Les enfants, la fessée, la pauvreté et la violence d’Etat

Le Parlement vient d’adopter la proposition de loi relative à « l’interdiction des violences éducatives ordinaires ».

Une fois cette loi promulguée, le principe selon lequel « l’autorité parentale s’exerce sans violences physiques ou psychologiques » sera inscrit dans le code civil. Ne prévoyant pas de sanctions et ne définissant pas ce que sont les « violences éducatives ordinaires », elle est essentiellement symbolique même si elle devrait entraîner une évolution de la jurisprudence concernant le « droit de correction » qui était jusqu’ici reconnu aux parents.

Présentée par la députée MODEM Maud Petit, elle a été adoptée à l’Assemblée Nationale par tous les groupes sauf LR (abstention) et un seul vote contre a été enregistré (extrême-droite).

Tout cela est plein de bons sentiments et pendant que l'on parle de la fessée, d'autres formes de violence dont sont victimes les enfants sont passées sous silence.

Car les députés de la majorité LREM-MODEM qui ont voté cette loi sont les mêmes qui avaient approuvé la baisse des APL, la non-indexation des prestations sociales et qui approuveront bientôt la réduction des indemnités de chômage. Toutes ces mesures aggravent la situation des ménages les plus pauvres et de leurs enfants. Mais pour ces élus qui défendent une politique économique au service des plus fortunés, la pauvreté n’est pas une violence mais un choix de vie en quelque sorte (après tout, ils n’ont qu’à « traverser la rue »).

Le 6 décembre dernier, les mêmes députés n’ont rien trouvé à redire quand la police nationale contraignait des dizaines d’adolescents de Mantes-la-Jolie à demeurer à genoux et mains sur la tête. Mais cette humiliation n’a évidemment rien à voir avec une quelconque violence psychologique.

Ces députés de la majorité sont aussi celles et ceux qui ont voté en septembre 2018 la loi Asile et Immigration qui a porté  la durée maximale d’enfermement en rétention des personnes étrangères de 45 à 90 jours, y compris pour des adultes accompagnés d’enfants. Dans une pétition adressée au ministre de l’Intérieur, 22 associations ont dénoncé récemment une « situation de désespoir rarement égalée » : « Des hommes et des femmes s’automutilent ou tentent de se suicider dans les centres de rétention administrative (CRA). D'autres se révoltent face à la violence et aux humiliations. » Ces associations demandaient notamment de « proscrire tout enfermement d’enfants en rétention ».

La situation dans notre pays est telle qu’un tribunal administratif allemand vient d’annuler le transfert vers la France d’une demandeuse d’asile iranienne et de sa fille en raison des « risques de traitement inhumain et dégradant » qu’elles y encourent (voir ici) !

Mais pour les députés de la majorité, tout cela n’est rien en comparaison de la fessée.

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