Ici on ne confine pas, on freine

« Je crois que le mot confinement n’est pas adapté. (…) Ce qu’on veut, c’est freiner le virus sans nous enfermer ». Emmanuel Macron, le 19 mars 2021.

Le verbe « freiner » et son substantif « freinage » viennent de faire une entrée remarquée dans le dictionnaire de l’état d’urgence sanitaire à l’occasion du troisième confinement, pardon, des « mesures de freinage massives » annoncées par le Premier ministre le 18 mars.

Jusqu’ici, nous étions habitués à « l’accélération » et au « renforcement » afin de rendre encore plus efficaces des mesures qui l’étaient déjà à 100% depuis le début, cela va sans dire. Nous voici donc entrés dans l’ère du « freinage », mais pas n’importe lequel, un freinage « massif » et qui pourra bien évidemment faire l’objet d’un « renforcement » si nécessaire.

Rien n’étant impossible avec ce gouvernement, il pourrait même décider prochainement « d’accélérer » le freinage malgré tous les dangers que cela comporte, comme ont pu le constater les automobilistes qui ont un jour malencontreusement appuyé en même temps sur l’accélérateur et sur la pédale de frein. Une décision qui risquerait alors d’« accélérer » la propagation du virus et de « freiner » la vaccination, ce serait qui d’autant plus fâcheux que nos dirigeants savent déjà très bien le faire, en ne décidant rien ou trop tard.

Contrairement aux pays voisins qui en sont à leur troisième confinement, nous avons la chance d’y échapper puisque dans notre beau pays on ne confine plus, on « freine sans enfermer ». Il est vrai que ceux qui nous gouvernent sont plus subtils et plus intelligents que la moyenne. 

Il ne manque évidemment pas de mauvaises langues et autres traitres à la patrie en danger pour prétendre que le mot confinement serait désormais banni du vocabulaire officiel afin de sauver le soldat Macron qui avait écarté une telle mesure fin janvier.

Il n’en est rien car M. Macron fonde toutes ses décisions sur « la science ». Or, « ce qu’on a appris en un an, c’est qu’il ne faut pas multiplier les interactions », a déclaré le président de la République. Je ne suis pas certain que tous nos compatriotes réalisent que sans ce Grand Épidémiologiste qui lit toutes les revues médicales - et en anglais s'il vous plait -, notre pays serait encore dans l’ignorance de cette récente et importante découverte scientifique concernant les maladies contagieuses : il convient d'éviter les interactions.

« Mais se promener dehors n’est pas mauvais » a-t-il aussitôt ajouté. Pourtant, il y a une semaine, le préfet de police de Paris faisait évacuer les quais de Seine par un bel après-midi ensoleillé. M. Lallement étant connu pour son sens du discernement dans l'usage de la force, l'hypothèse la plus probable est que, faute de dominer la langue anglaise aussi bien que son maître, il n’avait pas encore pris connaissance des dernières avancées de la science.

Enfin, M. Macron nous enjoint également « de freiner [nos] contacts pour éviter que le virus ne se diffuse ». Espérons qu’il en a parlé à son ministre de l’Intérieur, grand amateur de « contacts » et « d’interactions » divers et variés, mais plutôt en lieu clos.

 © Alex @Alexdessinateur © Alex @Alexdessinateur

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