu gain de cause, notamment le nôtre situé en zone rurale isolée, le collège Joachim Du Bellay, à Authon-du-Perche. Nous ne demandions pas à entrer en Réseau d'Education Prioritaire, mais simplement à y rester. Nous regrettons que nos arguments avancés auprès des journalistes nous ayant interviewé n'aient pas du tout été relayés.

La situation d'un établissement isolé comme le nôtre présente des particularités peu connues qui méritent tout autant que des établissements urbains l'octroi de moyens en lien avec le Réseau d'Education Prioritaire. En effet, nos élèves vivent éloignés de tout : il n'y a pas de cinéma, pas de salle de spectacle, pas de bibliothèque, pas de centre de loisirs, pas de piscine, très peu d'associations dans un rayon de 20 kilomètres. Authon-du-Perche et ses alentours sont situés en Zone de Revitalisation Rurale, zones reconnues comme des territoires ruraux qui rencontrent des difficultés particulières : faible densité démographique, handicap structurel sur le plan socio-économique. Nos élèves viennent par exemple à 45,5 % de catégories socio-professionnelles défavorisées, et sont boursiers à 29 %. A l'inverse, ils ne viennent de CSP favorisées qu'à hauteur de 10 %, avec pour conséquence une très faible mixité sociale. Pourtant, nous ne bénéficions même pas de la présence d'une assistante sociale au sein du collège, à laquelle tous les établissements scolaires, même hors ZEP, ont droit. En l'absence de partenaires sociaux et culturels proches, l'établissement demeure la seule institution pouvant permettre l'ouverture culturelle et citoyenne, le développement de l'ambition scolaire, la construction d'une orientation choisie dans un objectif de la réussite du plus grande nombre et l'intégration dans la vie socio-professionnelle locale. Ce sont d'ailleurs les axes de notre projet d'établissement depuis des années.

Notre ministre justifie la refonte de la carte des REP par l'évolution des situations depuis leur création. Or, nous sommes dans le cas, justement, d'un secteur rural dont la situation n'a absolument pas changé en 30 ans, et l'inscription en Réseau d'Education Prioritaire permettait de lutter au mieux contre le phénomène de reproduction sociale. En bénéficier signifie des effectifs par classe limités (rendant possible des pédagogies différenciées et un suivi personnalisé) des projets pluridisciplinaires, des actions de prévention ou d'éducation préparant nos élèves au monde d'aujourd'hui, des subventions supplémentaires indispensables pour compenser l'éloignement géographique de toute structure, du soutien scolaire pour les plus démunis, et une équipe d'encadrement renforcée et stable. Ces difficultés éducatives et scolaires sont invisibles, les zones urbaines attirant plus souvent les faveurs des médias, mais elles sont bien réelles et tout autant préoccupantes quant à l'avenir des jeunes que nous prenons en charge.

Notre mobilisation pour ce maintien en REP est forte depuis l'annonce de cette menace : vote d'une motion conjointe des personnels et parents d'élèves au Conseil d'Administration du collège, pétition en ligne, rassemblement des parents d'élèves devant l'établissement, délégation des personnels et parents puis des élus locaux auprès du Directeur Académique d'Eure-et-Loir, grève générale ce lundi 8 décembre et délégation d'une grande partie de l'équipe pédagogique le jour même pour le rassemblement unitaire devant le Rectorat. C'était l'occasion, pour les médias, de relayer nos inquiétudes et de rendre enfin visibles nos difficultés trop souvent oubliées. Nous souhaitons par cette lettre faire entendre la voix d'un public trop peu entendu.

 

L'équipe éducative du collège Joachin du Bellay

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