Emmanuel Macron et la stratégie de la tension

Les violences policières participent-elles d’une stratégie délibérée du président de la République ?

La perte de contrôle des forces de l’ordre par le pouvoir politique est l'une des explications avancées au sujet des innombrables violences policières observées depuis plus d’un an. Face à la situation quasi-insurrectionnelle de début décembre 2018 où les forces de l’ordre ont constitué le dernier rempart du régime, celui-ci aurait en quelque sorte été contraint de céder aux exigences de la hiérarchie policière et aux syndicats de police afin de pouvoir maîtriser la situation.

Une toute autre analyse est possible et plausible.

En effet, la résistance des classes populaires aux réformes néo-libérales menées au pas de charge par Emmanuel Macron depuis 2017 ne laisse plus à celui-ci que l’alternative suivante : renoncer à poursuivre dans cette voie, ou bien au contraire pousser les feux. La réforme de l’assurance-chômage adoptée en 2019 et l’actuel projet de réforme des retraites démontrent que le président de la République est déterminé à mener à bien coûte que coûte le démantèlement de la protection sociale et la précarisation généralisée des salariés, au seul bénéfice des classes dominantes. L’heure n’est plus à un quelconque compromis : c’est bien une guerre de classe qu’il a entamée et qu'il entend poursuivre et gagner.

Pour y parvenir alors que la grande majorité de la population y est hostile, il lui faut désormais mettre au pas la société. Dans cette optique, on ne saurait réduire les violences policières à des exactions qui seraient le fait de forces de l’ordre plus ou moins hors de contrôle (telles que la BAC). Il s’agit au contraire d’une violence systémique, exercée en application d’une stratégie décidée au plus haut niveau et dont le préfet de police de Paris, Didier Lallement, est la figure emblématique.

Alors qu’il n’y a pas eu la moindre sanction administrative ou condamnation judiciaire de policiers ayant exercé des violences, la répression s’est abattue sur le mouvement social. Violences policières, répression judiciaire, atteintes de plus en plus graves à liberté de manifester, harcèlement de journalistes, bientôt censure sur Internet (loi « Haine ») et expérimentations de reconnaissance faciale sur la voie publique : tout témoigne de la nature de plus en plus autoritaire de ce régime.

Cette violence d’État ne pourra que susciter des réactions de plus en plus violentes elles aussi, contre les forces de l’ordre et contre les représentants de ce pouvoir. Et ce pourrait bien être le but recherché : laisser se développer, et même fomenter un climat de violence politique tel qu’il permettra ensuite de justifier de nouvelles atteintes aux libertés publiques et la criminalisation généralisée de toute contestation. Car le président de la République sait qu’il n’a plus d’autre moyen de poursuivre sa politique.

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