Lubrizol Rouen : la quintessence d’un régime

Comme l’ouragan Katrina pour G.W. Bush, la catastrophe de Rouen illustre la nature profonde de ce régime et de ses dirigeants.

Le mépris

Celui du président de la République qui n’a toujours par eu un mot pour les habitants de Rouen et de la région et n’a pas daigné non plus remercier les pompiers qui ont combattu l’incendie. Lui, si prompt à se rendre auprès des commerçants de l’avenue Kléber pour des vitrines cassées en décembre dernier, n’a toujours pas l’intention de se rendre sur place comme vient de le confirmer Sibeth Ndiaye.

Celui du préfet qui n’a pas jugé utile de recevoir une délégation des organisateurs de la manifestation d’hier soir à Rouen.

Celui de la porte-parole du gouvernement qui annonce la mise en place d'un ... numéro vert. Et bientôt une appli sur smartphone ?

Le déni

Avec ce gouvernement, tout va toujours pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Les violences policières n’existent pas, les 400 tonnes de plomb du toit de Notre-Dame ne présentent aucun risque et la combustion de 5253 tonnes de produits chimiques, c’est « gênant » mais « pas nocif » (voir ici). On se demande même pourquoi cette usine a été classée Seveso, tant sa production est inoffensive. Rouennais, respirez donc à pleins poumons, la qualité de l’air est dans un « état habituel » (voir ici).

La condescendance

Ces dirigeants qui se croient « trop intelligents » et « trop subtils » s’adressent aux citoyens de ce pays comme à des « enfants » ainsi que les qualifie Emmanuel Macron (voir ici). Des enfants qui ne sont pas en âge de comprendre et qu’il faut donc rassurer. Des enfants à qui l’on ne peut pas tout expliquer car, ignorants comme ils sont, ils pourraient s’inquiéter (sans raison, puisque tout va bien). Des enfants qu’il ne fallait pas réveiller en pleine nuit en activant les sirènes (alors qu’une gigantesque explosion était possible) car ils auraient pu s’affoler. De propos lénifiants en mensonges par omission (au mieux), de demi-vérités en déclarations vides de sens, on peut donc les enfumer, ils n’y verront que du feu si l’on ose dire.

La négation des choses par les mots

Avec le gouvernement de M. Macron, réduire les APL et supprimer l’ISF, c’est faire œuvre de justice sociale. Restreindre les conditions d’accès aux indemnités de chômage et s’attaquer aux retraites, c’est « bâtir les nouvelles sécurités du XXIe siècle ». A Rouen, le camouflage des faits et les déclarations incomplètes voire franchement mensongères des services de l’État, c’est « la transparence totale ». Depuis Orwell, on connaissait « La guerre, c'est la paix, la liberté c'est l'esclavage, l'ignorance c'est la force ».  Il faut maintenant y rajouter : « L’opacité, c’est la transparence ».

La connivence

Entre gens du même monde, issus des mêmes écoles, fréquentant les mêmes cercles, habitués à se rendre service et à passer de la haute fonction publique aux conseils d’administration et vice-versa, on se comprend à demi-mot et on sait se serrer les coudes dans les moments difficiles. On peut même en rire ensemble car tout cela n'est pas bien grave pour les premiers de cordée, n'est-ce pas ?

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