Dans le grand départ je t'aime plus encore

Poème de Mahmoud Darwich - Anthalogie (1992-2005) poème traduits de l'arabe (Palestine) par Elias Sanbar.

DANS LE GRAND DEPART

JE T'AIME PLUS ENCORE

 

Dans le grand départ je t'aime plus encore. Sous peu 

Tu refermeras la ville. Je n'ai pas de cœur dans tes mains,

et pas

De chemin qui me porte. Dans le grand départ je 

t'aime plus encore

Notre grenadier après toi a perdu sa sève. Plus légers

les palmiers

Plus légères les collines, et nos rues dans le crépuscule

Et la terre qui dit adieu  à sa terre. Plus légers les

mots

Et les contes sur les marches de la nuit. Mais mon

cœur est lourd

Laisse- le là, qui hurle autour de ta maison et pleure

les beaux jours

Je n'ai d'autre patrie que lui. Dans le grand départ je

t'aime plus encore

Je vide l'âme des derniers mots. Je t'aime plus encore

Dans le départ les papillons guident nos âmes. Dans

le départ

Nous nous souvenons d'un bouton de chemise

perdu, et nous oublions

La couronne de nos jours. Nous nous souvenons de

la sueur aux parfums de l'abricot, et nous oublions

La danse des chevaux dans la nuit de noces. Dans

le départ

Nous égalons l'oiseau. Nous compatissons pour nos 

jours et nous nous contentons de peu

Il me suffit de toi le poignard doré qui fais danser

mon cœur meurtri

Tue-moi lentement et je dirai : je t'aime plus que

Je ne l'ai dit avant le grand départ. Je t'aime. Rien

ne me fait mal

Ni l'air, ni l'eau. Plus de basilic dans ton matin, plus

De lys dans ton soir qui m'endolorissent après ce départ

 

 

 

 

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