A Aubervilliers, portraits de... un café "culturel"

Un café culturel pour renouveler les électeurs du PC.

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Il s'agissait pour moi de comprendre comment on en était arrivé là.

Je me suis rendue au nouveau café culturel d'Aubervilliers. Nouveau ? pas vraiment. Il remplace un ancien café qui ne correspondait pas à la stratégie mise en place par la mairesse. Cette stratégie a trois moments. Le premier maire, Pascal Beaudet est élu et démissionne. Sa première adjointe hérite - l'héritage est la clé de voûte de cette mairie- du poste de maire. Une fois installée, elle verrouille la communication en changeant d'équipe et en transformant le mensuel municipal, en un journal qu'elle contrôle à 100%. Le nouveau rédacteur en chef met en place un journal au lexique pauvre, privilégiant les images sur le texte.

La reprise en main du café culturel fait partie des objectifs. Si pendant des décennies la culture du PC se revendiquait comme populaire, au service des ouvriers, aujourd'hui elle a changé d'orientation. Du monde ouvrier, il ne reste que des vestiges. Des cheminées esthétisées ou momifiées. Au choix.  Il s'agit d'attirer de nouveau électeurs, et plus précisément ces "nouveaux arrivants" qui ont fait accroître considérablement le nombre d'habitants de cette ville. 

Donc hier soir, ils étaient là. Pour un pot d'ouverture avant travaux. Le ton était donné. Ici il faut payer. Pas de pot d'accueil. Les boissons il fallait les prendre au comptoir. Un handicapé en chaise roulante tente de faire comprendre qu'il ne peut pas attraper son verre. Un dialogue de sourd. Personnellement j'ai perdu un billet. Ici on paie me fait-on comprendre, et le verre retourne là d'où il  arrivait. 

Cette ville au multiples nationalités était réduite hier. La cible électorale était clairement désignée. Impossible aussi de discuter avec les nouveau responsables, tous derrière le comptoir, à servir. Une façon de se retrancher aussi. De rappeler la distance, comme celle que ce café entretient avec la culture. 

Un peu partout s'élèvent des grues prédatrices, observatrices de nos vies. Le passé de la ville est rasé avec détermination. On construit du neuf partout, ne négligeant aucun espace laissé vacant. Les promoteurs mettent l'accent pour mieux vendre, sur des jardins-terrasses, recouvrant d'anciens jardins ouvriers moins rentables. Le sol est défoncé. Je me prends régulièrement les pieds dans ces micro-chaotiques monticules. 

Au café on parle de tout et surtout de soi, protégé par cette pudeur, gardienne des portes de l'intimité. 

Culture de l'individu triomphant, mise à l'écart des pauvres. 

Bien sûr, il y aura de la culture... à vendre.

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