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Billet de blog 7 févr. 2021

Autoroute Castres-Toulouse: l’Etat va-t-il commettre les mêmes erreurs qu'à Sivens?

Alors que le concessionnaire devrait être connu dans les prochains mois, le projet d’autoroute Castres-Toulouse prend l’eau de toutes parts, ce qui semble faire douter jusqu’aux plus grands défenseurs de ce projet à un demi-milliard d’euros.

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« La situation sanitaire inédite dans laquelle se trouve le monde et particulièrement notre pays nous incite à une grande prudence et plus que jamais à la réflexion, qu’il s’agisse de la gestion quotidienne ou de la réalisation des projets de grande ampleur. »

Il ne s’agit pas là d’un opposant à l’autoroute mais bien du maire de Castres et de sa majorité municipale qui se sont exprimés dans le dernier numéro de Castres Magasine.

Et pour cause, les défenseurs de ce projet semblent à court d’arguments, répétant en boucle le seul élément de langage que les lobbyistes de l’autoroute ont su leur souffler: il faut désenclaver la ville de Castres quoi qu’il en coûte ! Quitte à nier l’évidence: un aménagement de la route existante profiterait au plus grand nombre, gratuitement, et avec un impact environnemental et financier incomparable. Les 10 000 automobilistes qui vont profiter du réaménagement de la D612 entre Albi et Castres dès cette année pourront en témoigner.

UNE ÉTONNANTE CONCEPTION DE L’UTILITÉ PUBLIQUE

Dans le contexte de crise économique et environnementale que nous connaissons, à l’heure où nous sommes incités à télétravailler et à réduire nos déplacements, ce projet autoroutier a tout d’un fiasco financier et environnemental annoncé.

Et quand on y regarde de plus près, ça donne le tournis.

Les partisans de ce projet, État en tête, souhaitent dilapider plus de 250 millions d'euros d’argent public dans une autoroute dimensionnée pour 40 000 véhicules, quand la route existante compte 5000 à 8000 trajets journaliers.

Un smicard devrait dépenser deux heures de salaire (20 euros) pour parcourir les 108 km de trajet et gagner 25 min (A/R), sans compter le coût du carburant supplémentaire.

Ce ne serait pas moins de 450 Ha d’espaces agricoles et naturels qui seraient artificialisés pour une autoroute qui ne profiterait qu’à quelques privilégiés.

Des routes nationales d’utilité publique déjà aménagées en 2x2 voies, à Soual et à Puylaurens, seraient réquisitionnées pour l’autoroute, obligeant les usagers de la RN126 (et une partie des poids lourds) à traverser les villages ou à payer un concessionnaire pour se déplacer.

Cet entêtement irrationnel de quelques-uns, qui s’enferment dans la défense d’un projet totalement disproportionné, condamne les habitants du sud du Tarn à se priver d’un aménagement de la route existante.

LES CARRIÈRES, LE MENSONGE DE TROP !

Les arguments des opposants ne manquent pas à la veille de la clôture de l’appel d’offre. En 2016 déjà, l’Autorité environnementale et le Commissariat général à l’Investissement avait sévèrement dénoncé la démesure de ce projet, pointant du doigt la fâcheuse tendance de la DREAL à s'arranger avec les chiffres et l'absence de prise en compte du projet alternatif d'aménagement de la RN126.

C’était sans connaître les nouveaux éléments qui émergent aujourd’hui, notamment des projets de carrières temporaires, pourtant inexistants dans le dossier d’Enquête publique du projet autoroutier, mais qui fleurissent le long du tracé, pour exploiter des quantités astronomiques de remblai (2,8 millions contre 1,3 millions dans l’Étude d’Impact Environnemental).

FACE À CES IRRÉGULARITÉS, LA FRONDE S'ORGANISE DANS LE TARN

Le collectif Stop Carrière Montcabrier 81, après avoir alerté le Premier Ministre sur l’illégalité de ces carrières, demande en urgence à la Ministre de la Transition Écologique la réalisation d’une étude sérieuse et transparente concernant les quantités réelles et la provenance des remblais nécessaires à la réalisation de l’autoroute. Cette nouvelle expertise semble indispensable pour rétablir la confiance dans ce dossier.

Dans une lettre ouverte adressée à Mme Pompili, le collectif PACT (Pas d’Autoroute Castres-Toulouse) demande quant à lui une commission d’expertise indépendante, et exhorte l’État à retrouver la raison avant de s’engager sur la voie de l’illégalité, ce qui provoquerait une réaction citoyenne légitime dans le Tarn.

L’État vient d’être condamné pour avoir laissé, à grand renfort de CRS, défricher la zone humide de Sivens en 2014. Espérons qu’il soit cette fois-ci plus sensible aux signaux d'alertes que lui lancent les citoyens tarnais.

Articles suite aux avis de l'Autorité environnemental et du CGI:

https://www.ladepeche.fr/article/2016/10/11/2436491-autoroute-l-avis-severe-de-l-autorite-environnementale.html

https://www.ladepeche.fr/article/2016/10/19/2441959-autoroute-encore-avis-tres-reticent-commissariat-investissement.html

Projet d'aménagement de la RN126:

https://drive.google.com/file/d/0B3-dxW720hw3eXhmdkN0N1c2eGs/view

Avis délibéré de l'Autorité environnementale

http://www.cgedd.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/161011_-_Liaison_autoroutiere_Castres_Toulouse_31-81_-_delibere_-_corrige_cle096d1f.pdf

Vidéo du collectif Stop Carrière Montcabrier 81:

AUTOROUTE CASTRES-TOULOUSE, DES CARRIÈRES POUR ENTERRER L'AVENIR ! © Stop Carrière - Montcabrier 81

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