Le « modèle Amish » pour habiller les collégiennes de « façon républicaine » ?

L’épidémie de Covid-19 qui repart, les faillites de PME en forte hausse, les plans sociaux des grandes entreprises qui se multiplient, le nombre de chômeurs et de pauvres qui augmente par centaines de milliers : voilà qui devrait définir les priorités de n’importe quel gouvernement en cette rentrée. Pas celui de M. Macron.

Car il y a bien plus grave que cela : la tenue vestimentaire des adolescentes, préoccupation majeure de l’exécutif en cette rentrée. On sait déjà que pour LRNEM, une femme qui porte le voile donne des signes évidents de « séparatisme » et de « radicalisation ». C’est ainsi que la semaine dernière, des députés de droite ont quitté une réunion de la commission parlementaire qui auditionnait une représentante de l’UNEF au motif qu’elle portait un hijab (voir ici).

Mais il n’y a pas que l’excès de tissu qui pose problème aux tenants de la police vestimentaire et de l’ordre moral. Une collégienne dont le nombril est visible ou qui est vêtue d’un haut dont les bretelles sont trop fines est aussi passible de sanctions immédiates (voir ici un témoignage).

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Dérapage d’un CPE zélé ? Pas du tout, a déclaré aujourd’hui M. Jean-Michel Blanquer, qui entend tuer dans l’œuf cette rébellion du crop-top : « On vient à l’école habillé d’une façon républicaine. » Ayant vainement cherché où était définie la « façon républicaine » de s’habiller, j’en suis arrivé à la conclusion que, réflexion faite, nos gouvernants avaient peut-être trouvé quelques vertus au désormais fameux « modèle Amish ».

Quoiqu’il en soit, nous voilà face à un problème tout aussi grave et important que la crise sociale ou le réchauffement climatique. Afin de définir quelle est la « façon républicaine » dont les jeunes filles doivent désormais s’habiller, un « Grand débat national » ou une « Convention citoyenne » s’imposent dans les plus brefs délais. Nul ne doute que le chef de l’État, qui adore les patrons, s’engagera à reprendre à son compte ceux qui seront proposés à l’issue de cette consultation.

Afin d’éviter que ces mesures ne soient remises en cause si la France venait par malheur à tomber sous la coupe d’une coalition islamo-féministo-gauchiste, le dernier alinéa de l'article 89 de la Constitution devrait ensuite être modifié comme suit : « La forme républicaine du Gouvernement et des tenues féminines ne peuvent faire l'objet d'une révision. »

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