Programmation pluriannuelle de l’énergie : quels enjeux pour les îles du Ponant ?

Habitées à l'année, les îles du Ponant dans le Finistère, ne sont pourtant pas reliées au continent. La question de l’énergie et de la gestion des ressources se pose donc pleinement et est devenue une composante majeure de la qualité de vie nécessaire au maintien des communautés insulaires. La Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), consacre toute une annexe à ces zones insulaires.

Le statut particulier des zones non interconnectées

Élément fondateur de la transition énergétique, la Programmation pluriannuelle de l’énergie est destinée à préciser les objectifs de politique énergétique, identifier les enjeux et les risques dans ce domaine, et orienter les travaux des acteurs publics sur chaque territoire identifié. Elle fixe filière par filière (énergies fossiles, nucléaire, éolien, etc.) les grands objectifs de la loi sur la transition énergétique et la composition du bouquet énergétique français à l'horizon 2023.

Comme prévu dans l’article 203 de la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte, les territoires français isolés et non interconnectés au réseau continental relèvent toutefois de programmations pluriannuelles de l'énergie distinctes. La Corse, la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique, Mayotte, La Réunion et Saint-Pierre-et-Miquelon, bénéficient toutes d'un plan adapté à leurs particularités géographiques et énergétiques leur permettant d'atteindre à court terme l'autonomie énergétique dans le respect des objectifs climatiques. Répondant à des caractéristiques similaires, bien que plus proches de la France métropolitaine, les îles du Ponant non interconnectées situées dans le Finistère (on parle ici principalement des îles d’Ouessant, de Molène et de Sein), font l'objet quant à elles d'un volet annexé à la PPE nationale en vigueur pour les périodes 2016-2018 et 2019-2023.

Optimiser et sécuriser l'approvisionnement énergétique insulaire

Chacune de ces îles présente en effet une configuration énergétique particulière qui lui impose un statut tout aussi particulier en matière de planification énergétique. Les îles de Molène et de Sein par exemple, sont quasiment dépourvues de véhicules, excepté pour les services communaux de base (secours, transport public et ramassage des ordures), tandis qu’à Ouessant, entre 250 et 500 véhicules peuvent circuler en fonction des saisons. Les modes de chauffage y sont essentiellement électriques avec 72% de logements à Molène, 73% à Ouessant et 80% à Sein et l’approvisionnement en électricité constitue logiquement un des enjeux structurants pour l’avenir de ces territoires. Alimentés jusqu’à présent par des centrales au fioul polluantes, ces îles doivent supporter un coût d’approvisionnement élevé lié au transport et aux consommations d’énergie fossile, et représentent en ce sens, des lieux à privilégier pour engager les actions de la transition énergétique.

Soumise à consultation publique en 2018, la PPE relative à ces territoires définit d’ores et déjà les priorités d'action pour toutes les énergies du point de vue de la maîtrise de la demande, de la diversification des sources, de la sécurité d'approvisionnement et du développement du stockage et des réseaux. Une charte d’engagement a d’ailleurs été signée par les acteurs locaux et plusieurs projets de portée régionale ont été engagés dans le cadre des différents appels à projets nationaux (territoire à énergie positive pour la croissance verte, île autonome en énergie et boucle énergétique locale). L’objectif prioritaire étant de tendre vers l’autonomie énergétique et d’aboutir en 2030 à une « décarbonation » du mix énergétique local via une production d’énergie proche des 100% d’énergie renouvelable.

Production renouvelable et maîtrise des consommations énergétiques

Pour y parvenir, ces îles ont entamé dès septembre 2016 un programme spécifique de transition énergétique censé leur permettre d’atteindre dans un premier temps l’objectif intermédiaire de 50% de production d’électricité à base d’énergie renouvelable en 2023, et mobilisent peu à peu l’ensemble des énergies locales disponibles (éolien, photovoltaïque, solaire thermique et énergies marines). Une hydrolienne à Ouessant, des panneaux solaires et un projet d’éolienne sur l’île de Sein, les capacités de production renouvelable se développent progressivement et bénéficient depuis juin 2017 d’un système de pilotage innovant baptisé EMS pour « Energy Management System » et mis en service sur ces deux îles par le groupe EDF. Ce logiciel d’optimisation énergétique, véritable chef d’orchestre du système électrique, permet de coordonner les différentes productions et le stockage en temps réel, et d’assurer l’équilibre permanent entre production et consommation d’électricité.

Mais l'investissement dans de nouveaux moyens de production plus propres et durables n’est pas le seul défi qui s’impose aux îles du Ponant. Ces territoires isolés ne pourront atteindre l’autonomie énergétique tant convoitée sans agir en parallèle sur la demande d'énergie dans le sens d’une plus grande maîtrise des consommations. Regroupées en association, les îles du Ponant ont déjà consenti de gros efforts en la matière et obtenu le soutien de la région, de l’Ademe et d’EDF SEI (Systèmes énergétiques insulaires) dans le cadre de plusieurs programmes dédiés à améliorer l’efficacité énergétique. Distribution d’ampoules LED, réalisation de travaux d’isolation dans les bâtiments publics, aide au remplacement des appareils à froid trop énergivores, ou incitation financière à la rénovation énergétique des logements, 105 projets ont été menés à bien depuis 2012 pour un budget total d’1,6 millions d’euros et des économies d’énergie équivalentes à 1.100 MWh, soit la consommation annuelle en fioul de l’île de Sein.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.