La "jungle" des représentations

Mise en perspective d'actualités de juillet sur les politiques migratoires. Dans une jungle de représentations où certaines vues se rétrécissent et se perdent.

Les 1er et 2 juillet, plusieurs articles paraissaient sur le thème de la crise accrue des migrants. On évalue à onze mille le nombre de migrants secourus en un seul week-end sur les côtes italiennes, et qui avaient quitté la Libye sur une période de trois à quatre jours (Elisa Perrigueur, Mediapart). Dans la même rubrique on trouve également l'article Emmanuel Macron – Si les migrants avaient des ailes (Danyel Gill). Celui-ci reprenait l'article du journal La Croix lequel crée une rivalité entre les mouettes et les migrants: « Une implication qui n’a rien de superflu. Car au-delà de l’enjeu environnemental se joue ici la réappropriation, par ses habitants, d’un territoire blessé. »(Marine Lamoureux). À Calais, on a donc deux espèces concurrentes. Et ce sont les mouttes, de passage par-là, ainsi qu'une flopée d'oiseaux migrateurs qui seront voués à être protégés par le Conservatoire du littoral en tant que nouveaux locataires. Dommage donc, qu'il n'aient pas eu d'ailes. 

Afin de mettre en perspective cet article et ces événements, pour apporter des nuances dans des prises de positions risquant d'être déracinées de leur souche… des peuples, et des initiatives diverses, une contextualisation fut-elle subjective peut être proposée là pour élargir la palette de couleurs, et peut-être inviter à sillonner les itinéraires et les forêts-mères d'où nous viennent ces espèces. De toute évidence, le Conservatoire du littoral en est une fausse cause et la responsabilité qu'il endosse tient plutôt à des décisions batardes/inexpertes elles aussi un peu migratoires, et dont il n'est pas seulement question de savoir si elles auraient dû rester à leur place. L'action du Conservatoire est très claire, et lisiblement détaillée dans le livre Littoral (éd. Champ Vallon, Odile Marcel) : sans ce rachat du site par un protecteur du patrimoine écologique, peut-être aurions-nous vu fleurir là des hôtels de luxe ou des parkings. Comme cela a été fait pour cette manufacture de dynamite dans l'Anse des Paulilles. On peut donc espérer que si le Conservatoire fait bien son travail il préservera la mémoire des exilés. Du reste, dommage comme notre gouvernement oublie des peuples avec lesquels nous avons tissé des liens de fraternité ineffaçables. Nos représentations sont les causes d'une incompréhension bilatérale :

Elles sont dues a une inculture terrible, non excusable à mon sens dans un pays aussi alphabétisé que le notre. On se croit semblerait-t-il propriétaires d'un Eden ce qui est totalement exagéré et d'ailleurs de nombreux migrants (pas seulement clandestins) préfèrent retourner chez eux dès que possible. On fait 6 mois, un an, parfois plus et on revient chez soi, lorsqu'un projet non abouti, ou d'autre causes lié à la volonté de progrès naturelle ne produit pas qu'on reste. David, agent de la poste au Bénin explique cela comme ça : « Je suis venu faire ce que j'avais à faire après je suis reparti ». On va vite en besogne aussi lorsqu'on associe aux traits les plus communs des cultures africaines une représentation de la misère. Certaines scènes de journaux télévisés par exemple nous dépeignent un tableau tragique d'Antananarivo en nous projetant l'image d'un des marchés les plus fructueux de la ville.Mais parce que les produits ne sont pas exposés dans des bunkers immenses climatisés réfrigérés, avec des enseignes américaines, des pubs criardes et des lampadaires aveuglants cela choque.

Certains auront peut-être vu les pub « La beauté du monde » de Médecins Sans Frontières fin 2016. A mon sens des tableau de la misère ratés, car une image de la misère n'est jamais représentative. Dans le pire des cas elle est cinématographiquement intéressante. On vit loin des « tableaux » qu'on nous présente, et qui nous représentent. Et le réel parle sans sous-titre ni offre promotionnelles.
 

Avenue de la Victoire, Lomé (Togo) © Martin Wable Avenue de la Victoire, Lomé (Togo) © Martin Wable

Sur le même sujet des représentations : des problèmes de santé, très concrets ont tendance à désintéresser les actions de solidarité qui trouvent plus intéressant d'offrir des cadeaux matériels aux utilités parfois douteuses mais qui ne manquent pas de transmettre un gout du matérialisme grandissant. (Des bancs et des lampadaires Rotary Club sillonnent ainsi les places commerçantes ou sacrées. On trouve aussi des installations sanitaires comme des toilettes publiques impraticables en raison de leur isolement. Au village de Ganvié (Bénin) personne ne veut piroguer plus d'un km pour se soulager. Le lieu manque en revanche cruellement d'une pompe pour enlever la boue sédimenteuse des eaux qui a des répercussions sanitaires). Telle est la marque européenne, des moyens "en pagaille". Ainsi où le palusidme fait des victimes chaque jour, où la vie des nouveaux-nés repose sur d'imprévisibles constantes ; se développent aussi en excès inverse une téléphonie explosive, des clips alimentant le rêve d'une Europe où tous les blancs se tournent les pouces dans des bureaux frais, derrière des écrans de la marque à la pomme, symboles de bonheur qu'on croit trouver selon un degré de naïveté  variable mais je crois assez fort : en s'embarquant dans l'océan.

Au delà de certaines représentations filtrées dans les méditerrannées et les plaines européennes qui nous conduisent à la jungle de Calais : une nouvelle génération d'intellectuels nourrie il est vrai de récits souvent difficiles, d'imbroglios relationnels et de décès nombreux dus à la pauvreté si l'on regarde certains Etats à faible IDH. Ou d'autres qui connaissent des instabilités politiques. Une telle génération de toute évidence attend nos dirigeants et nos préjugés de pied ferme dans quelques années. La littérature de la négritude qui s'est déjà développée depuis plusieurs générations transporte un message d'affirmation claire, et celle qui la précédait, et qui semble lui succéder regarde avec amusement du bas de ses lunettes les simagrées de nos journaux scandalisés. Chocs culturels et gestion de l'espace sont trop peu pris en compte.

Ah amis pro-démantèlement de Calais, Journal La Croix, médias de l’irréflexion soldeurs d'idées-reçues, vous avez peut-être trouvé l'ennemi dans l'ignorance de ce qu'il est, entretenu et choyé cette ignorance plutôt que d'affronter lucidement que : à votre manière aussi, vous pataugiez dans la boue. Les humbles auront toujours des ailes. L'illustrent les vies de Gandhi, Saint-Augustin, ou encore du méconnu burkinabé Thomas Sankara défenseur de démocratie révéré.

Liens / Mediapart : Entre la Libye et l'Italie, sauvetages à la chaîne de migrants en détresse (Elisa Perrigueur) / La Croix : Calais veut réabiliter l'ancienne "jungle"(Marine Lamoureux) / Mediapart (Le Club) : Emmanuel Macron – Si les migrants avaient des ailes (Danyel Gill) / United Nation Development Programme : Valeur de l'indice de développement humain (IDH)

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