le 12 de l'enfer

Dans l'enfer du travail. L'abject a le parfum de la mort. Récit d'une douloureuse expérience : la chronique annoncée de mon liciement. Une série ahurrissante.

Nous sommes en septembre de l'année 2020, la cellule de recrutement de Paris centre m'affecte à l'année dans une école du 2e arrondissement de Paris. Le début de l'enfer.

L'arrivée dans cette école est facile. Je suis animatrice périscolaire. Je suis affectée au poste d'interclasse midi et j'ai déjà travaillé avec l'équipe des animateurs en place.

Elle est grande, très grande, elle a les yeux en colère, toujours en colère. Un béret rouge. Toujours un béret sur la tête. Elle, c'est la bête de l'équipe. Celle qui fait fuir les anim'. Celle qui terrorise les gosses et toutes les personnes entravant son chemin : l'animatrice titulaire. Avec sa grosse voix forte et son regard de furie, les enfants de l'école se tiennent au garde à vous. On pourrait l'appeler la légionnaire.

La légionnaire m'a déjà ordonné de lui obéir mais je l'ai foudroyé avec mon regard de justicière. Je n'aime pas les dictateurs et encore moins les dictatrices. J'ai combattu le monstre, et obtenu une distance respectable entre nous. Mais chasser le naturel, il revient au galop. Ou devrais-je dire, le carnivore ne lâche jamais sa proie.

Un matin, la légionnaire me regarde avec ses yeux de karaba qui louchent : - mais où tu vas ? J'allais chercher un livre dans le bureau de la cheffe. Elle me fustige : - tu ne peux pas laisser les enfants dans la cour. Je lui répond : -  J'en ai pour une minute. Pour autant, la légionnaire ne s'est pas proposé pour la surveillance. Mais un légionnaire en chef est là pour fustiger pas pour épauler.

La légionnaire a fait son rapport immédiatement à la cheffe, une parvenue qui à l'instar de la légionnaire aime jouer les adjudants cheffes, elle pratique allègrement la stigmatisation sur les enfants. Toutes deux sont comme les doigt de la main sur cette question, unies pour marcher sur la chartre éducative signée par la mairie de Paris.

Dans la minute, la cheffe me rappelle à l'ordre. J'aquiesse. Et le manège de la cour repart. Un taux de décibel explosif. Des rires d'enfants bouillonnant. Le bureau des plaintes infantiles ouvert. Le manège du quotidien. Une cour en effervescence sous le regard protecteur et taquin de ma tour de garde.

La légionnaire a du tempérament. Contrarier le pentagone de l'animation relève de l'ultimatum.

C'est ce qui m'est arrivé. J'ai contrarier la légionnaire.

Un après-midi alors que je descendais les escaliers de la classe vers 15 heure, je croise une demoiselle d'habitude très débrouillarde posée toute seule par terre devant l'entrée du préau à côté du bureau où se trouve la boîte crocodile - Mais qu'est-ce que tu fais là ? Elle bafouille un peu et à l'air un peu perdue. Des affaires se trouvent à ces côté. Je suppose qu'il s'agit d'un accident de vessie. En effet, alors que je me dirigeait vers le bureau de la parvenue, je la vois et l'entends débarquer comme une furie. La légionnaire envoie miss natte derrière les matelas du préau : - change toi ici. Je vois miss natte optempérer aux ordres de la légionnaire. La demoiselle est très gênée. Elle sait qu'elle ne peut rien dire.

La légionnaire serait-elle entrain de commettre une infraction au protocole de change ? Même les miradors de surveillance s'octroyent des entorses au plus important des règlements : le respect de l'intimité du corps. Je suis sidérée et très triste pour cette miss qui subi une atteinte à son droit le plus légitime être respecter dans son intimité.

J'ai signé mon arrêt de mort en ce jour de vacation lorsque j'ai décidé d'en parler avec ma cheffe, la parvenue. Sa réponse fût brève mais éloquente : - tu comprends, elle fait ça pour ne pas avoir d'ennuie avec les parents, les histoires de pédophilie.

Ma conscience professionnelle était éprouvée à son degré le plus profond. Néanmoins, je suis fière de ne pas avoir fait un remake de la triologie des singe philosophes. J'ai insisté pour faire comprendre que le relâchement dans l'équipe sur cette question n'est pas acceptable. Le protocole de change intervient avec le relais des auxiliaires éducatives et le respect de l'intimité du corps de l'enfant doit se faire dans un lieu à l'abri des regards.

Sans le savoir, je m'enfonçais dans le couloir de la mort.

Le clan des légionnaires ne s'est pas fait presser. Une auxiliaire en poste à la cantine refusait de me rendre mon boujour et ignorait ma présence. Ce qui d'un point vue  de la communication était pénible.

La cheffe a demandé une coopération à l'acolyte de la légionnaire qui a continué son cirque. Ce qui a engendré une embrouille digne des sorties de collèges entre elle et moi. Mais l'embrouille a atteint son apogée lorsqu'une cantinière a fait front avec l'auxiliaire contre moi. L'embrouille maximale. Une sorte de solidarité clanique. Les ordres de la cheffe on été claire. Je devait faire preuve d'intelligence. Et les considérer avec respect du fait qu'elles étaient des anciennes. Une sorte de mafia en quelque sorte. Pendant ce temps les vrais problèmes de la cantine s'accumulaient : être attentive à la propreté des enfants, apprendre aux enfants à essuyer leur bouche, reduire les décibels pendant le repas, repecter les choix alimentaires de la famille. Mais non, l'itelligence était de respecter le bizutage mis en place par le clan de la légionnaire.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.