De la couleur des collines

Lettre du 3 mai 2020.

Je t'écris à toi. Celui a qui j'ai dit : Je t'aime. 

Mille fois et plus encore si l'on compte tous les

je t'aime que j'ai ressenti sans te les dire.

 

Je t'écris à toi. Pour te dire que parfois 

c'est dans les larmes que l'on trouve la substance

révélatrice du cœur.

 

Ce n'est pas une parole individualiste. De grands

poètes l'ont décrit aussi.

 

C'est parfois aussi dans les larmes que surgit 

l'amour et ce poète le décrit avec merveille 

de ces mots, douce musicalité éprouvée et

émouvante. 

Un poème, ce poème sur l'amour c'est le cri de l'aurore.

Vois-tu de quel poème je veux parler ?

 

Si tu m'aimais... je t’emmènerais dans mon

endroit secret. Cet endroit, je l'ai quitté il y a 

très longtemps. Je n'y retournerai peut-être jamais. Mais,

toi, peut-être que je te le montrerais...

 

C'est là que je parlais  avec les astres, le ciel et les collines. Que

j'étudiais les variations des sept couleurs de l'arc-en-ciel.  Je n'avais

pas ouvert les livres... car devant moi le livre était ouvert. La beauté,

la douceur, le mystère, l'air odorant, l'intrigante couleur, une palette 

émotionnelle indéfinissable et agréablement belles, insaisissable, je 

me recueillais là, à chaque matinale échappée au vent tiède et odorant

dans le sillage de cette perspective. Un temple idyllique. L'avènement

naturel se dressant comme un orchestre de lumières chantant  sans voix

les couleurs de la beauté.

 

On doit pouvoir encore admirer cette 

mystérieuse teinte secrète qui voile les

collines à certaines heures du jour... c'est de tout ce 

charme que je suis enfouie. C'est de tout de toutes

ces notes que mon cœur est nourri.

 

Tout cela est resté enfoui en moi. J'attendais

de la partager avec celui que j'avais aimé. Oui,

cet être, je croyais que c'était toi. Je t'avais dit

que tu devais être mon ange... quand je regardais par 

le hublot du bus défiler les couleurs de la campagne. 

J'avais quitté Paris pour rejoindre le sud. 

C'était l'été 2019.

 

Avons-nous le droit d'être à certaines heures plus sensible 

que d'autre et de les partager ? Sans avoir peur d'être catégorisée ?

 

N'est-il pas essentiel d'évoquer notre fragilité ?

 

Et cela nous remet-il en question quant à notre capacité à répondre 

à la difficulté ?

 

 

 

 

 

 

 

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