Didier Guillaume, ministre de l'Agriculture et "pesticido-sceptique"

Selon le nouveau ministre de l'Agriculture, il n'y a aucune aucune preuve scientifique du danger représenté par les pesticides.

Commentant le plus long remaniement ministériel de la Ve République, M. Gilles Le Gendre, président du groupe LREM à l’Assemblée Nationale, affichait mardi dernier sa grande satisfaction : « Franchement, ça valait le coup d’attendre ».

A entendre le nouveau ministre de l‘Agriculture s’exprimer sur l’usage des pesticides, on se dit que M. Le Gendre est du genre pince-sans-rire, qualité qu’on ne lui soupçonnait pas a priori.

M. Didier Guillaume déclarait en effet ce matin au micro de RTL : « C'est aux scientifiques de faire la preuve ou non qu'il y a des conséquences à l'usage des pesticides ou pas. (…) Il y a peut-être des soupçons, mais il n'y a aucune preuve scientifique ». Pour ajouter dans le même entretien : « Je suis là pour appliquer le programme du président, dans ce quinquennat nous connaîtrons la fin du glyphosate » (voir ici).

Voilà un nouvel adepte de la pensée complexe : s’il n’y a pas de preuves, pourquoi donc avoir déjà décidé qu’il fallait interdire son usage d’ici 2022. En août, un tribunal de Californie a condamné Monsanto à verser 289 millions de dollars à un jardinier atteint de cancer. L’aurait-il fait sans aucune évidence scientifique ?

L’ONG Greenpeace révélait mercredi que Monsanto a créé et financé de faux groupements d'agriculteurs pour faire la promotion … du glyphosate. Ces groupes ont été développés dans sept pays européens, avec pour but de peser sur la prolongation de l'autorisation d'utilisation de l'herbicide par l’UE. Avec succès puisque celle-ci a été votée à l'automne 2017 (voir ici).

En tant que sénateur, M. Guillaume a voté contre l’amendement à la loi Agriculture et Alimentation proposant l’interdiction du glyphosate en France d’ici trois ans. Comme ses prédécesseurs, il a été choisi pour complaire à la FNSEA, et pour défendre les intérêts de l’industrie agro-alimentaire et phytosanitaire.

M. Guillaume pourra prendre conseil auprès de sa nouvelle collègue du gouvernement, Mme Emmanuelle Wargon, secrétaire d’État auprès du ministre de la transition écologique et solidaire. Elle était auparavant Directrice de la Communication et des Affaires publiques de Danone (en bon français : lobbyste). Elle saura lui expliquer comment faire.

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