Macron est en guerre. Contre nos cerveaux

A propos d'un parti pris de Mathieu Magnaudeix.

Vulgaire, raciste, sexiste, s’exprimant par des tweets rageurs, insultant ses adversaires et la presse à l’exception de Fox News, Donald Trump est un sujet d’indignation facile. Trop facile. Très souvent dans la presse française, les analyses sur Donald Trump s’intéressent à l’écume des choses et tendent à en faire une sorte de monstre politique d'une nature radicalement différente.

Dans ce parti pris, dont nous avons paraphrasé le titre, et qui relate « les soubresauts de la procédure de destitution ouverte à la Chambre des représentants contre Donald Trump », Mathieu Magnaudeix n’échappe pas à ce travers, nous semble-t-il.

Reprenons quelques-uns des arguments de ce parti pris et examinons si Donald Trump n’est pas au fond assez proche d’un dirigeant auquel tout semble l'opposer dans la forme : Emmanuel Macron.

« Cet énième agissement s’ajoute à un monceau d’autres : conflits d’intérêts, scandales à la chaîne, attaques ad hominem (et ad feminem), mensonges, etc. ».

Alexis Kohler, Richard Ferrand, François de Rugy, Alexandre Benalla, François Bayrou, Sylvie Goulard, Marielle de Sarnez, Ismaël Emelien, Françoise Nyssen, Laura Flessel, la liste des scandales depuis le début du quinquennat Macron est longue (voir ici). Sans oublier Emmanuel Macron lui-même puisqu’une enquête est ouverte par le Parquet National Financier pour un possible pacte de corruption en raison de son rôle dans la vente d’Alstom à GE (voir ici). Mais il y a une grande différence : si, malgré d’innombrables insultes, Trump n’a pu empêcher le procureur spécial Robert Mueller de mener son enquête sur les « ingérences russes », Macron va nommer le prochain procureur national financier. Le précédent de la nomination de Rémy Heitz au poste de procureur de la République de Paris montre qu’il s’attachera à nommer un magistrat « bienveillant ». Et tout cela se fera sans tweet rageur et sans insultes.

« Il s’agit en réalité, au-delà des considérations politiques, d’une bataille d’une autre nature : une guerre à mort contre, d’un côté, les faits, la démocratie ou ce qu’il en reste, et la nécessité qu’un président fautif rende des comptes. Et de l’autre, les délires et théories du complot ressassées à l’envi. »

Mais qu’a-t-on entendu de la bouche de M. Macron à propos des gilets jaunes ? Qu’un « avocat d’extrême gauche » avait conseillé Christophe Dettinger (car celui-ci n’avait « pas les mots d’un boxeur gitan »). Que les gilets jaunes « radicalisés » étaient conseillés par une puissance étrangère, la Russie évidemment. Qu’il y avait parmi eux « 40000 à 50000 militants ultras qui veulent la destruction des institutions » (voir ici). « Délires et théories du complot » ne sont donc pas l’apanage de Trump mais ils sont énoncés poliment et sans hausser le ton.

« [Trump] s’en est à nouveau pris à un journaliste, accusé de colporter un « hoax » comme tous les autres « fake news media », une expression de pure propagande. »

Lors de sa première expression publique sur l’affaire Benalla, le président Macron avait déclaré : « Nous avons une presse qui ne cherche plus la vérité. (…) Je vois un pouvoir médiatique qui veut devenir un pouvoir judiciaire. Un pouvoir qui a décidé qu’il n’y avait plus de présomption d’innocence dans la République et qu’il fallait fouler au pied un homme et avec lui la République. » Parce qu’enquêter sur le barbouze protégé par Macron, c’était « fouler au pied la République », rien de moins. Quant aux journalistes, il ne les attaque pas ad hominem mais sa police les tabasse régulièrement, les arrête pour les empêcher de faire leur travail (voir ici) et ses services de renseignement les convoquent pour les intimider. Rien de tout cela ne s’est jamais produit sous Trump…

Au-delà du bruit et de la fureur d’un côté, des propos feutrés de l’autre, y a-t-il de si grandes différences dans la politique menée ? Trump arme l’Arabie Saoudite qui fait la guerre au Yémen, Macron aussi. Trump bâtit un mur pour empêcher les migrants de passer le Rio Grande, Macron les laisse mourir en Méditerranée. Trump baisse les impôts pour les plus fortunés, Macron aussi.

« L’empire américain, on le sait, est prompt à s’exporter hors de ses frontières. Pourquoi serions-nous à l’abri ? »

Nous sommes si peu à l'abri que nous avons déjà notre version de la même politique. Trump et Macron sont les deux faces d’une même médaille. Tous deux servent les mêmes intérêts. Tous deux sont en guerre. Contre leur peuple.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.