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Billet de blog 5 déc. 2022

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Après le Covid, l'électricité : les bras cassés sont toujours aux commandes

Si vous avez aimé la gestion de l’épidémie de Covid-19 par la Macronie, vous allez adorer la gestion de la pénurie d’électricité qui point à l’horizon.

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Souvenez-vous. Le 24 janvier 2020, alors que la Chine venait de confiner des dizaines de millions d’habitants à Wuhan, la ministre de la Santé Agnès Buzyn tenait à rassurer : « Les risques de cas secondaires autour d'un cas importé sont très faibles, et les risques de propagation du coronavirus sont très faibles. » Le 18 février 2020, son successeur Olivier Véran affirmait dès sa prise de fonction : « Je n’ai pas besoin de vérifier que la France soit prête ; la France est prête parce que nous avons un système de santé extrêmement solide.» Et le 6 mars 2020, alors que le nombre de cas de Covid doublait tous les trois jours, le président de la République fanfaronnait sur les marches du théâtre Antoine à Paris : « La vie continue. Il n’y a aucune raison, mis à part pour les populations fragilisées, de modifier nos habitudes de sortie. »

Après deux mois de discours lénifiants, M. Macron annonçait le 16 mars 2020 le confinement total du pays. Il n’y avait alors ni masques chirurgicaux disponibles pour la population ni suffisamment de masques FFP2 pour les personnels soignants qui en étaient même réduits à se confectionner des blouses de protection dans des sacs poubelles ! Près de trois ans et 150 000 morts plus tard, alors que la transmission par aérosols du Covid-19 a été identifiée comme cause principale de contamination dès les premières semaines, strictement rien n’a été fait pour l’aération des lieux publics malgré les promesses tardives du candidat Macron qui semblait se réveiller le 16 avril 2022 en annonçant « un effort massif de purification de l’air dans nos écoles, nos hôpitaux, nos maisons de retraite, et dans tous les bâtiments publics »

Nous voici à présent confrontés au risque de coupures d’électricité d’ici quelques semaines en raison de l’arrêt de nombreux réacteurs nucléaires (26 sur 56 à la date du 21 novembre) et alors que le planning des redémarrages prévus pour décembre-janvier prend du retard selon RTE. Ces réacteurs sont à l’arrêt pour différentes raisons : opérations de maintenance programmées de longue date, arrêt des réacteurs les plus anciens pour mise aux normes Fukushima afin de prolonger leur fonctionnement au-delà de 40 ans et arrêt des réacteurs sur lesquels ont été détectés des problèmes de corrosion. La faute à pas de chance, vous diront les macronistes. Pourtant, il n’était pas déraisonnable de prévoir que des réacteurs conçus pour durer 40 ans pourraient présenter quelques problèmes en fin de vie et qu’il faudrait évidemment les arrêter si l'on décidait de les prolonger. Pas déraisonnable … sauf dans un pays dirigé par des financiers qui ont l’habitude de gérer les allocations d’actifs des trimestres à venir en fonction des résultats du trimestre passé. Avoir les yeux rivés sur les cours de bourse du jour ne vous prédispose pas à planifier des actions à cinq ou dix ans.

Qu’ont donc fait nos brillants dirigeants pour anticiper cette situation ? Eh bien, la même chose que pour se préparer à une éventuelle épidémie, c’est-à-dire entre rien et pas grand-chose. Réduire la consommation en isolant les logements équipés de chauffage électrique (construits à tout va parce que la France disposait d’une énergie électrique abondante) ? Développer les énergies renouvelables comme l’ont fait nos voisins ? Voire même, si l’on y est favorable, redémarrer un programme nucléaire ? Rien de tout cela, ou alors bien trop peu (isolation, renouvelables) ou bien trop tard (nucléaire).

S’apercevant que l’on se rapproche du mur, le régime macroniste réagit comme à son habitude, par le déni et par l’improvisation. Le 3 juin 2022, le président de la République affirmait avec force : « Je veux vous rassurer: il n'y a aucun risque de coupure parce que quand il y a des besoins, on s'approvisionne sur le marché européen. » Notre ancien banquier d'affaires ne s’embarrasse pas de détails techniques, par exemple les limites de capacité des réseaux à haute tension pour importer de l’électricité. Pourquoi ne serait-ce pas aussi simple que de transférer d’un clic ses avoirs dans un paradis fiscal ? En dépit du déni de ce président omniscient, le gouvernement a commencé depuis quelques jours à préparer l’opinion aux coupures, pardon, aux « délestages » qui pourraient se révéler nécessaires au mois de janvier. Au Conseil des ministres du 26 novembre 2022, Mme Elisabeth Borne a présenté « une communication relative à la préparation aux risques d’approvisionnement électriques hivernaux ». Ah ! Qu’en termes choisis ces choses-là sont dites ! Derrière cette communication lisse, la fébrilité est réelle comme le montrent ces confidences d’un ministre : « Aujourd’hui, nous dépendons du ciel. (…) S’il doit y avoir des coupures, on entre en terre inconnue ». Et l’on découvre peu à peu le niveau d’improvisation. Pourra-t-on appeler les services d’urgence ? On ne sait pas. Comment gérer les personnes hospitalisées à domicile sous assistance respiratoire ? On ne sait pas. Enfin si, on les transfèrera peut-être dans les hôpitaux dans lesquels des lits ont été fermés pour y substituer… l’hospitalisation à domicile. Il va falloir acheter des brancards pour finir de remplir les couloirs.

Dans cette nouvelle période d’improvisation, ceux qui ont fait leurs preuves pendant la crise du Covid donnent à nouveau la mesure de leur talent. Les ministres rivalisent de conseils vestimentaires, col roulé ou doudoune. Olivier Véran qui nous expliquait que les masques ne servaient à rien nous conseille à présent de « décaler le sèche-linge et baisser la plaque électrique ». Il n’y a pourtant qu’un tiers des ménages qui possèdent un sèche-linge (certes un peu plus chez ses très nombreux collègues ministres millionnaires). Quant à « baisser la plaque électrique », c’est ballot mais la quantité d’énergie nécessaire pour faire cuire les pâtes ne se réduit pas aussi facilement que les allocations de chômage. A quand l’attestation dérogatoire téléchargée sur le site du ministère de l’Intérieur, datée et signée, pour démarrer la cuisson, thermostat 4 ? Qu'on se le dise : si des coupures s’avèrent nécessaires, ce n'est pas parce que nous sommes gouvernés par des incompétents qui n'ont rien planifié mais parce que nous ne nous serons pas montrés suffisamment « responsables » en ne faisant pas « les petits gestes » qui nous auraient sauvés.

Alors, puisque « nous dépendons du ciel », brûlons des cierges pour que le réchauffement climatique ait le bon goût de nous offrir un hiver clément. Avec modération tout de même, car il faut peut-être prévoir quelques bougies pour s’éclairer. Lire à la chandelle, même les Amish ne le font plus. Elle n’est pas belle la start-up nation ?

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© Goubelle - La Charente Libre

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