Appel citoyen: pétition d'Amnesty International contre le transfert d'armes au Yémen

Le Yémen est pris au piège de la plus grave crise humanitaire du monde d'après l'ONG Amnesty international : une épidémie de choléra mortelle, 500 000 cas dont 2 000 décès, 14 millions de personnes soit la moitié de la population menacée par la famine dont 2 millions d'enfants en malnutrition aiguë; une crise humanitaire résultant d'un conflit en violation du TCA de l'ONU.

"la guerre que mène l'Arabie Saoudite au Yémen est un véritable génocide caractérisé avec la complicité de tous les pays occidentaux, (...), l'OTAN, les EU, les pays du Golf sauf certains comme l'Oman", Ayssar Midani, experte politique syrienne.

"Toutes les parties au conflit au Yémen, continuent d'infliger des souffrances inimaginables à la population civile", a déclaré Amnesty international le 25 mars 2019, pour les quatre ans du début du conflit au Yémen.

Alors pourquoi, l'ONU n'arrive t-elle pas à faire respecter le Traité de commerce des Armes, le TCA, entré en vigueur le 24 décembre 2014 ?

En 2014, l'ONU a fait entré en vigueur le TCA selon les règles suivantes : " les transferts d'armes sont interdits s'il existe un risque prépondérant qu'elles ( les armes ) ne constituent à la violation des droits humains, ou si l'ont sait qu'elles peuvent être utilisées pour commettre des crimes de guerres." Un dur combat" qualifié par l'ONG, pour que les États respectent ces règles.

Selon Amnesty International, plusieurs États occidentaux, dont les EU, le Royaume Uni et la France continuent de fournir des armes aux membres de la coalition menée par l'Arabie Saoudite et les Émirats arabes, alors que les ONG ont mis en évidence des crimes de guerres commis au Yémen par l'usage des bombardements de la coalition.

"Massacre de civils, d'enfants, bombardements des salles d'obsèques, de mariages, marchés, bus d'enfants", "l''Arabie Saoudite a le libre jeu au Yémen"; en août 2018 la coalition a empêché quatre bateaux chargés de  71 tonnes de carburant d'atteindre Hodeiah; en mars 2018 c'était une cargaison d'aides retardée de trois mois en raison d'un déroutage vers la ville d'Aden.

"Auparavant je supposais que le monde ne savais pas ce qui se passait dans mon pays." confiait Radhya al Mutawakel, militante en faveur du contrôle des armes et responsable de l'organisation Mwatana; elle dénonçait également le manque de volonté des EU, du Royaume Uni et de la France à appuyer une investigation réclamée sur les crimes de guerre lors d'une session au Conseil des Droits de l'Homme.

"Vous pouvez imaginer à quel point il est difficile de faire un travail au beau milieu d'un conflit armé. Pourtant, le plus difficile pour moi serait de me retrouver totalement impuissante sans pouvoir aider" ( propos de Radhya Mutawakel, extrait del'article Cela doit cesser; à la rencontre de trois femmes qui militent pour un meilleur contrôle des armes, site Amnesty International ).

"Commerce des armes : c'est le mot clé du conflit."selon Radhya

Quelques chiffres, le commerce des armes mondial c'est 100 milliards de dollars par an; depuis le début de la guerre au Yémen, le vente d'armes a rapporté 4,6 milliards de livres sterling au Royaume Uni et 1 milliard d'euros en 2016 à la France ( Source de l'Observatoire des armements ).

Le rôle de la France dépasse le cadre des ventes d'armes avec l'Arabie Saoudite mais fourni de surcroit un soutien militaire. Comme le mentionnait le député LREM, Sébastien Nadot, à l'origine d'une commission d'enquête au parlement, "l'Arabie Saoudite est un pays ami"; depuis 1982 la France et l'Arabie Saoudite ont un accord pour former les pilotes de chasses saoudiens; mais l'accord ne s'arrête pas là, la France fournie aussi à l'Arabie Saoudite des images satellites dans le cadre du conflit au Yémen et assure la maintenance des navires saoudiens et émirats - Guerre au Yémen, la France au chevet de la marine saoudiennemars 2019 Médiapart.

La France est le deuxième exportateur d'armes après les EU;  trois patrouilleurs, canon CAESAR livrés à l'Arabie Saoudite; frégates et deux navires porte hélicoptères à l’Égypte; trente hélicoptères caracals fournis au Koweit.

Pourtant, malgré la résolution du Parlement Européen pour arrêter les ventes d'armes, notamment à l'Arabie Saoudite et l'intervention en mars dernier du groupe FI réclamant une commission d'enquête, certains pays dont la France poursuivent encore leur commerce et affiche leur soutien à la coalition contre le Yémen; de rappeler le massacre d'enfants d'un bus partant en vacances à Saada faisant une trentaine de victimes et des dizaines de blessés; d'après certains experts, la France pourrait commercer avec d'autres pays en respectant le TCA; son entêtement à commercer avec ces pays, qualifiés par certains de monarchies génocidaires est un choix d'alignement avec l'hégémonie américaine œuvrant dans cette région et de faveurs potentielles de contrats " juteux" proposés par la coalition aux pays occidentaux.

La France est actuellement présidente du Conseil de sécurité de l'ONU et Présidente du G7 2019. Que peut-on attendre de cette position pour la construction d'une paix durable ? Des pays en exode refoulés à nos frontières ? des blocus privant les enfants de nourriture et soins ? En France, chaque décision d'exportation est entre les mains de la Cieemg, la Commission interministérielle pour l’étude des exportations de matériel de guerre, qui est sous la tutelle du premier Ministre." souligne l'Observatoire des armements.

"78 % des armes du monde proviennent de 6 pays : l'Allemagne, la Chine, EU, la France, le Royaume Uni, la Russie"

"12 milliards de balles sont fabriquées  chaque années"

"875 millions d'armes à feu dans le monde"

Le contrôle des armes, selon Amnesty International, repose sur trois points clés: ratifier le TCA, adopter ou modifier des lois afin qu'elles reflètent le traité, appliquer ces lois comme il se doit.

" Nous pouvons faire pression sur les États afin qu'ils mettent un terme aux transferts d'armements, réduisent les violations des droits humains, et la souffrances des civils, et fassent comprendre à la coalition que les atteintes persistantes aux droits fondamentaux ne seront pas tolérés." Amnesty International, 8 avril 2019.

Pétition contre le transfert d'armes à destination de la coalition dirigée par l'Arabie Saoudite et les Émirats arabes en ligne sur le site Amnesty International.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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