La souveraineté économique selon Emmanuel Macron, c’est seulement pour les yaourts

Le 15 janvier, M. Le Maire opposait « un non courtois mais ferme et définitif » au rachat de Carrefour par Couche-Tard. Aujourd’hui, il déclare qu’il est « vigilant » alors que le fonds d’investissement Bluebell, actionnaire de Danone, demande le remplacement de son PDG. Produire et distribuer des yaourts, il semble qu’il n’y ait rien de plus stratégique en France sous la présidence de M. Macron.

Dans les deux cas (voir ici et ), le ministre de l’Économie a invoqué la « sécurité alimentaire » et les dizaines de milliers d’emplois en France. A priori, on ne peut que se féliciter que le gouvernement de M. Macron s’en préoccupe. Mais est-ce la nationalité de l’actionnaire principal ou le nom du PDG qui importe, dès lors que l’objectif reste de maximiser le taux de profit ?

Couche-Tard aurait-il délocalisé les magasins Carrefour au Canada ? Bien évidemment non. S’il est une activité qui n’est pas délocalisable, c’est bien la distribution. Aurait-il favorisé l’importation de produits canadiens pour les vendre dans ce nouveau circuit de distribution ? Peut-être mais rien n’empêche Carrefour de faire de même si cela lui permet d’augmenter ses marges. Si telle est la préoccupation de MM. Macron et Le Maire, ne fallait-il pas plutôt s'opposer au traité de libre-échange avec le Canada (CETA) au lieu de le faire approuver par une majorité aux ordres ?

Et puisque la « sécurité alimentaire » est un enjeu important (ce que personne ne conteste), qu’attend le gouvernement pour s’opposer au rachat de terres agricoles par des puissances étrangères aux fins d’y exporter la production ? Une loi sur le foncier agricole avait été promise par Emmanuel Macron en 2019 : on l’attend toujours. Démanteler le système de retraites était sans doute bien plus urgent (voir ici).

Quant à l’emploi ? Était-ce une préoccupation de M. Macron lorsqu’il autorisé la fusion Lafarge-Holcim en 2014 ? Quand il a vendu la branche Énergie d’Alstom à GE en 2015 ? Quand il a approuvé le rachat d’Alcatel-Lucent par Nokia en 2015 ? Quand il a laissé le fonds d’investissement américain Searchlight prendre le contrôle de l’équipementier aéronautique Latécoère en 2019 (voir ici) ? Ou encore quand il se proposait de laisser Siemens racheter la branche Transport d’Alstom, opération qui n’a pu se faire en raison de l’opposition de la Commissaire à la concurrence de l’UE ?

Quand Sanofi, incapable de produire un vaccin contre le Covid-19, annonce un énième plan social dans les équipes de R&D en France (voir ici), M. Le Maire se contente de « demander une clarification » de la stratégie (voir ici). Elle est pourtant limpide : empocher les aides publiques (CICE, et crédit d’impôt-recherche) tout en fermant des centres de R&D en France pour augmenter les profits. Comme le font GE, Nokia et Latécoère.

Dans tous ces dossiers, non seulement M. Macron a laissé faire mais il était le plus souvent à la manœuvre, comme secrétaire général adjoint puis ministre de l’Économie sous la présidence Hollande et depuis 2017 comme président de la République.

La « sécurité alimentaire » invoquée pour Carrefour et Danone n’est donc qu’une posture dictée par l’air du temps et défendre les positions des amis de MM. Macron et Le Maire au sein du CAC40 est sans doute ce qui la motive. Ce qui caractérise la politique industrielle de M. Macron, c’est la liquidation des secteurs industriels stratégiques (énergie, télécommunications, transport, aéronautique) et des équipes françaises de R&D qui y travaillent.

Produire et distribuer des yaourts, c’est autrement plus important !

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