Train de vie de l'exécutif: des questions qui dérangent

Le socialiste René Dosière, qui s'est fait une spécialité d'enquêter sur le train de vie de l'Elysée (lire ici et là) se montre trop fouineur. Matignon vient, d'une subtile manière, de lui signifier un certain agacement.

Le socialiste René Dosière, qui s'est fait une spécialité d'enquêter sur le train de vie de l'Elysée (lire ici et ) se montre trop fouineur. Matignon vient, d'une subtile manière, de lui signifier un certain agacement.

 

Le député avait récemment interrogé plusieurs ministres, par le biais de "questions écrites signalées", sur le nombre de fonctionnaires de leurs services mis à disposition de Nicolas Sarkozy (l'élu est persuadé que le coût de ces "prêts" en matière grise est mal répercuté dans le budget de l'Elysée et permet au Château de présenter des comptes officiels très allégés...).

 

Cette procédure dite des "questions signalées" autorise depuis 1994 les députés à exiger, de la part de n'importe quel ministre et dans un délai de 10 jours, des réponses circonstanciées à des interrogations d'ordre juridique ou financier. Cette règle, coutumière et non écrite, n'avait jusqu'ici jamais souffert d'exception. Depuis 15 ans, les membres du gouvernement répondaient rapidement et systématiquement. Cet outil, encore embryonnaire, préfigurait ce que la réforme des institutions de juillet dernier prétend développer: le contrôle de l'exécutif par le Parlement...

 

Or pour la première fois depuis 1994, les ministres viennent d'enfreindre la tradition: ils ont fait mariner René Dosière. Ceux de la Défense et du Travail, notamment, ont "omis" de répondre au socialiste dans les temps. Leurs explications chiffrées, sur les "petits" services rendus par leurs administrations à l'Elysée, ont été publiées au Journal officiel du 21 avril, "hors délai", avec plusieurs jours de retard...

 

«Il a fallu que le cabinet de Roger Karoutchi [secrétaire d'Etat chargé des relations avec le Parlement] intervienne!», s'offusque René Dosière. Certains y verront une trahison de la tradition républicaine, en tout cas une attitude symptomatique du peu de considération que Matignon porte aux députés... À l'heure où l'Elysée se vante d'avoir «modernisé» les institutions et «renforcé» le Parlement, cet épisode pourrait ramener les plus naïfs à la réalité...

 

Parmi les réponses finalement reçues par René Dosière, au moins 2 méritaient pourtant qu'on les examine de près (Mediapart vous les livre ici en avant-première):

 

1. Dans la première, le ministère de la Justice dévoile les dessous de la vie place Vendôme en 2007 (sous Pascal Clément puis Rachida Dati):
• le «parc automobile affecté à la Garde des Sceaux» et à son cabinet comportait ainsi 20 voitures (contre 15 pour son collègue de l'Agriculture, Michel Barnier)
• les frais de représentation de la ministre se sont élevés à 270.000 euros

• les dépenses de communication ont alors atteint 3.180.000 euros, dont 213.000 euros pour «l'organisation d'évènements», 315.000 euros pour «l'achat d'outils de communication», ou encore 118.000 euros pour la réalisation de sondages

 

(Cliquez ci-dessous pour télécharger la réponse du ministère à René Dosière)

 

2. Dans la seconde, Matignon éclaire les coulisses du voyage en Chine de Nicolas Sarkozy en novembre 2007, qui avait défrayé la chronique:
• 311 personnes l'avaient alors accompagné, dont :
- 26 ministres et collaborateurs (la «délégation officielle»)
- 72 «personnalités» (6 parlementaires, 3 «invités personnels», 14 «invités du milieu culturel et scientifique», 9 «jeunes scientifiques» et 40 «invités du milieu économique»)
- 9 interprètes
- 39 «personnels»
- 85 «services techniques»
- 80 journalistes

• 3 Airbus avaient été mobilisés, ainsi qu'un Falcon 900 et un Mystère 50 médicalisé
• le coût global de l'hébergement pour la Présidence avait été estimé à «123.410 euros», dont 70.000 devaient être versés par le gouvernement chinois, «en atténuation»...

 

Pour lire la réponse complète de Matignon, cliquez ci-dessous:


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