Quel regard sur la gestion des migrations au Niger?

C’est un point de vue, c’est-à-dire la vue à partir d’un point. Selon le lieu d’où l’on regarde changera la vision, selon ce qu’on cherche dans la réalité l’on trouvera… Il n’y a aucun regard «innocent», regarder le monde de Niamey ou de Paris n’est pas la même chose.

                                             59 ans après la proclamation de la République.

                                        Quel regard sur la gestion des migrations au NIGER?

Le regard

C’est  un point de vue, c’est-à-dire la vue à partir d’un point. Selon le lieu d’où l’on regarde changera la vision, selon ce qu’on cherche dans la réalité l’on trouvera…Il n’y a aucun regard ‘innocent’, regarder le monde de Niamey ou de Paris n’est pas la même chose.

Ainsi nous pouvons poser notre regard tout en sachant cela, d’où l’on regarde, ce qu’on cherche et les paroles pour l’exprimer. Tout cela nous donne la conscience que tout regard est partiel et pour ainsi dire ‘intéressé’ !

Un pas important donc sera celui de décoloniser notre regard et le rendre le plus possible honnête vis-à-vis de la réalité, tout en sachant qu’il y a un lieu pour regarder et juger la réalité et ce lieu là nous est donné par les pauvres. Regarder le monde avec les yeux des pauvres est un privilège parce les pauvres ont l’exclusive de la vérité dans l’histoire humaine. Apprendre à libérer notre regard signifie apprendre à regarder le monde depuis le pauvres. Cela devrait être notre clé de lecture.

Les migrations et les frontières

Le monde, l’Afrique, le Sahel, le Niger ont été et continuent d’être des espaces migratoires. En effet les migrations ont accompagné depuis toujours et avec toute probabilité accompagneront l’histoire humaine. Vivre c’est migrer : la vie est une migration, un passage, une aventure, un exode. Ce n’est peut-être pas par hasard que l’on appelait ‘exodants’ les migrants de chez-nous. D’une terre à l’autre, d’un pays à l’autre et d’un continent à l’autre. La première migration est la vie même !

Notre pays, comme tout autre pays du monde est en même temps pays de départ, d’arrivé et de transit pour les migrants. Par sa position particulière le Niger est un espace de transit vers l’Afrique du nord et vers l’Europe. Il faudra alors mettre ensemble ces deux éléments : les migrations et les frontières.

Quelqu’un a décidé qu’il y a la crise des migrations, que cela est un problème et que cela est LE problème. D’autres décident que les frontières se déplacent, prennent la forme des barbelés, se militarisent, s’arment et deviennent de plus en plus dangereuses. La journée mondiale des migrations, que nous célébrons aujourd’hui au lieu du 18 décembre, jour qui coïncide avec la proclamation de la République du Niger !

Mettre ensemble frontières et migrations est un défi à plusieurs titres parce qu’il nous oblige à faire un exercice d’honnêteté et de créativité. L’honnêteté consiste d’abord dans la prise de conscience de la violence qui entoure nous frontières, la corruption et la trahison des accords de libre-échange, par exemple dans l’espace CEDEAO. Mais aussi la violence de nos Etas incapables de donner des réponses satisfaisantes aux attentes des jeunes.

On a aussi besoin de la créativité afin de quitter les idées reçues sur les migrations, qui nous semblent ‘naturelle’. La plus part des idées sont ‘politiques’ parce que derrière les migrations et leur contrôle il y a beaucoup d’argent. Certains parlent d’entreprise, de ‘business’ des migrations. Il faudra recommencer à penser que la migration et non la sédentarité est la condition ’normale’ des humains et que barrer les routes à la mobilité, garantie aussi par la déclaration universelle des droits humains, ne mène nulle part.

La dérive se cache dans le sable

Il y a deux orientations de l’UE que nous devrions prendre en considération au moment de juger nos politiques vis-à-vis des migrations au Sahel. La première est l’externalisation des frontières de l’UE et la deuxième, conséquente est la sous-traitance des migrants par les pays de transit. On devrait en ajouter une troisième : le chantage économique lié à l’acceptation de ces deux orientations.

Le Sahel en général et notre pays en particulier peuvent être pris comme des modèles.  Les frontières de l’UE se trouvent maintenant à Agadez, Arlit et Dirkou. On a établi des accords de réadmission pour les migrants qui ne sont pas désiré ailleurs parce qu’ils ont transité par ce pays. Le transit, l’exode, la migration ‘informelle’ (la légalité ou non sont des choix politiques dictés par des rapports de force).

Evidemment La gestion (occidentale) des frontières demande des moyens, de l’argent, du personnel, des militaires…en quelques années on a réussi à mettre ensemble tout cet arsenal de contrôle dans les frontières du pays. L’opération a réussi : le migrant est semblable à un criminel, assimilé à un terroriste, un trafiquant de cocaïne ou d’armes au choix. Cela justifie toute les mesures cité avant.

Le pays a finalement accepté, pour des raisons surtout financières, géopolitiques et surtout sous pression occidentale de se transformer en sous-traitant de la réalité migratoire dans le Sahel. C’est cela que j’appelle ‘la dérive dans le sable’, je ne trouve d’autres mots pour définir l’impasse dans laquelle se trouve le pays. Quadrillé et enrichi par des armées qui stationnent dans l’espace national et sahélien. Les USA, la France de Macron (dangereux banquier au commandement du navire), l’Allemagne et, bonne dernière (pour le moment) l’Italie !

Conclusion

Si nous regardons depuis le lieu des pauvres nos yeux s’ouvrent et alors la réalité nous parle autrement. Ce qu’on combat ce n’est pas la pauvreté mais les pauvres, ceux qui cherchent un future ailleurs, ceux qui ont le droit de le chercher ailleurs Parce que il ne se résignent pas à disparaitre dans le sable et la poussière de l’histoire.

Nous ne devrions pas les trahir pour une poigné d’argent, pour des éloges à la stabilité, à la sécurité (de qui ?), pour la géopolitique du pouvoir, on n’a pas le droit de trahir ce qu’il y a de plus sacré dans l’histoire humaine : les rêves des jeunes pour un monde différent. Le rappel à la constitution devrait nous le rappeler.

Il y a une parole, un mot qui m’accompagne et me persécute depuis toujours, c’est ce mot là qui m’ hante et qui fais que je reste ici, de ce côté du monde, au-dessous de Lampedusa, c’est cette parole qui me motive, me pousse, m’interroge, me provoque, me questionne. C’est le mot DIGNITE ! C‘est cela que ne devrions jamais perdre, vendre, négocier ou marchander. C’est cela le mot qui devrait interroger le NIGER aussi.

                                                                                                 Mauro Armanino, Niamey, décembre 017

 

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