Covid-19 : M. Macron ne nous compare plus à l’Allemagne. Bizarre, bizarre...

L’exemple de l’Allemagne n’a cessé d’être utilisé par le président de la République pour justifier ses décisions de politique économique. Curieusement, depuis le début de la pandémie, la comparaison avec l’Allemagne n’est plus de mise.

Pour M. Macron (comme pour ses prédécesseurs au demeurant), l’Allemagne a toujours constitué la boussole qui guide toutes ses décisions de politique économique.

L’Allemagne n’avait pas d’impôt sur la fortune : il fallait donc supprimer l’ISF en France et ce fut fait en 2018.

L’Allemagne taxait faiblement les revenus du capital : il fallait donc réduire la taxation de ces revenus en France et ce fut fait avec le prélèvement forfaitaire unique instauré début 2018..

L’Allemagne avait réduit le chômage grâce à la politique « d’activation du marché du travail » (entendez : la précarisation des chômeurs) des lois Hartz mises en œuvre sous le chancelier Schröder : il fallait donc « libérer » le marché du travail en France et ce fut l’objet des ordonnances Pénicaud en 2017.

L’Allemagne dégage un excédent budgétaire depuis plusieurs années : il fallait donc suivre une politique de réduction de la dépense publique pour parvenir à l’équilibre du budget français en 2022.

L’Allemagne était plus « compétitive » que la France dans le commerce mondial : il fallait donc que la France l’imitât en tout point pour regagner en compétitivité.

Et M. Macron de nous expliquer que si nous montrions de bons élèves en appliquant les recettes allemandes, Mme Merkel nous le rendrait en acceptant de faire preuve de plus de solidarité budgétaire au sein de l’UE (on mesure depuis quelques semaines la perspicacité de cette analyse…).

Depuis trois ans, M. Macron n’a donc cessé de sauter sur sa chaise comme un cabri en disant l’Allemagne ! l’Allemagne ! l’Allemagne !

Or, depuis le début de la crise du Covid-19, le président de la République a cessé de nous comparer à l’Allemagne. Pourquoi ? Il y a pourtant de très intéressantes comparaisons à faire.

Avant l’épidémie de Covid-19, l’Allemagne disposait de deux fois plus de lits de soins intensifs par habitant que la France selon l’OCDE (voir ici). En quelques semaines, la France a dû doubler ses capacités qui sont actuellement utilisées à 70%. L’Allemagne n’a pas eu à augmenter  les siennes et elles ne sont utilisées qu’à 45% (voir ici).

Les dépenses de santé par habitant s’élevaient à 5986 dollars par habitant en 2018 en Allemagne et 4965 en France selon l’OCDE, soit 20% de plus en Allemagne (voir ici).

L’Allemagne a lancé des tests de dépistage dès le mois de février et était en mesure d’effectuer entre 300 000 et 500 000 tests par semaine fin mars. Alors qu’à la fin du mois d’avril, l’Allemagne sera en mesure d’effectuer 200 000 tests par jour, le ministre de la Santé Olivier Véran prévoit de pouvoir effectuer … 50 000 tests par jour fin avril et 100 000 en juin.

Pour effectuer ces tests de dépistage, l’Allemagne dispose d’une centaine de plateformes pour traiter les tests, alors que la France n’en a que… douze (voir ici).

Les dépenses de recherche et développement (R&D) représentaient 3,13% du PIB en Allemagne et 2,2% du PIB en France en 2018, toujours selon l’OCDE (voir ici). Le PIB allemand étant de 50% supérieur à celui de la France, cela représente un budget de R&D en volume qui est pratiquement le double en Allemagne de ce qu’il est en France.

Dernière comparaison : le nombre de décès dus au Covid-19 s’élevait hier à 3804 pour 83 millions d’habitants en Allemagne (4,6 décès pour 100 000 habitants), et 17188 pour 67 millions d’habitants en France (25,7 décès pour 100 000).

6 fois plus de décès par habitant en France : n’ayez crainte, vous n’entendrez jamais cette comparaison dans les discours de M. Macron.

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