Un pays qui s'appelle la Colombie

Un silence assourdissant sur la Colombie et sur les violences d'Etat qui y sont perpétrées.

Incroyable, ça fait plusieurs jours que les manifestations s'enchainent en Colombie, que les morts et les blessés commencent à s'entasser et le silence est ... total.

Où sont nos grands journalistes courageux qui allaient défendre la démocratie la plume à la main contre les dictatures sanguinaires de Chavez ou plus récemment de Evo Morales ? Où sont les éditos enflammés pointant cette gauche incapable de se maintenir au pouvoir sans multiplier les charniers et les bains de sang ? Où est le Monde, grand spécialiste auto-proclamé de l'Amérique du Sud et des luttes qui y font rage ? Où est Mediapart pourtant prolixe lorsqu'il faut dénoncer les violences, réelles, du gouvernement Maduro ?

Lorsque Lula s'est vu accusé de corruption (à priori à tort vu les avancées juridiques actuelles), les médias mainstreams français se sont sentis investis de la  mission suprême d'informer la population, en regrettant les larmes aux yeux que la gauche au pouvoir est incorrigible, ne sait pas se tenir et sombre dans un mélange vicieux d'autoritarisme et de corruption. Chavez, Correa et Morales ont vécu la même chose.

Il est à noter que sur les quatre présidents cités, trois ont connu des tentatives, réussies ou non, de coup d'Etat, militaires ou non. Il est également à rappeler qu'un autre pays, moins connu, a vécu une situation similaire: le Paraguay. Qui connait l'histoire du président Lugo, premier président de gauche du pays depuis plusieurs décennies, élu en 2008 et renversé par un coup d'Etat constitutionnel en 2012 par les élites conservatrices et bourgeoises.

Quand est-ce qu'il sera possible de reconnaitre, sans se faire traiter de stalinien, de castriste ou de chaviste sanguinaire, que l'Amérique du Sud est un continent en guerre depuis son indépendance ? Que la bourgeoisie continentale, alliée à celles des autres continents, maintient ces pays dans une violence sociale sans fin, afin de s'approprier au moindre coût (financier mais pas humain) l'immensité des richesses que possède ce territoire ? Ce qui se passe en Colombie n'a rien de neuf. On l'a vu au Chili il y a peu. Face à une pauvreté largement généralisée, toute attaque nouvelle contre les conditions d'existence porte en elle le germe de la colère. Et en face, des régimes capitalistes qui respectent parfaitement les principes des idéologues du néolibéralisme - tels que ceux issus de la fabuleuse école de Chicago qui a fournie en économistes les beaux régimes démocratiques de Pinochet ou de Bolsonaro - en soutenant dans le sang les réformes les plus oppressives, pardon, les plus libératrices pour l'économie. Si jamais un gouvernement de gauche s'amuse à intervenir violemment contre des manifestants, pas toujours les plus pacifiques non plus, politiquement à droite, alors le spectre du totalitarisme viendra hanter les consciences de nos journalistes. Si c'est juste des pauvres qui canent parce qu'ils refusent le doxa néolibérale, alors les jours s'enchaineront sans trop secouer les éditos nationaux.

Ne voyez pas dans cet article un appel à la défense aveugle de tout gouvernement qui se réclame de gauche. Mais plutôt un appel à un traitement équitable de l'actualité internationale et à la prise en compte de la violence social qui règne en Amérique latine. Lire les mérites du régime colombien face à la violence vénézuélienne me donne une certaine envie de vomir, sachant que la Colombie comptabilise plus de massacre de paysans, militants, syndicalistes, intellectuels, ouvriers, et autres, que l'ensemble des autres pays du continent.

Bref pas moyen de vous parler de ce qu'il se passe là-bas en tout cas, selon la presse... pas grand-chose !

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