Que fait donc M. Macron contre le « séparatisme » catholique ?

Tous les dimanches depuis le début du confinement, des centaines de catholiques se réunissent devant les églises dans les principales villes de France. Sous l’œil bienveillant de la police et sans la moindre réaction des autorités.

Dimanche 22 novembre, plus de trois cents fidèles se sont réunis devant la cathédrale Saint-André à Bordeaux, plusieurs centaines devant la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse, plus de trois cents sur la place Bellecour à Lyon pour protester contre l’interdiction des messes, une petite centaine de personnes sur le parvis de Notre-Dame-de-la-Treille à Lille et plusieurs centaines devant la cathédrale Saint-Sulpice de Paris. Comme les dimanches précédents (voir ici).

Ces manifestations étaient-elles toutes déclarées en préfecture ? En tout cas, en chaque occasion, les forces de l'ordre ont su faire preuve d’une grande retenue face à ces opposants aux mesures de confinement décrétées le 29 octobre. Pas de déploiement massif de CRS, BAC ou BRAV-M, pas de nassage, pas de grenades lacrymogènes ou de canon à eau pour les disperser, pas de drone pour les surveiller et pas une seule garde à vue. Et pourtant, tous ne sont pas des enfants de chœur (voir ci-dessous).

Les chaînes de désinformation en continu ont-elles multiplié les émissions sur cette grave menace séparatiste ? Manuel Valls et Caroline Fourest ont-ils dénoncé la faiblesse de l’Observatoire de la laïcité face à ce danger ? Le ministre de l’Intérieur a-t-il menacé de dissoudre des associations de catholiques intégristes ? A-t-il donné instruction aux services de police d'aller « harceler ceux qui propagent le séparatisme » afin de leur « faire passer un message ». Que nenni !

Car voyez-vous, M. Macron, « premier et unique chanoine honoraire de la basilique majeure de Saint-Jean-de-Latran », est un fervent partisan de la laïcité mais avec une exception. En avril 2018, dans un discours devant les Évêques de France, il déclarait dans une évidente violation de la loi de 1905 : « Pour nous retrouver ici ce soir, Monseigneur, nous avons, vous et moi, bravé les sceptiques de chaque bord. Et si nous l’avons fait, c’est sans doute que nous partageons confusément le sentiment que le lien entre l’Église et l’État s’est abîmé, et qu’il nous importe à vous comme à moi de le réparer. »

Imaginez un seul instant ce qu’il se serait passé si des centaines de musulmans se réunissaient pour prier chaque vendredi devant les mosquées des principales villes françaises.

Photo Ulrich Lebeuf. Myop pour Libération. Photo Ulrich Lebeuf. Myop pour Libération.

Le photographe Ulrich Lebeuf, qui couvrait le rassemblement du 15 novembre à Toulouse pour Libération, a été violemment agressé par un manifestant, qui a endommagé son matériel, arraché son masque et lui a porté un coup de poing au visage (voir ici).

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