" Nous sommes tous des palestiniens " : manifestation à Paris

Paris, samedi 15 mai. Une manifestation de soutien à la Palestine, déclarée hier, puis interdite par le préfet de Paris. Ilselles étaient quelques milliers. Ceci est le récit d'une bataille : une journée de manifestation réprimée.

" Nous sommes tous palestiniens ". A Paris, c'est cette image qui restera dans les mémoires, celle d'une jeunesse arborant un drapeau palestinien avec derrière elle, le monument du Sacré Coeur et une foule impressionnante de gens qui a surgit de nulle part et qui a crié en plein coeur du quartier de la Goutte d'or, Nous sommes tous palestinien.

C'est cette espérance qui a mobilisé la jeunesse en colère et indignée, prenant la tête d'une manifestation déclarée mais interdite par le préfet de Paris. Avec injonction du ministre de l'intérieur.

Il est midi. Déjà, commence les verbalisations. À la fontaine des Innnocents, des parents accompagnée de leur fille se font verbaliser par la police qui quadrille le quartier secondé par une équipe de la BRAV. Ces personnes présentes sur le lieu portaient une écharpe au couleur palestiennes. La police lance des injonctions à circuler. Le ton de la manifestation de Barbès est donné.

Il est quinze heure. Le calme avant la tempête. Les forces de l'ordre sont massivement déployées dans le quartier de Barbès. Autour du métro, un périmètre de contrôle est installé. Aucun moyen de traverser de Magenta à Barbès. De multiple points de contrôle cernent le périmètre. Des dizaines de camions de police attendent dans les rues. Un camion à eau est posté en plein milieu de la rue devant le métro Barbès. Les injonctions de circuler pleuvent.

De nombreux obstacles se sont dressés pour freiner la manifestation, mais ni la pluie, ni les grenades de gaz lacrymogène, ni les points de contrôle, ni l'impressionnant dispositif répressif n'ont empêché la determination d'avancer jusqu'à République.

Il fallait compter sur cette détermination pour oser déjouer les pièges des forces de l'ordre. Dès 15h30, un comité de soutien à la Palestine se réunit dans les rues adjacentes au boulevard Barbès quadrillé par la police. Au bas d'une rue, on entend des chants de protestations et au loin on distingue des drapeaux qui s'agitent. Les couleurs de la Palestine flottent dans le quartier de la Goutte d'or. Vert, Rouge, Blanc, Noir...débute l'épicentre de la protestation contre l'apartheid israëlien. Ils avancent et reste un moment à scander des slogans contre l'État d'Israël. Pourtant malgré la liesse de leur chant et la colère qu'ils arborent, l'ambiance est sous tension : une garde policière armée et casquée les scrute à quelques mètres de distance. Une ombre menaçante qui a comme des fourmis dans les jambes. La tension est palpable. D'un côté la fougue audacieuse des protestations et de l'autre, une répression prête à obéir aux ordres.

Sous la pression des forces de l'ordre, le comité de soutien, maintenant une centaine, avance en sens inverse des fdo. Criant, scandant, s'indignant haut et fort de la situation d'oppression maintenue par Israël en Palestine. En tête, un immense drapeau palestinien est brandit. Les forces de l'ordres ont lancé leur première grenade lacrymogène. La détonation n'a pas empêché le cortège de poursuivre. Ils ont rencontré en bas de la rue empruntée un barrage agressif de police.

Fuyant le barrage, le cortège a remonté la rue et, c'est à cet instant qu'a surgit la foule avec peu de pancartes, mais dans leur voix un cri à l'unisson : " Nous sommes tous palestinien". Dans le fond de la rue, jaillissant, le Sacré Coeur. Cette scène, presque irréelle, a immortalisé la foule citoyenne avançant vers le boulevard la Chapelle en direction de Stalingrad, comme un torrent, chancun.e n'en croyait pas ses yeux. Mais ces quelques instants solidaires, ont été durement réprimé, au pic de cette liesse citoyenne : des grenades lacrymogène ont éclaté au milieu de la foule, séparant le cortège en deux, asphixiant les personnes. Emporté par l'espoir et cette colère, ils ont persisté vers leur but : atteindre la place de la République. Mais cela c'est fait sous une très forte pression des forces de l'ordre qui n'ont cessé de mitrailler la foule de grenades par intermittence et cela jusqu'à la Gare de l'Est. A quelques mètres de la gare, des détonations ont retenti et un nuage épais, sulfureux et jaunâtre, s'est élevé, un peu comme celui d'un essai nucléaire. Là, un mouvement de panique s'est enclenché face à l'agression insupportable des gaz. Des passants avec des enfants ont été pris au piège des lancements de grenades lacrymogène. La foule s'est échappée vers le canal Saint Martin. Suffocants et larmoyants, les manifestant.es se sont retrouvés devant les forces de l'ordre en plein boulevard Magenta.

La technique de nassage les a contraint une nouvelle fois à échapper à la police. Mais après deux heures de bataille, la place la République a été prise par des chants pour la Liberté et des cris de colère contre l'apartheid subi par les palestiniens sur leur terre. Des pancartes ont émergé : " La propagande est aux démocraties, ce que la violence est aux dictatures ".

" Macron complice ", la protestation contre les tirs israëlien prenant pour cible des civils palestiniens, dont 31 enfants (bilan en évolution), s'est adressée à nos dirigeants : il y a urgence.

" On a réussi ! " s'est écrié un manifestant vers 18h. La police n'est pas intervenue entre 16h30 et 18h pendant le rassemblement place de la République.

Avons-nous réussi à faire entendre que les démocraties ne peuvent soutenir des pays en violation du droit internationnal des peuples ? Que l'urgence est là : la troisième intifada, " soulèvement " est commencée. La Palestine souffre de la colonisation, elle réclame la paix : la reconnaissance de son droit d'existence.

En parcourant l'histoire de ces nations, il semble que l'histoire ne fait que se répéter : cette volonté pour certain d'entretenir l'hostilité. À qui profite cette hostilité ?

Extrait d'un article d'Albert Londres ( Six articles du Petit Marseillais, éditions Michka) La France en Palestine : quel sort sera fait à Jérusalem ? ( janvier 1920 )

" Jérusalem, janvier 

(...) les cloches des églises catholiques ne cessent de sonner ; devant chaque mosquée, des pélerinages de musulmans sont en prière et au mur des Lamentations, les fils d'Israël pleurent et déchirent leurs vêtements, qui n'ont pas besoin de ce traitement pour être en loques.

(...) Jérusalem est le troisième sanctuaire des musulmans. Là, au-dessus du rocher des holocaustes, on sacrifiait Abraham : sur l'emplacement du temple s'élève l'illustre mosquée d'Omar. Si le temple se relève, la mosquée doit disparaître. Ce serait, dans cette proche Asie, l'avènement d'une ère de sang. Telle se présente, aujourd'hui, la situation en Palestine. La France répondra-t-elle à l'appel désespéré que lui lance cette terre ?

Nous avons donc - tous - rendez-vous avec notre histoire pour construire la paix.

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