La crise d’égalité des chances dans l’enseignement

Le Conseil Gouvernemental (Marocain) a adopté le projet de décret relatif à la création de nouveaux établissements universitaires au changement des appellations d’autres, ce projet doit être réexaminé et on doit entreprendre une analyse complète des défiances de cette politique inégalitaire qui n’assure à aucun moment l'égalité des chances entre les étudiants.

Le Conseil Gouvernemental a adopté le projet de décret relatif à la création de nouveaux établissements universitaires au changement des appellations d’autres, présenté par le ministre d'Enseignement national, la formation professionnelle, l'enseignement supérieur et la Recherche Scientifique le jeudi 11 avril passé. Pour ma part ce projet doit être réexaminé et on doit entreprendre une analyse complète des défiances de cette politique inégalitaire qui n’assure à aucun moment l'égalité des chances entre les étudiants.

Cette décision interpelle l'engagement politique au respect de la Déclaration universelle des droits de l'homme et la Constitution marocaine, selon l'article 26 de la Déclaration universelle des droits de l'homme signée par le Maroc, « Toute personne a droit à l'éducation. L'éducation doit être gratuite, au moins en ce qui concerne l'enseignement élémentaire et fondamental.

L'enseignement élémentaire est obligatoire. » également pour les articles 31,32,33 et 168 de la constitution marocaine de 2011  « L'Etat, les établissements publics et les collectivités territoriales œuvrent à la mobilisation de tous les moyens à disposition pour faciliter l'égal accès des citoyennes et des citoyens aux conditions leur permettant de jouir des droits »

Selon le rapport économique et financier accompagnant le projet de loi de finances 2019,  269 milles enfants ont abandonné l'école pendant la saison scolaire 2017-2018 et le nombre moyen des années d'études pour la population de moins de 15 ans n'excède pas six ans au total, par conséquent n’ont pas de certificat d'enseignement primaire, selon la même source. Nous enregistrons l'absence totale d'égalité dans l'enseignement préscolaire; seulement la moitié des enfants y a accès (49,8%) au niveau national dont seuls un tiers dans le monde rural et 726.920 enfants, en âge de scolarisation,  ne bénéficient d’aucune éducation préscolaire. Selon le haut-commissariat au Plan (HCP), 58 % d'écoles publiques manquent d'infrastructure minimale, comme deux tiers d'écoles rurales et un quart d'écoles urbaines n'ont pas de toilettes adéquates et fonctionnelles. Selon la même source. En plus, un tiers des élèves dans le monde rural n’a pas de fournitures scolaires, souffre de problèmes de mobilité et de classes surchargées (on peut trouver trois niveaux scolaires dans une même classe).

L’inégalité des chances touche aussi l’enseignement universitaire, plus 900 milles étudiants inscrits dans des institutions d’enseignement supérieur, sont répartis entre 126 institutions appartenant à 12 universités dans 10 villes seulement (Rabat, Casablanca, Kénitra, Marrakech, Agadir, Fes, Tanger, Meknes et El Jadida) soit une université par région. Cependant il existe des régions qui abrite deux universités à l’instar de la région  « Rabat-Salé-kénitra » qui dispose de l’université ibn Toufail à Kénitra et Mohamed 5 à rabat et plus de 23 autres institutions réparties entre les villes Rabat, Kénitra, Salé, tandis que les villes de Khemisset, Tiflet, Sidi Kacem, Sidi Slimane et Skhirat en sont privés ce qui prouve une inégalité même au niveau interrégional. Ceci contribue à la marginalisation de ces villes et à l’exode  de ses potentiels intellectuels, qui auraient pu renforcer la société civile et  s’engager dans des initiatives volontaires pour améliorer le quotidien et participer au développement local, plutôt que les entasser dans des cités universitaires surpeuplées, manquant des installations les plus élémentaires. Pire encore, la région de Tafilalt ne dispose seulement que des annexes universitaires de l’université Moulay Ismaïl à Meknès, tandis que les deux régions Esakia AlHamra et Guelemim n’en possède. Cette situation est scandaleuse surtout qu’on examine la situation des pays voisins comme la Tunisie, avec une superficie de la taille de la région Casablanca Settat,qui  a 10 universités réparties dans tout le territoire tunisien.

L’analyse de la situation nous amène à conclure que le gouvernement continue sa politique palliative en créant 17 nouvelles institutions et établissements universitaires avec une répartition injuste et contradictoire dictée par des ”logiques”  électoraux et tribales.

Dans ce contexte, on ne peut évacuer l’actualité récente du secteur de l’enseignement, notamment  le problème des enseignants dits contractuels qui ont été victime d’une injustice causée par le gouvernement; ces enseignements ont les mêmes devoirs que leurs collègues sans bénéficier des mêmes droits. En effet, « Le directeur de l’école peut finir leur carrière à cause d'un simple désaccord, sans liens avec leur comportement professionnel, sans possibilité de se défendre » et au lieu  que le gouvernement de Saâdeddine El Otmani prenne en compte leurs revendications légitimes, l'intégration dans le service public et l'égalité avec leurs homologues enseignants, le gouvernement a fait le choix de la répression comme ce qui leur est arrivé samedi soir le 23 mars.  

 

Plusieurs conclusions peuvent être tirées des données ci-dessus, d’abords la politique de l'État n’est même pas conforme à la Constitution octroyée et aux traités et conventions ratifiés, en plus de l'absence d’un vrai large débat impliquant toutes les parties concernées par  le secteur d'enseignement pour définir une stratégie complète et des directives et actions efficaces dans le but de réformer notre système éducatif, pour une école publique forte résolvant le problème d'égalité des chances et garantissant un enseignement gratuit et de bonne qualité.

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