De nouveaux cadeaux pour les « premiers de cordée » dans la hotte du père Macron

Sous le sapin, près de 3 milliards d’euros de réduction de cotisations retraite attendent les salariés les plus aisés et leurs entreprises.

Le projet de réforme des retraites prévoit que les salaires compris entre 120 000 et 324 192 € par an seront soumis à une cotisation retraite de 2,81% au lieu de 21,59% actuellement, et au lieu de 28,12% en dessous de 120 000 € dans le nouveau système.

Bien que moins commentée que l’âge pivot ou la valeur du point, cette mesure est emblématique d'une politique économique au service exclusif des plus riches qui est, avec la violence de la répression des mouvements sociaux, la marque de fabrique de ce gouvernement.

Environ 200 000 salariés sont concernés par cette disposition qui engendrera un manque à gagner en cotisations estimé à 2,8 Mds€ (voir ici). Avec la répartition 40 / 60 entre salariés et employeurs, cela représente un allègement de cotisations de 1,1Mds€ pour les salariés et 1,7 Mds€ pour les employeurs.

Ainsi un éditocrate dégoisant sur les « privilégiés » des régimes spéciaux et gagnant 200 000 € par an percevra 6500 € de revenu net annuel supplémentaire grâce à cette mesure. Que fera-t-il de cette manne ? Eh bien, par un heureux hasard, la loi PACTE adoptée en avril 2019 à l'initiative de son gouvernement préféré a rendu plus attractifs les produits d’épargne-retraite (fonds de pension), avec notamment une déduction des sommes investies dans la limite de 10% du revenu imposable.

Les 200 000 heureux bénéficiaires vont donc pouvoir investir ces revenus supplémentaires dans des fonds de pension, et ce supplément de salaire net ne sera pas imposable. Cela constitue un premier pas vers la retraite par capitalisation puisqu’il suffira à l’avenir de baisser ou de ne pas réévaluer ce seuil de 120 000 € pour faire basculer de plus en plus de salariés aisés vers les fonds de pension. On comprend que le plus puissant gestionnaire d’actifs du monde, BlackRock, dont les dirigeants sont régulièrement reçus à l’Elysée, décerne un satisfecit au président de la République.

Ce cadeau d’un milliard pour les premiers de cordée va s’ajouter aux réductions d’impôts déjà décidées par le gouvernement :

  • suppression de l’ISF et prélèvement forfaitaire unique : 5 Mds€ de gain annuel à partir de 2018 ;
  • suppression de la taxe d’habitations pour les 20% des foyers les plus aisés : 8 Mds€ de gain annuel pour une mise en œuvre qui s’échelonnera de 2021 à 2023 (voir ici).

A terme, les « premiers de cordée » si chers au président de la République bénéficieront donc de 14 Mds€ de revenus supplémentaires par an.

Cette manne sera en réalité encore plus élevée puisque les mesures de réduction de cotisations patronales et la baisse de l’impôt sur les sociétés (de 33 à 25%) se traduiront par la distribution de dividendes plus élevés pour les « premiers de cordée » qui sont actionnaires.

Pendant ce temps, les plus précaires sont frappés par des mesures d’économie :

  • allocations logement : 1,2 Mds€ par an en raison du nouveau mode de calcul des allocations à partir du 1er janvier 2020
  • allocations chômage : 3,4 Mds€ par an dus aux nouvelles règles d’indemnisation à partir de 2020.

« C'est de l'enfer des pauvres qu'est fait le paradis des riches », écrivait Victor Hugo dans L'Homme qui rit. Cent cinquante ans plus tard, Emmanuel Macron s’emploie à lui donner raison.

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