Madagascar : une centrale solaire inaugurée sur fond de tensions politiques

A Madagascar, la prochaine mise en service d’une gigantesque centrale électrique solaire symbolise l’embellie économique dont bénéficie l’île depuis 4 ans. Un contexte optimiste qui n’a pourtant pas empêché l’apparition de turbulences politiques avec la tenue prochaine d’une élection présidentielle.

A Madagascar, on n’a pas de pétrole, mais on a du soleil

Après un an et demi de travaux, la phase d’opérationnalisation de la plus grande centrale électrique solaire de l’Océan indien a été lancée le 23 juin dernier à Madagascar, et des installations similaires sont envisagées dans une quarantaine d’autres localités.

La centrale d'Ambohipihaonana représente un projet d’envergure plus que nécessaire : en 2014, seulement 16,8 % de la population malgache avait accès à l’électricité. Pourtant mieux approvisionnée que le reste du pays, la capitale Antananarivo subit de fréquents délestages. Ainsi, dans le cadre du renforcement du réseau et de la politique de mix énergétique visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre, cette centrale étalée sur une surface de 33 hectares devrait surtout permettre de fournir une puissance nominale de 20 mégawatts pour la zone de la capitale et d’Antisrabe, la troisième ville du pays.

Cette nouvelle centrale permettra également de réduire le coût de l’énergie pour les ménages et les industriels. Sur la Grande île, le secteur énergétique est fortement subventionné par l’Etat car le prix de vente du kilowatt-heure est un tiers plus faible que son coût de production. La ferme solaire promet un coût de production deux fois moins élevé mais cette énergie étant intermittente, l’adossement à des centrales thermiques ou hydrauliques reste nécessaire.

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Dans cette optique, un contrat de 780 millions d’euros a été signé avec Siemens en octobre dernier pour la construction d’une usine à gaz aérodérivée et, en décembre 2016, le développement et l’exploitation de la centrale hydroélectrique de Sahofika ont été confiés à un groupement auquel participent les français Eiffage et Eranove.

Vers une sortie de crise par les urnes ?

Ce renouveau énergétique apparaît comme un symbole du redressement de l’économie malgache, en cours depuis la fin de la crise politique qui a secoué le pays de 2009 à 2013. Malgré les catastrophes naturelles et sanitaires qui frappent de manière récurrente la Grande Île (telles que l’invasion de criquets en 2013 ou le passage du cyclone Enawo en mars dernier) celle-ci devrait jouir d’une croissance économique de plus de 5% cette année. Une longue remise sur pieds de l’économie saluée par les bailleurs de fonds internationaux, mais qui doit être maintenue pour faire face à la pauvreté extrême qui sévit à Madagascar.

La situation politique, qui était pourtant stable, connait un regain de tensions depuis fin avril. Pendant deux mois, des manifestants de l’opposition ont exigé la démission de Hery Rajaonarimampianina, l’actuel président, à qui l’on doit pourtant l’embellie du pays ces dernières années. La situation s'est apaisée avec la nomination début juin d'un Premier ministre « de consensus », Christian Ntsay. Celui-ci a annoncé vendredi 29 juin que l'élection présidentielle aurait lieu les 7 novembre et 19 décembre prochains.

Ces dates fournissent un nouveau motif de querelle au sein de l’opposition, entre le parti Tim de l'ex-président Marc Ravalomanana et le parti Mapar de l'ancien chef de l'Etat Andry Rajoelina, auquel le premier reproche d'avoir trahi les manifestants en rejoignant le gouvernement de consensus.

Tandis que l’actuel président n’a pas encore annoncé s’il briguerait ou non un second mandat, ses deux prédécesseurs et potentiels candidats sont au cœur de la controverse. Marc Ravalomanana, chef de l’Etat de 2002 à 2009, a en effet fait savoir qu'il ne reconnaissait pas sa condamnation par contumace aux travaux forcés à perpétuité pour avoir donné l’ordre de tirer sur une foule de manifestants le 7 février 2009. Une condamnation qui l’empêcherait en effet de se représenter…

En janvier, une autre annonce de Marc Ravalomanana a beaucoup fait réagir : sa déclaration sur une alliance possible avec Andry Rajoelina, qui semble aujourd’hui bien lointaine. Cet ancien maire d’Antananarivo a dirigé l'État malgache sous le régime de la Transition à la suite du coup d'État contre le président Ravalomanana le 16 mars 2009. Cette prise de pouvoir avait été considérée comme non constitutionnelle par une partie de la communauté internationale. Ce qui n’a pas empêché Andry Rajoelina de se lancer de nouveau dans la course, en multipliant ces derniers jours les réunions publiques dans le pays.

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