La Macronie aux temps du coronavirus

Nous voilà confrontés à une épidémie de déclarations des plus hautes autorités de ce pays.

Avant de déserter opportunément le ministère de la Santé,  Mme Agnès Buzyn affirmait le 24 janvier qu’en France « les risques de propagation du virus dans la population sont très faibles » (voir ici). On la comprend : nos frontières nous ayant efficacement protégés du gros nuage de Tchernobyl en 1986, comment Mme Buzyn aurait-elle pu prévoir qu’elles n’arrêteraient pas un tout petit virus ?

Le 25 février, le ministre de l’Économie, M. Bruno Le Maire déclarait dans le globish caractéristique de ce régime : « L’épidémie du coronavirus est un game changer dans la mondialisation. » Et il soulignait la « nécessité impérative de relocaliser un certain nombre d’activités et d’être plus indépendant sur un certain nombre de chaînes de production » (voir ici). Grâce au coronavirus, il convient de reprendre espoir puisque même M. Le Maire s'est rendu compte que la libre circulation des capitaux pouvait avoir des conséquences négatives.

Le 3 mars, il franchissait un nouveau cap dans sa prise de conscience puisqu'il s’indignait sur Twitter dans ces termes (voir ici) : « Des informations me sont remontées indiquant que le prix des gels hydroalcooliques aurait doublé ou triplé dans certains commerces et plateformes en ligne. Il serait inacceptable qu’il y ait la moindre spéculation sur le coronavirus. » Voilà que cette épidémie aura aussi permis au ministre de l’Economie de découvrir les effets de la loi de l’offre et de la demande, ce mécanisme pourtant fort peu connu des économies capitalistes. On connaissait le point Godwin ; M. Le Maire a atteint le point Bossuet : « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes. »

Le 9 mars, décidément très en verve, le ministre de l'Economie s’exprimait à propos des entreprises de l’évènementiel, confrontées à des annulations en cascade (voir ici). Il appelait alors « toutes les grandes entreprises à faire preuve de solidarité et à régler les prestations, même s'il n'y a pas de prestation ». Celles et ceux qui avaient retenu que « la main invisible » du marché était plutôt guidée par la poursuite de l’intérêt individuel n’avaient en fait rien compris. M. Le Maire, dans une audacieuse synthèse d’Adam Smith et d’Emile Coué, nous révèle que les grandes entreprises seraient aussi capables de solidarité.

Mme Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie, a pour sa part décidé de rassurer les principales victimes de cette épidémie et les seules qui comptent vraiment : les premiers de cordée. Ceux-ci sont en effet dévastés à la vue de leur patrimoine financier fondant comme neige au soleil mais elle a su trouver les mots qui les touchent : « C’est plutôt le moment de faire des bonnes affaires en Bourse aujourd’hui », a-t-elle déclaré hier (voir ici). « Enrichissez-vous » grâce à la crise sanitaire, en quelque sorte : cette femme a incontestablement démontré qu’elle avait toute sa place dans ce gouvernement.

A tout seigneur, tout honneur : nous nous devions de clore ce florilège par une déclaration du président de la République. Le 6 mars dernier, M. Macron se rendait dans un EHPAD de la région parisienne, accompagné de force journalistes et cameramen car il faut bien cela pour faire l’ouverture du journal télévisé (voir ici). Après avoir visité cet établissement pour personnes âgées et s'être attablé avec certaines d'entre elles, M. Macron a appelé à respecter des « mesures de bon sens » et à protéger les plus fragiles … en évitant de « visiter nos anciens ».

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