« Le Monde », En Marche accélérée

Jamais en reste pour tresser des lauriers à la politique économique de son champion, le quotidien du soir s’est surpassé en cette fin d’année.

Si les Français sont trop négatifs aux yeux du président de la République, « Le Monde » a chaussé ses lunettes les plus roses pour commenter les derniers chiffres de l’INSEE sur l’emploi dans son éditorial du 27 décembre.

« Les créations d’emplois ont sensiblement augmenté, passant de 188 000 en 2018 à plus de 260 000 cette année. »

Le nombre de créations d’entreprises « a atteint 750 000 sur les onze premiers mois, loin du précédent record enregistré un an plus tôt (691 000). »

Comment s’expliquent ces résultats ? En premier lieu, par la croissance, « qui résiste mieux dans l’Hexagone que dans le reste de la zone euro. » En second lieu, par « les effets de la politique de l’offre. (…) Le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), transformé cette année en baisse de cotisations sociales, serait à l’origine de 30 000 créations d’emplois. »

« Le Monde » ne mentionne évidemment pas le fait que la « résistance » de la croissance s’explique notamment par les mesures de pouvoir d’achat décidées en décembre 2018 sous la pression des gilets jaunes. Et il se garde surtout de rappeler le coût du CICE pour les finances publiques en 2019 : 40 milliards d’euros en raison du cumul du crédit d’impôt acquis par les entreprises au titre de l’année 2018 et de la baisse de cotisations sociales qui l'a remplacé à partir du 1er janvier 2019.

Une simple division aurait permis aux auteurs de cet éditorial de calculer le coût par emploi pour ces 30000 emplois créés : 1,33 million d’euros par emploi ! Mais à quoi bon embarrasser le lecteur avec de tels chiffres, il risquerait d’en tirer des conclusions moins positives que les éditorialistes du « Monde ».

La suite de l’éditorial est un concentré de novlangue macronienne à faire pâlir d’envie un député Playmobil de la majorité. Le président a « assoupli le marché du travail » (comprendre : il a facilité les licenciements) et il a « réajusté les droits des chômeurs » (comprendre : il a réduit les allocations de chômage voire les a supprimées pour certains). Quant à la réforme des retraites, elle « participe de la même philosophie : sécuriser le parcours des plus mobiles, à commencer par les jeunes. » Orwell n’aurait pas dit mieux : la précarité, c’est la mobilité ; réduire les droits, c’est sécuriser.

Le gouvernement devrait pouvoir supprimer les nombreux postes de communicants dans les cabinets ministériels : « Le Monde » les remplace avantageusement.

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