Tuerie de Charlie Hebdo, ne nous trompons pas de guerre

Quelques jours seulement après l’attentat de Charlie Hebdo, les réactions de chacun diffèrent. Parce que nous sommes tous différents, de par nos sensibilités, nos personnalités, nos valeurs, nos croyances, nos peurs. Certains pleurent, ou hurlent leur révolte. D’autres ne disent rien. D’autres encore préfèrent se recueillir, réfléchir seuls. D’autres à plusieurs, d’autres pas. Certains y trouvent des opportunités pour agir à des fins purement égoïstes. D’autres encore se laissent emporter par les amalgames, la provocation et la colère. Certaines réactions sont bien sûr profondément déplorables, voir condamnables. Mais, reflétant aussi la réalité de notre société, elles sont malheureusement inévitables. Donner de grands discours d’unité est délicat : quelle unité ? Nationale ? Mondiale ? Humaniste ? Sommes-nous tous d’accord ?

Dans ce contexte, le plus important aujourd’hui, me semble-t-il, est d’abord de ne pas se jeter la pierre les uns les autres. Se donner le droit de réagir, conserver la liberté de nos différences, rester ouverts et tolérants envers nos voisins, à l’image des valeurs humaines scandées par tant ces jours-ci au nom de ce nouveau symbole qu’est devenu « Charlie »… Car nombre d’entre nous souhaitons la même chose : vivre dans une société dans laquelle l’acceptation de l’autre, de ses opinions et de sa différence, et donc de la liberté de chacun d’être libre de ses pensées, sont les piliers. Nous sommes tous touchés par l’horreur de ces événements tragiques, parce qu’ils nous ont touchés de si près. S’applique alors la loi de proximité, naturelle, humaine. Une attaque à notre pays, à notre presse, à notre culture. Mais après le temps du deuil, posons-nous les questions fondamentales sur les problèmes de fond posés aujourd’hui, apprenons à communiquer correctement et ne nous laissons pas déborder par nos différences d’opinion, qui nous divisent au lieu de nous enrichir et de nous unir. C’est notre seule chance de sortir vainqueur de cette guerre d’idéologie, qui malheureusement ne date pas du 7 janvier 2015, et qui oppose ceux qui se battent pour la liberté d’expression, l’acceptation de nos différences dans le respect d’autrui et de la vie, et le refus de céder à la violence et à la haine, à ceux dont le seul souhait est de dicter et d’imposer des idées, en refusant tout débat et en dirigeant par la terreur et par les armes.

Si l’on part du principe que nous sommes nombreux à être dans le premier camp, se diviser les uns et les autres nous dessert et nous affaiblit. Si l’objectif est de gagner cette guerre d’idéologie pour conserver notre liberté de penser, il est important de garder un certain recul et de s’unir, à l’échelle planétaire, avec tous ceux qui fondamentalement souhaitent la même chose. Et non de critiquer qui est hypocrite, ou pas, qui est impliqué, qui ne l’est pas assez, qui s’est réveillé hier, ou qui se battait déjà… Rester concentré sur le débat de fond qui s’élève aujourd’hui dans les consciences sur la liberté d’expression, pour pouvoir continuer à chercher intelligemment des solutions pour résister malgré la peur; tel est notre plus grand challenge aujourd’hui.

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