La Légion d’honneur pour sévices rendus

Le préfet de police de Paris Didier Lallement a été promu au grade de commandeur de la Légion d’honneur le 13 juillet 2021, par décret du président de la République. Comme le fut en juillet 1961 son lointain prédécesseur, Maurice Papon.

En apprenant sa nomination comme préfet d'Aquitaine en novembre 2017, le maire de Bordeaux de l’époque, Alain Juppé, s’était exclamé: « Il parait qu’on nous envoie un nazi. » Celui qu’un ancien directeur central de la sécurité publique qualifiait de « préfet fou furieux » se présenta en ces termes au personnel de la préfecture : « Vous pensez connaître ma réputation? Elle est en deçà de la réalité.»

Pendant les premiers mois du mouvement des gilets jaunes, c’est à Bordeaux que la répression fut l’une des plus violentes. C’est précisément pour cette raison que le président de la République le nomma préfet de police de Paris en mars 2019, son prédécesseur Michel Delpuech étant jugé trop « laxiste ». Lors de la cérémonie d’intronisation, le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner lui fixa sa feuille de route : « Didier Lallement, votre modèle est Georges Clemenceau. La main de Clemenceau n'a jamais tremblé quand il s'agissait de se battre pour la France, la vôtre ne devra pas trembler non plus devant les réformes que vous devrez mener. »

La main de Clemenceau n’a jamais tremblé lorsqu’il donnait l’ordre à la troupe de tirer sur les grévistes. Celle du préfet Lallement n’a jamais tremblé non plus : les éborgnés et les mutilés par la police placée sous ses ordres sont là pour en témoigner. De hauts responsables de la gendarmerie ont jugé les pratiques du préfet, invitant ses troupes à « impacter » les manifestants, « légalement douteuses et aux conséquences politiques potentiellement néfastes » avant de conclure qu’elles sont« contraires à la législation ainsi qu’à la réglementation en vigueur » (voir ici).

Les pratiques du préfet Lallement, ce sont l’emploi illégal de la force en permanence (y compris à l'encontre de députés), le nassage et la surveillance par drone des manifestations (bien qu’interdits par le Conseil d’État), la chasse à l'homme dans les rues de Paris pour harceler et brutaliser les réfugiés. Et aussi la légitimation des violences et du racisme systémique dans la police : c’est ainsi qu’il a accordé la protection fonctionnelle aux policiers mis en examen pour le tabassage du producteur de musique Michel Zecler.

Le 17 novembre 2019, place d’Italie, il répondait à une femme se réclamant des gilets jaunes : « Eh bien, nous ne sommes pas dans le même camp, Madame. » Avant d’assimiler tous les manifestants à des délinquants. Le portrait de Didier Lallement était souvent brandi lors des manifestations des gilets jaunes. Comme l'a rapporté Le Monde, l’intéressé s’en réjouissait et ajoutait : « Pour se prendre pour Jules Vallès, il faut avoir son Galliffet ».

Qu’Emmanuel Macron décore aujourd’hui celui qui est l’exécuteur des basses œuvres du régime et qui s’inscrit dans la filiation du massacreur de la Commune de Paris, quel symbole !

 © Félix / Charlie Hebdo © Félix / Charlie Hebdo

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