L'Europe au conditionnel !

Dans le cadre de la recomposition qui s'amorce dans la grande sphère politique, le questionnement sur Europe et la place de l'Union européenne seront des enjeux importants, d'autant plus avec les élections européennes à venir. Ainsi l'intérêt voire l'affection de l'Europe doit se construire tous les jours et ne peut être simplement décrétée.

Publié dans la lettre d'information de l'imprévu.

Les élections européennes ont toujours été un enjeu électoral important pour les écologistes. Et les prochaines auront lieu en 2019. Mais peut-être serait-il temps de sortir des seuls enjeux électoraux pour entrevoir quelle Europe nous voulons construire ensemble.

Je stoppe de suite les critiques, qui pourraient, de ce raisonnement préliminaire, tirer des conclusions hâtives : si je suis pro-européen, en faveur d'une Europe écologique, sociale, juste et solidaire, mais au fil du temps et des déconvenues, je suis devenu un européen (très) critique.

Nous ne pouvons plus nous contenter d’une binarité entre "pro" et "anti" si nous voulons mettre en échec les nationalismes et racismes grandissants partout en Europe. Cette opposition concernant la construction d'une l'Europe désirable semble de plus en plus stérile, vide de sens. Nous devons réouvrir à la critique nos analyses passées et, entrevoir l’Europe actuelle comme elle est : pervertie par le libéralisme, déconnectée des réalités - voire technocratisée - mais malgré tout toujours porteuse d’un espoir fou, d’un avenir solidaire et commun !

Les grands débats européens à venir doivent nous pousser à entamer une réflexion collective et globale sur notre place en Europe, notre place en tant que citoyen.ne.s, notre place par rapport à nos identités multiples et régionales, la place des écologistes (desquel.le.s je fais partie) et celles des autres parties et mouvements "progressistes". Mais surtout à quelle Europe nous voulons rêver ensemble.

Il faut le dire, oui, malheureusement l’Europe a failli.

Pour atténuer nos craintes face à la lenteur européenne ou aux errances technocratiques, nous les pro-européen.ne.s avons tendance à nous réconforter avec l’idée juste mais insuffisante que l’Europe est encore jeune. Il est vrai que la démocratie ne s’est pas faite en un jour, cependant il semble que l’Europe soit déjà engagée sur le mauvais chemin.

La crise des réfugié.e.s, n’a pas été qu’un simple échec de la solidarité européenne, mais bien un crime au regard des Droits Humains, dont la responsabilité incombe aux Etats européens. Les mots sont forts, mais ces enjeux fondamentaux pour l'avenir européen restent loin des préoccupations étatiques et des notres, celles des citoyen.ne.s. Certains Etats ont plutot joué le jeu comme l'Allemagne ou la Suède mais nombreux ont été ceux comme la France à fermer leurs frontières, sans voir les conséquences pour l'Europe sur le long terme, jadis terre des Droits Humains.

De plus en plus d’européen.ne.s ferment les yeux face à l’horreur qui se déroule à nos portes. Des millions de personnes ont fui la guerre, la violence et la mort, un vague migratoire jetée sur les fondations d’une Europe toujours en construction. Nos fondations ont été ébranlées, les Droits Humains oubliés. La crise des réfugiés a été l’illustration de la fin du principe de solidarité entre les Etats membres pourtant inscrit à l’article 3 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Malte, l’Italie, Chypre ou la Grèce ont demandé en vain l’assistance des pays de l’Union qui se sont réfugiés derrière les principes du règlement de Dublin pour justifier leur inaction. Nous avons délégué la responsabilité à l’Europe sans agir sur la nôtre.

La responsabilité n’est pas la leur, ce n'est pas celle des réfugié.e.s. Peut être avons nous fait l’élargissement de l'Union trop vite, peut-être n’avons-nous pas assez pensé et construit l’Europe politique, sans doute avons nous manqué d'emphatie, de bienveillance et d'humanité mais quoi qu’il en soit, la faute est surtout la nôtre. Cependant il n’est pas trop tard pour remettre la solidarité, le droit d’asile ou la dignité humaine au cœur du projet européen.

Les scandales sanitaires et alimentaires à répétition de la vache folle, au médiator en passant par les œufs contaminés n’ont fait que relever le manque de contrôle sanitaire des autorités européennes qui ont préféré laisser la porte ouverte à la privatisation des agences nationales de contrôle qu’à une exigence publique et donc collective des contrôles pour protéger notre santé.

Le libéralisme utlra échangiste a pris petit à petit le pas sur nos normes sociales nationales. Ainsi l’instauration comme acquis fondamental par l’Union de la libre circulation des entreprises, des capitaux et des services comportait déjà en son sein les risques d’une casse sociale massive devenue réalité. Par le biais de la directive sur le détachement des travailleurs et travailleuses de 1996, une entreprise d’un Etat membre peut envoyer travailler ses salarié.e.s dans un autre Etat membre tout en continuant à payer les cotisations sociales dans son pays d’origine où elles sont moins élevées.

Le problème ne se réduit pas au « plombier polonais » détaché en France, c’est bien un autre problème qui est en jeu : celui de notre gouvernance économique et fiscale livrée aux entreprises du grand capital, qui, pour augmenter leur marges, choisissent presque constamment le moins disant social.

Cependant n'oublions pas que l’Europe n’a encore pas échoué

Erasmus, comme toujours, reste le meilleur et le plus parlant des exemples de la réussite européenne : celle d’un enseignement multilingue ouvert sur l’Europe, ses régions et ses histoires. Il nous laisse entrevoir la construction d’une génération multiculturelle européenne ayant grandie ensemble et voulant continuer à le faire.

Cette année Erasmus a fêté ses 30 ans cette année et a permis à plus de 5 millions de jeunes de partir en échange à travers l'Europe. Même si ce programme européen reste un outil à deux vitesses, excluant une partie de la jeunesse européenne faute de moyens, il reste selon un sondage BVA du 30 mai 2017 la plus belle réalisation concrète de l’Europe. 

Il ne s'agit pas de la seule.

La coopération scientifique européenne n’a pas à rougir à l’exemple du projet « sentinelle », issu du programme Copernicus qui rassemble la crème de la crème des chercheurs et chercheuses européen.ne.s afin de permettre une meilleure observation de notre planète, la Terre. Ce projet a pour objectif d’offrir à tou.te.s les citoyen.ne.s un service d’information en temps réel et de prévision sur la qualité de l’air, l’état des sols, le niveau des mers ou les catastrophes naturelles. Les trois satellites d’ors et déjà lancés proposent à tou.te.s des images accessibles en open data. Une meilleure information, une connaissance plus fine du changement climatique est possible et l’Europe y travaille aussi.

Mais l’Europe, c’est aussi des droits sociaux. Prises sur l’axe de la protection de la santé et de la sécurité au travail, l’Union a adopté des mesures trop souvent méconnues mais d'actualité et protectrices de nos droits sociaux. Par exemple la directive sur le temps de travail adoptée en 2003 garantit une harmonisation minimale du droit du travail. Elle prévoit une durée maximale de 48 heures de travail hebdomadaires en moyenne (heures supplémentaires incluses), ou un maximum de 8 heures pour le travail de nuit - quand le premier projet El Khomri voulait revenir largement sur ces acquis sociaux. Le socle social européen existe, mais nous devons le renforcer.

L’Europe nous protège encore, pourtant elle a pris le chemin d’un ultraliberalisme de plus en plus éloigné de l’humain, et de son environnement. Le repli sur soi nationaliste, souvent xénophobe et raciste doit être farouchement combattu.

Les années à venir doivent être celles d’une refondation européenne. Menée par des mouvements au niveau européens comme le Parti Vert Européen pour les écologistes, la redéfinition d’un projet écologiste de transformation, sociale et environnementale vers une société de l'après croissance ne tient qu’à nous.

Faisons le choix de rêver ensemble !

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