L'ombre de Franco et la République de Catalogne

Depuis plus de cinq ans, la "Revolució dels Somriures" (la Révolution des Sourires), autrement dit la volonté catalane d'indépendance, se manifeste pacifiquement. Or, le gouvernement de M. Rajoy ne cesse d'opposer à cette forte volonté populaire une stratégie de déni et de mépris. Aussi, le 20 septembre 2017, l'ombre de Franco a surgi dans les rues de Barcelone et en plein cœur de l'Europe.


Manifestation spontanée à Barcelone le 20/09/2017 Manifestation spontanée à Barcelone le 20/09/2017
(Ci-dessous le texte d'une pétition adressée aujourd'hui à M. Jean-Claude Juncker "Pour l'Etat de droit et la liberté en Catalogne": https://www.change.org/p/la-catalogne-doit-voter ) 

Monsieur Juncker,

Le 20 septembre 2017, le gouvernement de M. Rajoy, sous prétexte de défendre la "légalité", a suspendu de facto l'autonomie de la Catalogne en vue de rendre impossible la tenue d'un référendum d'auto-détermination prévu pour le 1er octobre.

- Des fonctionnaires en plein exercice ont été arrêtés

- Des maires soutenant l'organisation du référendum ont été cités à comparaître en justice

- Le siège de certains journaux ont été perquisitionnés, ainsi que le siège de certaines formations politiques (le siège national de la CUP <candidatura d'unitat popular>)

- Du matériel de vote (bulletins, urnes) a été depuis quelques semaines littéralement pourchassé par la Guardia Civil, au vu et su de tous les citoyens espagnols, de l'Europe et du monde entier.

- Une censure d'Etat s'est exercée, sur la presse et internet, limitant le droit à l'information et exerçant une pression sur les journalistes et les intellectuels.

- Il s'agit d'un mépris ahurissant de la constitution espagnole elle-même garantissant l'autonomie de la Generalitat de Catalogne (gouvernement autonome), violant ainsi ses propres lois en plus de violer les principes universels de la démocratie et de l'Etat de droit, et cela en 2017, en plein cœur de notre Europe.

- Il s'agit d'une résurgence de pratiques franquistes dont la Monarchie espagnole n'a jamais su se débarrasser depuis 1978, le spectre de la funeste Guerre Civile de 1936 rôde autour de ces scènes d'une police arrêtant des élus, molestant des manifestants et perquisitionnant des journaux.

- L'Europe semble à nouveau ahurie et impuissante.

- Pourtant, des personnalités politiques internationales de premier ordre ont témoigné  - et ce depuis plusieurs années, de leur souhait que puisse se tenir, face à une telle situation, un référendum sous contrôle international, dans le respect du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, qui est -faut-il le rappeler?, un principe fondateur de notre Europe. 

- Il s'agit enfin d'un mépris de la volonté générale catalane, volonté s'exprimant doublement:

par la voix de ses élus, qui ne font qu'accomplir, en menant à terme ce référendum, un programme pour lequel ils ont été élus comme représentants du peuple au Parlament de Catalogne.

par les manifestations massives qui depuis plus de 5 ans témoignent sans aucune équivoque de la volonté populaire catalane de "voter" (plus d'1 million de personnes le 11 septembre dernier) et des manifestations spontanées, unissant des milliers de personnes issues de toutes les strates de la société civile, manifestations qui s'organisent à Barcelone, en Catalogne et dans toute l'Espagne depuis ce véritable coup d'État institutionnel du 20 septembre.

Monsieur Juncker, 

Vous ne pouvez demeurer silencieux.

Si le mot "Europe" a encore un sens, vous ne pouvez rester muet et inactif face à ce déni manifeste des principes les plus fondamentaux de l'Etat de droit et de la liberté civile.

Le gouvernement de M. Rajoy doit mettre fin à cette campagne de répression digne des heures les plus tragiques de l'histoire espagnole, afin d'accepter une solution politique à la question du référendum en Catalogne. 

La Catalogne doit voter. 

Il ne s'agit plus d'une "affaire interne" à l'État espagnol il en va désormais de l'honneur de l'Europe et de sa mission. 

Respectueusement

  

https://www.change.org/p/la-catalogne-doit-voter

 

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