Contes sur la morale ordinaire

Le moralisme a le vent en poupe. Des contes font les comptes

Trois cochons

Le meilleur bien sûr est celui qui a pris le temps de construire la maison en briques.
Le loup souffla souffla et la maison ne bougea pas.
La chèvre de Monsieur Séguin était trop indépendante.
Le loup la mangea.
Le petit chaperon rouge était trop coquette…et faillit y passer
Le vieil âne gris mourut d'épuisement…
Morale bourgeoise…libre d'énoncer des poncifs…
Elle asphyxie l'homme ou la femme porteurs de création.
Existe-t-il une morale non bourgeoise ?
Je la cherche.

 

Les feux de l'amour

Elle se met sur le canapé. Fatiguée de ses journées où tout se répète dans la tiédeur moite de ce printemps de mai. On lui a offert du lilas. Comme tous les ans, elle aime sa senteur. Mauve embellie. Un clic sur la télécommande… L'amour pour rêver, ou faire semblant d'y croire. L'amour degré zéro de l'écriture qui emplit cette liberté en friche. L'amour n'existe que dans les rêves du solitaire… ou l'écriture du poète porté par un divin enthousiasme. Amour carton-pâte, amour cartoon de la télé-réalité.

Il s'appelle Job

Il s'appelle Job. Il a tout perdu en un jour. Sa réputation, sa famille, sa fortune. Dieu voulait l'éprouver.
Il y a beaucoup de Job qui n'ont pas encore rencontré Dieu pour leur en expliquer la raison.
Ils attendent dans des endroits de fortune espérant une venue, un message.
On les prend pour des fous. Peut-être ont-ils passé la frontière du raisonnable. Mais la raison n'en est-elle pas là quand elle devient calcul de ratio, comptable de mes repas possibles en fin de mois, juge de mes actes quand j'ai faim ?

 

Au rouet de la fortune

La Belle aux Bois Dormants dans la cour du château se délassait. De quoi ? De son oisiveté sans doute. Puis vous connaissez la suite : au rouet elle se piqua. C'était alors le début du syndicalisme. La femme au rouet avait demandé une augmentation de salaire, compte-tenu de la plus-value et des années d'exploitation de sa personne. Ne comprenant rien au discours de l'économie keynésienne, le roi et la reine avaient tenté de l'amadouer en partageant le gâteau. Elle était allergique à la farine de blé. Elle se vengea avec son rouet et la belle princesse, leur fille, s'endormit sur son beau lit fiscal. Ce que l'on sait moins, c'est qu'un Prince charmant, peut-être le mari de Blanche Neige occupée par ses pépins, s'était perdu dans la forêt – la psychanalyse je la laisse à Bettelheim. Bref il s'était égaré. Il découvrit alors la belle endormie. Il vit le lit. Son meilleur ami s'occupait de redresser les comptes (ou les contes ? ) de l'Etat. C'est pour cela qu'il l'embrassa, c'est à dire la prit dans ses bras, non pour lui faire la cour mais pour l'emmener de ce pas à la cour aux contes ou aux comptes, comme vous voulez ! Et là on lui fit un sort. Depuis elle veille au grain, et lit Piketty.

Eduquer 

 

Qui peut assurer que les sept nains de l'histoire aimaient aller casser des pierres ou que Blanche Neige aimait jouer du plumeau ? Ils chantaient pour y croire et elle, elle avala une pomme tant la boulimie la guettait. La pomme et ses pépins… vous saisissez ? D'accord elle a eu des pépins, des ennuis, comme on dit, avec sa marâtre. Celle-là l'avait mise d'abord entre les mains d'un chasseur pour lui apprendre le jeu du loup et de la brebis. Il en eut assez de toujours gagner. Il la déposa chez les sept nains. Ils lui offrirent un plumeau, mais elle parlait trop. Alors la marâtre déguisée en marchande, lui fit avaler la pomme et ses pépins. Et elle couva, couva… une sorte d’insémination avant l'heure. Un preux et jeune chevalier passait. Clef en main la princesse : un plumeau et des petiots. Une bonne augure pensa-t-il en jeune homme bien élevé. Un gain de temps ! Guerroyer, il irait et la donzelle à la maison resterait. Elle n'en attendait pas tant Blanche Neige, le modèle pour petites filles sages ; elle eut un hoquet de joie et eut des prématurés.
Morale de l'histoire : si vous voulez bien éduquer les filles, donnez-leur des pommes à manger ! Elles en oublieront leurs désirs gourmands… se marieront et beaucoup d'enfants elles auront. Une aubaine pour Pôle Emploi. 

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