Immobilier et crowdfunding font-ils bon ménage ?

Au cours du premier semestre 2015, les fonds collectés par les plates-formes de crowdfunding ont atteint les 133.2 millions d’euros, contre 66.4 millions d’euros au premier trimestre 2014. En pleine expansion, l’économie participative se décline aussi dans l’immobilier.

Pour l’immobilier comme pour la musique ou le cinéma, le point de départ reste la mise en relation du porteur d’un projet et qui a besoin de lever des fonds pour le réaliser avec des internautes qui croient en lui et sont prêts à investir, via une plate-forme de crowdfunding. Une fois que les biens immobiliers ont étés vendus, les investisseurs reçoivent une partie des bénéfices sous forme de quote-part. Les rendements annoncés tournent généralement autour de 8 à 10 %

Il existe également une autre possibilité : passer par une plate-forme pour acheter à plusieurs un bien immobilier, un immeuble par exemple, et se partager ensuite les bénéfices tirés de sa mise en location. L’opération prend alors la forme d’une Société Civile Immobilière (SCI).

Des risques réels

Outre les traditionnels questionnements liés à l’immobilier (qualité de l’emplacement, viabilité du marché local, sérieux des acteurs engagés dans l’opération), le crowdfunding immobilier, notamment via une Société Civile Immobilière (SCI) comporte des risques réels pris très au sérieux par les autorités comme l’AMF (Autorité du Marché Financier). Celle-ci a d’ailleurs publié un communiqué en avril 2015 pour rappeler que dans le cadre d’une SCI«  l’investisseur est responsable des dettes de la société sur son patrimoine personnel au-delà des sommes investies. Très concrètement, les créanciers de la société pourront saisir les biens personnels de l’investisseur si la société ne parvient pas à payer ses dettes et obligations ».

Autrement dit, non seulement l’internaute investisseur peut perdre sa mise de départ, mais il peut même perdre beaucoup plus puisqu’il est responsable sur ses biens personnels des éventuelles dettes contractées par la société dans laquelle il a investi.

Une dérive

Les plates-formes proposant du crowdfunding immobilier par le biais de montages SCI sont peut-être sérieuses pour certaines. Mais l’internaute doit être conscient que ce secteur n’en est qu’à ses balbutiements et que lesdites plates-formes ne sont par exemple pas contrôlées par l’AMF. Il est donc difficile d’obtenir des critères objectifs pour évaluer leur solidité et leur expertise.

Dans tous les cas, les sommes investies ne seront pas disponibles avant un certain temps puisque les parts de SCI sont traditionnellement longues à revendre.

Enfin, l’ADN du crowdfunding ne réside pas dans la spéculation. S’il apporte une part de bénéfices à ceux qui choisissent d’investir, il a surtout pour but d’investir dans l’économie réelle.

 

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