L’Inde doit-elle vraiment choisir entre désir de croissance et refus de pollution ?

L’Inde a réaffirmé ses objectifs colossaux de capacités de production renouvelable pour 2022, devenant ainsi un des marchés les plus prometteurs des énergies vertes. L’enjeu est de taille, pour ce pays qui voit plus d’un million de ses citoyens mourir chaque année à cause de la pollution atmosphérique.

Des engagements sur le climat extrêmement ambitieux

Le 30 août 2017 s’est ouvert à New Dehli le 3e sommet des affaires et du climat. Le ministre indien de l’énergie, Piyush Goyal, y a confirmé les engagements de son gouvernement en faveur du climat, déjà initiés lors de la COP21 en 2015. "Nous devons accélérer nos efforts de coordination pour promouvoir les énergies propres et réduire les émissions de gaz à effets de serre." a-t-il affirmé, tout en regrettant que d’autres gouvernants ne cherchent à minimiser la question du changement climatique.
Alors que les Etats-Unis de Donald Trump opèrent un volte-face historique vis-à-vis de l'Accord de Paris, l’Inde rehausse largement ses objectifs, avec 175 GW de capacité de production renouvelable d’ici 2022 (dont 100 GW de photovoltaïque). Cette annonce fait de l’Inde l’un des marchés les plus attractifs pour les énergies renouvelables, alors que sa capacité totale de production décarbonée est aujourd’hui seulement de 13 GW.
Le gouvernement du premier ministre indien Narendra Modi entend ainsi répondre à trois grands défis : fournir l’électricité au quart de la population qui n’y a pas accès, tout en tenant ses engagements en faveur des énergies renouvelables, et ce sans omettre de répondre aux besoins d’une économie en pleine croissance (+7,2 % en 2016).

Des politiques incitatives ont été engagées, comme le doublement de la taxe sur le charbon et l’annonce de la fermeture des centrales à charbon de plus de 25 ans. L’objectif de est également de rendre le parc automobile indien 100% électrique d’ici 2030.
Pourtant, ces annonces spectaculaires sont à nuancer, notamment du fait de l’augmentation de 15-20% des panneaux solaires chinois, alors que ceux-ci représentent 60% du prix d’une centrale PV. D’après Allen Tom Abraham, un expert basé à New Dehli "Si les prix actuels des panneaux solaires ne baissent pas, les groupes de solaire vont subir un impact sur les marges déjà très tendues" et il sera difficile d’atteindre les objectifs fixés par le gouvernement, malgré l’aide d’un milliard de dollars de la Banque Mondiale.

Difficile de se passer du charbon


L’Inde est le 3e plus grand consommateur d’énergie au monde, après la Chine et les Etats-Unis. L’augmentation de la demande y est constante, alors qu’un Indien consomme toujours huit fois moins qu’un Français chaque année. Jusqu’ici, c’est principalement le charbon, dont le sous-continent a la cinquième ressource mondiale, qui a permis de répondre à cet appétit, et il représente aujourd’hui 69% de son mix énergétique. Ainsi, malgré les efforts entamés, la consommation de charbon devrait continuer d’augmenter de 5% par an jusqu’en 2021 d’après l’AIE (Agence Internationale de l’Energie).
Pourtant les conséquences sont dramatiques pour la population, car avec 1,1 million de morts prématurées chaque année, c’est le pays où la pollution de l’air est la plus meurtrière d’après le Health Effects Institute. Ce nombre a augmenté de 50% entre 1990 et 2015, principalement à cause des usines de charbon et des gaz d’échappement des véhicules. "Le charbon ne va pas s'en aller du jour au lendemain. La pollution liée au charbon dans l'environnement sera toujours très significative en Inde", estime Sumant Sinha, président de l'entreprise d'énergies renouvelables indienne ReNew Power.
Le taux de particules fines (PM 2,5) a atteint 1000 microgrammes par mètre cube en 2016 à Dehli, soit 17 fois le seuil maximum fixé par l’OMS. Ces particules minuscules pénètrent au plus profond des poumons, et augmentent les risques de maladies respiratoires et cardiovasculaires, ainsi que les cancers des poumons.


La France, un partenaire privilégié dans la transition énergétique


L’Inde souhaite clairement se positionner comme un leader de la transition énergétique, et notamment auprès des pays en développement, dont l’accès y a longtemps été limité par le prix élevé des équipements. C’est en partenariat avec la France, lors de la COP21, qu’a été lancée "l’Alliance solaire internationale" dont l’Inde est le chef de file. Son objectif est de collecter 1 000 milliards de $ auprès des pays développés d’ici 2030, pour permettre aux 120 adhérents, des pays à fort taux d’ensoleillement, de s’équiper d’outils de production solaire.

Les sociétés françaises sont également bien implantées, avec 10% de la puissance installée dans le pays. Engie est la deuxième entreprise internationale présente sur le marché énergétique en Inde, grâce à sa filiale Solairedirect ; EDF a déjà développé 200 MW de capacités opérationnelles dans le pays, et Schneider Electric a un pied dans la formation et l’innovation.

Les enjeux sont importants, car ce marché au potentiel gigantesque n’est pas sans risques. En plus des risques financiers, l’aboutissement de certains projets reste incertain, comme la construction de six réacteurs EPR par EDF dans le Jaitapur, pour une capacité de 9,9 GW. Le projet est au point mort depuis plusieurs mois du fait de manifestations des habitants, qui estiment que le plateau de Madban, sur lequel devrait être située la centrale, est propice aux séismes. Cependant, l’annonce du premier ministre indien sur la construction de 10 nouveaux réacteurs, fait dire à Xavier Ursat, directeur exécutif du groupe EDF en charge ingénierie et projets, qu’il "ne désespère pas de pouvoir signer un premier accord cette année pour engager des études" permettant une mise en service dès 2025 -2027.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.