Christine Lagarde et la prophétie de Françoise Giroud

« La femme serait vraiment l'égale de l'homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente. » Françoise Giroud dans Le Monde du 11 mars 1983.

Roulez tambours, sonnez trompettes : ce jour est arrivé dans l’Union Européenne. Et l’on doit en remercier ses dirigeants, et principalement Mme Merkel et M. Macron, qui viennent de nommer à la présidence de la Banque Centrale Européenne (BCE) celle qui est l’actuelle directrice du Fonds Monétaire International (FMI).

Mme Lagarde doit sa carrière dans le gotha de la finance à M. Sarkozy qui la nomma ministre de l’Économie en 2007 puis appuya sa candidature à la direction du FMI en 2011. Comme preuve de sa gratitude, elle avait d'ailleurs adressé une stupéfiante lettre d'allégeance à son « cher Nicolas ». Les policiers la découvrirent lors d'une perquisition effectuée à son domicile dans le cadre de l’enquête sur l’affaire Tapie. On peut notamment y lire :

  • « J'ai fait de mon mieux et j'ai pu échouer périodiquement. Je t'en demande pardon. » Échouer ponctuellement, cela arrive aux meilleurs. Périodiquement, c’est autre chose.
  • « Utilise-moi pendant le temps qui te convient et convient à ton action et à ton casting. » Ici, le mot important, c’est « casting ».
  • « Si tu m'utilises, j'ai besoin de toi comme guide et comme soutien : sans guide, je risque d'être inefficace, sans soutien je risque d'être peu crédible. » Inefficacité et manque de crédibilité, c’était un constat assez lucide pour une avocate de formation n’ayant pas de compétences en économie.

Le fait est que, dans le « casting » de M. Sarkozy, le premier rôle en matière économique n’était pas attribué à Mme Lagarde. Car pendant qu’elle faisait office de ministre et s'efforçait de paraître proche du peuple en faisant retoucher ses photos pour effacer ses bijoux (voir ici), c’était M. Xavier Musca, le secrétaire général adjoint de la présidence de la République, qui pilotait Bercy en direct. Au point que, lorsqu’il s’agit de trouver un successeur à Mme Lagarde, M. Sarkozy minimisa l'importance de la nomination auprès de l’un de ses « visiteurs du soir », à qui il confia : « De toute façon, il s’agit de choisir un porte-parole à Xavier, hein? » (voir ici).

Comme témoignage de sa compétence, l’Histoire retiendra du passage de Mme Lagarde à Bercy qu’elle n’a tenté aucun recours contre l’arbitrage privé qui avait accordé plus de 400 millions d’euros d’indemnités à M. Tapie, aux frais du contribuable. L’inaction de Mme Lagarde dans cette affaire lui valut d’être jugée coupable de « négligence » par la Cour de Justice de la République le 19 décembre 2016, tout en étant dispensée de peine.

400 millions d'euros d’argent public dilapidé au bénéfice d’un homme d’affaire véreux, voilà qui n’était pas de nature à dissuader M. Macron de proposer la candidature de Mme Lagarde à la BCE. Pensez donc, elle nous a évité le pire car une telle somme aurait aussi bien pu être distribuée en prestations sociales à ces pauvres qui « coûtent un pognon de dingue ».

Quant à Mme Merkel, il paraît qu’elle apprécie Mme Lagarde. On la comprend car cette dernière, avec ses comparses de la Troïka (MM. Draghi et Juncker), a apporté un soutien sans réserve à la chancelière allemande et au président français quand ils décidèrent de saigner le peuple grec pour sauver les grandes banques des pays qu'ils dirigeaient.

Dans le nouveau « casting » de l’Union Européenne, les amis de M. Macron dans la finance savent qu’ils peuvent compter sur Mme Lagarde pour « faire de son mieux ». Et, à Francfort, celle-ci n'aura pas besoin de Photoshop pour effacer ses bijoux sur les photos.

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