Reportage - Les Robes noires en lutte : Retour sur le procès fictif du Barreau du 93.

Le 5 février dernier, au cœur de la mobilisation contre le réforme des retraites, les avocat.e.s du Barreau de Seine-Saint-Denis usent de créativité et d'humour afin de faire entendre leurs revendications.

À 200 mètres du Tribunal correctionnel de Bobigny, la rue de l'indépendance s'apprête à accueillir un procès pas comme les autres où seront écoutés et jugés les avocats en grève contre la réforme des retraites engagée par le duo Macron-Philippe.

Il est 18h, la nuit est tombée. Devant la Maison de l'Avocat et du droit, une avocate fume sa cigarette accompagnée de ses confrères et consœurs en robes noires, « Toute ce qui est dit ce soir est liberté de parole ». On rit. Ils la rassurent, en signe d'approbation de ses paroles.

À l'intérieur, la salle est calme et détendue, impatiente que le procès fictif des Robes noires commence. La quinzaine d'avocat.e.s font leur entrée dans la salle d'audience improvisée, sous l'applaudissement chaleureux du public venu écouté le procès orchestré par les avocat.e.s en grève. « La Cour, levez-vous s'il vous plaît, nous siégeons au sein d'une Cour d'assise spéciale, ayant pour accusation la macronie » ordonne le président du jury. Le ton est donné. La mise en scène sera percutante et engagée.

Les cinq juges ouvrent l'audience en indiquant de manière lancinante les chefs d'accusation contre les accusés « pour avoir organiser et participer au mouvement insurrectionnel du Barreau de Seine-Saint-Denis à l'aide d'armes de type sifflets, casseroles ou rabats rouges », pour « avoir commandité des chants et des danses portant atteinte à la dignité de la personne humaine » faisant échos au slogan « pirouettes belloubette » qui rythme les manifestations à l'encontre de la Garde des Sceaux, Nicole Belloubet ou encore « pour avoir porter atteinte au maintien de l'ordre en montant un piquet de grève à l'aide de tentes au sein du Tribunal de Bobigny » plantées le 15 janvier dernier.

Ils sont trois accusés à se présenter tour à tour à la barre afin de répondre de leurs actes. Face aux juges et à un procureur hostiles, le Bâtonnier de l'Ordre des Avocats du Barreau de Seine-Saint-Denis, Frédéric Gabet, s'avance théâtralement à la barre et déclare « Nous sommes en grève, c'est historique, contre une réforme indigne, injuste, capitaliste ».

Soutenu par les applaudissements de l'assemblée, le Bâtonnier expose les raisons du mouvement d'ampleur nationale en démontrant en quoi la réforme des retraites tend à précariser la profession d'avocat et entache un système solidaire en terme de protection juridictionnelle. En supprimant le régime autofinancé et excédentaire qui existe actuellement et en doublant les cotisations de ces derniers sans augmenter le montant de leur pension retraite, de nombreux cabinets vont se retrouver en difficulté.

« Porter la robe comme un rempart pour le respect des libertés dans ce pays » plaide la deuxième accusée à la posture droite et assurée. La profondeur de leur propos est nuancée par des moments d'humour et de légèreté avec notamment, les preuves des actes reprochés qui sont projetées dans la salle montrant aussi bien le Bâtonnier chantant lors des manifestations que la reprise ironique du Haka des rugbymans néo-zélandais devant le Tribunal du 93, le 22 janvier dernier par les avocat.e.s.

Il est 21h, les avocats et le public clôturent ensemble ce procès fictif par le chant qui anime les manifestations depuis le début des mobilisations « Avocats, avocats, même si Macron ne veut pas nous on est là, pour l'honneur de la justice et pour un monde meilleur, même si Macron ne veut pas, nous on est là ». Frisons et espoir parcours la salle, pleine.

 

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