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Billet de blog 30 nov. 2018

Lutte contre le changement climatique : quelle responsabilité des entreprises ?

En matière de réchauffement climatique, les États ne sont pas les seuls à pouvoir réduire les émissions de gaz à effet de serre. Premiers acteurs de l’économie, les entreprises ne se conforment pas encore suffisamment aux nouvelles normes en vigueur, même si les choses bougent dans le bon sens.

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L’implication des entreprises dans le changement climatique

Alors que la COP24 doit réunir 190 États à Katowice (Pologne) à partir du 3 décembre 2018 pour faire le point sur les progrès contre le changement climatique, la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) vient de fixer les objectifs énergétiques de la France pour les dix prochaines années, ainsi que les moyens pour y parvenir. Mardi 27 novembre, Emmanuel Macron a ainsi annoncé vouloir investir 7 à 8 milliards d’euros par an pour produire 40 % de l’électricité française à partir d’énergies renouvelables d’ici 2030 et réduire la part du nucléaire à 50 % du mix électrique à l’horizon 2035. Pour y parvenir et réduire la consommation d’énergie fossile du pays, le président français tente avec difficulté de responsabiliser la population en augmentant les taxes sur les carburants dès le 1er janvier 2019, mais aussi les entreprises, grandes consommatrices de fioul, gaz et charbon, en particulier dans les secteurs du bâtiment et des transports. Comme avec le mouvement contestataire des gilets jaunes au sein de la population, l’affaire ne s’annonce pas simple non plus dans la sphère professionnelle, à en croire le rapport First Step publié par le Climat Disclosure Standards Board (CDSB) à l’occasion du Climate Finance Day le 26 novembre à Paris.

Parmi les 80 principales sociétés européennes, seuls 44 % d’entre elles seraient en conformité avec la directive NFR (non financial reporting), qui permet de collecter les données sur les risques liés au climat et à l’environnement. Pire : 80 % ne prévoiraient aucune mesure spécifique pour pallier ces dangers... De quoi se demander si elles ont réellement pris conscience de l’urgence à agir. La mise en place d’actions en faveur de la planète est pourtant plus que jamais indispensable à l’échelle des entreprises, puisque 71 % des émissions de GES mondiales émaneraient des 100 sociétés les plus polluantes, selon un récent rapport de l’ONG Carbone Disclosure Projet (CDP). Parmi elles, 25 seraient responsables de plus de la moitié des rejets, dont plusieurs européennes comme Royal Dutch Shell, Poland Coal ou encore Total SA. D’après le dernier rapport du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), l’effort économique pour rejoindre la trajectoire fixée par l’Accord de Paris (hausse de température planétaire d’ici 2100 limitée à 1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle) doit représenter 2 400 milliards de dollars par an, soit 2,5 % du PIB mondial. Pour les entreprises françaises, la contribution moyenne s’élèverait ainsi à 1,4 % du chiffre d’affaires, qui devrait être investi dans des projets de transition énergétique.

L’accompagnement à la performance énergétique, un business florissant

Tout espoir de changement n’est toutefois pas perdu, au contraire. Encadrée par le ministère de la transition écologique et solidaire, la transformation des entreprises françaises prend la forme de neutralité carbone à l’horizon 2050, afin de réduire leurs émissions de GES et compenser celles restantes. "Aux côtés des pouvoirs publics, les entreprises ont un rôle essentiel à jouer pour accélérer ce processus de transition" estime Xavier Girre, Directeur exécutif groupe en charge de la direction financière groupe chez EDF.

En France, chaque société doit en effet réaliser un bilan carbone depuis l’adoption de la loi sur la transition énergétique le 17 août 2015. Et certains groupes ont déjà pris les devants en instaurant des mesures plus performantes en la matière. Avec PSA, Danone et Veolia en tête, le CAC 40 serait ainsi en avance par rapport aux autres indices boursiers comme le FTSE 100 (Londres), l’IBEX 35 (Madrid) et le DOW 30 (New York), selon Gérald Maradan, directeur général d’EcoAct, qui aide les entreprises à agir face au défi climatique. "J’ai le sentiment que la France bénéficie d’une législation héritée du Grenelle II et la Loi de transition énergétique qui poussent les entreprises à agir avec l’obligation de produire un rapport RSE et à justifier le risque climatique", estime-t-il. D’autres groupes du CAC 40 ont pris cet enjeu très au sérieux comme EDF, qui publie ses émissions de GES mensuelles depuis 2002. En 15 ans, elles ont baissé de plus d’un tiers (401 g par kWh en 2017 contre 626 g/kWh en 2002) pour atteindre une moyenne de 47 g d’équivalent C02 par kWh par mois. LVMH de son côté a mis en place depuis 2016 un fond carbone afin d’engager ses marques dans des projets d’efficacité énergétique. Au total, ce sont 2 500 tonnes de CO2 en moins pour le groupe de luxe rien que sur l’année 2018.

Business oblige, les grands groupes proposent eux-mêmes un accompagnement aux autres sociétés françaises, qui selon une étude de CDP "s’alignent de plus en plus sur les niveaux de réductions d’émissions carbone considérés comme nécessaires par les scientifiques pour éviter des changements climatiques dangereux." Tandis que neuf des dix plus importantes multinationales se seraient fixées des objectifs de baisse d’émissions de GES suite à l’Accord de Paris, plusieurs groupes comme EDF Solutions énergétiques, Cofély ou Uniper se sont positionnés aux avant-postes sur ce marché, qui s’élève à près de deux milliards d’euros par an pour les audits (180 millions), diagnostics (130 millions) et contrats de performance énergétique (190 millions), et surtout l’ingénierie et les études thermiques (1,5 milliard). Et ce n’est qu’un début : d’ici 2030, EDF espère même réaliser 11 milliards d’euros de chiffre d’affaires grâce aux services énergétiques proposés aux entreprises et collectivités.

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