Le ministre de l’Intérieur, déclaré responsable de violations des droits de l'Homme

Rassurez-vous, Christophe Castaner ne risque rien. Cela se passe au Chili.

M. Andrés Chadwick Piñera a été ministre de l’Intérieur dans le gouvernement de son cousin, le président Sebastián Piñera, du 11 mars 2018 au 28 octobre 2019, date à laquelle le président chilien l’a écarté lors d’un remaniement ministériel en plein mouvement social. Alors qu’il concentrait les critiques pour la violence de la répression exercée pendant la période de l’état d’urgence, du 18 au 28 octobre (plus d’une vingtaine de morts et plus de 2000 blessés), le ministre de l'Intérieur a servi de fusible au président afin de permettre à ce dernier de tenter de passer à travers les gouttes.

Le 30 octobre, un groupe de députés a présenté une « accusation constitutionnelle » pour sa responsabilité politique dans les violations des droits de l’Homme commises par les forces armées et les carabiniers. Après que sa mise en accusation a été approuvée par la Chambre des Députés le 30  novembre, le Sénat a reconnu sa responsabilité politique le 11 décembre 2019 (23 voix pour, 18 contre). En conséquence, il lui est interdit d’exercer tout mandat public pour une période de cinq ans.

Ainsi, au Chili, sous le gouvernement des héritiers de Pinochet (M. José Manuel Piñera, frère du président actuel, a été ministre du Travail et des Retraites puis ministre des Mines sous la dictature militaire), et en vertu des dispositions d'une Constitution rédigée sous la dictature, un ministre a dû répondre de ses actes devant le Parlement.

En France, prétendument le pays des droits de l'Homme, sous la présidence de M. Macron, les « forces de l’ordre » placées sous la responsabilité de M. Castaner peuvent continuer de mutiler, d’éborgner et même de tuer. Le ministre de l’Intérieur ne risque rien.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.