Soignants, ayez confiance ! Les « beds managers » vont vaincre le coronavirus !

« Je tiens avant toute chose à exprimer ce soir la reconnaissance de la Nation à ces héros en blouse blanche, ces milliers de femmes et d'hommes admirables qui n'ont d'autre boussole que le soin, d'autre préoccupation que l'humain, notre bien-être, notre vie, tout simplement. » Emmanuel Macron, le 12 mars 2020.

Ah ! Cette fois, ils ont vraiment dû avoir chaud au cœur nos « héros en blouse blanche » en entendant hier soir le président de la République leur tresser des couronnes avec des trémolos dans la voix.

Et de continuer : « Je compte évidemment aussi sur tous nos soignants. Je sais tout ce qu'ils ont déjà fait, je sais ce qu'il leur reste à faire. Le Gouvernement et moi-même serons là, nous prendrons toutes nos responsabilités pour vous. »

Des lits et des moyens supplémentaires, moins de bureaucrates et plus de soignants dans les hôpitaux, des revalorisations de salaire ? De grâce, on ne va pas ramener cela à des questions d’argent, pas de cela entre nous tout de même ! Non, simplement, on compte sur vous et votre dévouement, quoi ! D’ailleurs, vous les soignants, vous êtes mus par les sentiments les plus nobles car vous n’avez « d’autre préoccupation que l’humain ».

Mais rassurez-vous : « Nous prenons des mesures très fortes pour augmenter massivement nos capacités d'accueil à l'hôpital. (…) Toutes les capacités hospitalières nationales ainsi que le maximum de médecins et de soignants seront mobilisés. Nous allons aussi mobiliser les étudiants, les jeunes retraités. »

Roulement de tambours avant l’annonce des « mesures très fortes », le suspense est insoutenable. Le président annonce alors solennellement : « Des places doivent se libérer dans les hôpitaux. »  Même dans leurs rêves les plus fous, les personnels des hôpitaux n’auraient pu imaginer des mesures si audacieuses ! Et pourtant, comme on est « proactif » au gouvernement et qu’on avait tout an-ti-ci-pé, Agnès Buzyn avait annoncé dès septembre 2019 la création de « beds managers », à la suite d’une présentation sur l’application du « lean management » dans les hôpitaux. Par des consultants grassement payés, car eux, à la différence de vous les soignants, ils ont d’autres préoccupations que l’humain.

Alors, dès ce matin, dans tous les hôpitaux de France et de Navarre, les « beds managers » partaient à l'assaut pour « libérer des lits ». On imagine bien un dialogue entre un chef de service et Jérôme, le « bed manager » qui vient d’être recruté par la direction de l’hôpital. Jérôme était auparavant dans la logistique chez Amazon, c’est vraiment un expert de la gestion des flux et pour lui, c’est un nouveau « challenge ».

  • Allo, bonjour, c’est Jérôme, le bed manager.
  • Oui, bonjour.
  • Dis-moi, tous les lits sont occupés dans ton service. Tu as bien quelques patients qui vont mieux, non ?
  • Oui, quelques-uns se rétablissent.
  • Bon, parfait. Il faut les faire sortir aujourd’hui.
  • Non, mais attend, ils sont encore convalescents, c’est trop tôt !
  • Ils seront bien mieux chez eux, je t’assure. J’ai absolument besoin de cinq lits d’ici ce soir. Je suis sûr que tu peux faire plus avec moins. Je compte sur toi. A plus.

Et voilà ! En Chine, ils construisent des hôpitaux de 1000 lits en deux semaines. En France, grâce à Emmanuel Macron, nous avons des beds managers qui vont terrasser le coronavirus.

 © Fred Sochard © Fred Sochard

Mes remerciements à Fred Sochard à qui j'ai emprunté ce dessin.

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