Moins de blanc dans les hôpitaux, plus de bleu dans les rues

« Chaque Français verra plus de bleu sur le terrain en 2022 qu’en 2017. » Emmanuel Macron, le 19 avril 2021.

En visite au CHU de Rouen le 5 avril 2018, le président de la République répondait à une aide-soignante qui l’interpellait sur le manque de moyens : « Il n’y a pas d’argent magique. » Trois ans plus tard, la suppression de lits d’hôpitaux se poursuit en dépit de l’épidémie de Covid-19 tandis que le nombre de postes d’infirmiers vacants ne cesse d’augmenter (voir ici).

Si M. Macron n’a « pas d’argent magique » pour le personnel soignant, il en trouve sans difficulté pour les forces de l’ordre. En déplacement à Montpellier, le président de la République a déclaré dans un commissariat : « On est déterminés, on va s'en donner les moyens et vous en donner les moyens. » Et de promettre aux forces de l’ordre des effectifs supplémentaires, des caméras « pour [les] protéger » et une meilleure « protection judiciaire ».

A aucun moment, le président de la République n’a rappelé aux forces de l’ordre que leur devoir était de protéger les citoyens. Sous ce régime, le pouvoir politique se préoccupe avant tout de protéger « ceux qui le protègent ». M. Macron n’a pas oublié ce qu’il doit à ceux qui bouclaient le quartier de l’Élysée un samedi de décembre 2018 alors que tout était prêt pour qu’il puisse fuir en hélicoptère.

Quiconque a observé ce qui se passe en France pourrait penser que les policiers bénéficient déjà d’une solide protection judiciaire. En effet, la police a éborgné des dizaines de manifestants et a mutilé des centaines d’autres (voir ici). En toute impunité. Les violences et le racisme systémiques de la police que subissent depuis des décennies celles et ceux qui n’ont pas la bonne couleur de peau n’existent tout simplement pas selon M. Macron (voir ici). A Calais et à la frontière italienne, les policiers qui harcèlent jour et nuit les réfugiés et les associations qui les aident le font en violation des droits humains les plus fondamentaux. En toute impunité. Quant aux responsables de la mort de Rémi Fraisse, de Zineb Redouane, de Steve Maia Caniço, de Cédric Chouviat ou d’Adama Traoré et de tant d’autres, ils sont toujours en fonction. En toute impunité. Certains ont mêmes été décorés.

Il arrive toutefois que des juges aient l’outrecuidance d’acquitter des personnes ayant passé plusieurs années en détention préventive sur la base de faux procès-verbaux fabriqués par les officiers de police judiciaire (voir ici). Les syndicats de police ont immédiatement manifesté devant la Cour d’appel de Paris, avec le soutien de la droite extrême et de l’extrême-droite (voir ici). Une meilleure protection judiciaire s’impose à l’évidence pour éviter de si fâcheuses décisions, par exemple une totale irresponsabilité juridique des forces de l’ordre dans l’exercice de leur fonction. Et, pour faire bonne mesure, une condamnation automatique et sans jugement de quiconque est accusé par un policier.

Pour les hôpitaux, il n’y a pas d’argent magique. En revanche, M. Macron est « déterminé (...) à se donner les moyens » pour mieux réprimer les mouvements sociaux et les classes populaires issues de l'immigration. Ce n’est pas seulement moins de blanc et « plus de bleu » qu’il nous promet d’ici 2022, c’est encore plus de brun.

 © Urbs / Le Canard Enchaîné © Urbs / Le Canard Enchaîné

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