Mes souvenirs de l’Ex

Le décès de l’ancien président Giscard d’Estaing sera l’occasion d’un concert de louanges célébrant celui qui fut un président « jeune », « réformateur », « moderne », « européen », etc… Déjà...

Mes souvenirs des années Giscard et de celui que Le Canard Enchaîné avait surnommé « l’Ex » sont pourtant quelque peu différents.

Giscard, ce fut la mort de Vital Michalon, le 31 juillet 1977, tué par une grenade offensive lancée par les forces de l’ordre lors de la manifestation contre la centrale nucléaire Superphénix, à Creys-Malville (voir ici). A la suite de la plainte contre X déposée par les parents de la victime, une ordonnance de non-lieu a été rendue le 21 novembre 1980. Déjà…

Giscard, ce fut la nomination, en 1978, du ministre du Budget de Maurice Papon, l’ancien préfet de police responsable du massacre de centaines de manifestants algériens à Paris le 17 octobre 1961 et de huit militants communistes au métro Charonne le 8 février 1962. Un préfet qui déclarait aux policiers parisiens quelques jours avant le 17 octobre 1961 : « Vous serez couverts. » Déjà…

Giscard, ce fut la répression de la très longue mobilisation populaire contre le projet de centrale nucléaire de Plogoff entre 1978 et 1981, avec le déploiement de commandos-parachutistes, l’emploi de grenades interdites et le tabassage de journalistes (voir ici). Déjà…

Giscard, ce fut le démantèlement de la sidérurgie lorraine qui donna lieu à un mouvement social très dur, et très durement réprimé. Le 23 mars 1979, la marche des sidérurgistes lorrains se termina par une grande manifestation à Paris. A la suite des pillages dans les beaux quartiers, le gouvernement arrêta des sidérurgistes mais on apprit plus tard que des sociétés privées de sécurité avaient été utilisées par la police pour infiltrer les « autonomes » (voir ici et ). Déjà…

Giscard, ce fut la loi « Sécurité et Liberté » de 1981, présentée par le ministre de la Justice Alain Peyrefitte sous le prétexte d’attentats terroristes et renforçant l’arsenal répressif au motif que « la sécurité est la première des libertés » (voir ici). Déjà…

Giscard, ce fut la nomination en 1977 du Premier ministre Raymond Barre, qui déclarait en 1980 (voir ici) : « Les chômeurs pourraient chercher à créer une entreprise plutôt que de se borner à toucher les indemnités de chômage. » Déjà…

Giscard, ce fut l'ami des dictateurs. Celui qui recevait des diamants de son « cousin » Bokassa Ier, empereur d’opérette et marionnette de la France en Centrafrique, avec qui il partageait le goût des parties de chasse (voir ici). Celui qui vint au secours du président Mobutu au Zaïre (aujourd’hui RDC) par une intervention militaire en 1978 contre des rebelles soutenus par l’Angola et Cuba. Celui qui fit mettre les drapeaux en berne à la mort de Franco en 1975. Celui qui proposa au Chah d'Iran d'éliminer Khomeini, alors réfugié en France. Déjà...

Giscard, ce fut celui qui tint ces propos dans un entretien au Figaro Magazine en 1991 (voir ici) : « Le type de problème auquel nous aurons à faire face se déplace de celui de l’immigration vers celui de l’invasion. » Déjà...

Dans un communiqué publié hier soir, Emmanuel Macron déclare notamment à propos de Giscard : « Les orientations qu'il avait données à la France guident encore nos pas. » Elles guident les siens, assurément.

Jusqu'à l'au revoir en 2022 ?

Allocution du 19 mai 1981 Allocution du 19 mai 1981

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