Rouen Lubrizol : plus jamais ça ! Chiche !

Les autorités, une fois de plus, se révèlent toujours dépassées par les catastrophes, qu’elles soient naturelles ou industrielles.

Pour ne point paniquer la population, elles prennent le risque de la plonger dans des angoisses et des conséquences sanitaires dont on ne connaîtra les effets que dans les mois, dans les années à venir.

Eut-il fallu que les sirènes se déclenchassent plus tôt ? En pleine nuit. Nul doute qu’en peu de temps, les rues, les routes auraient été embouteillées, empêchant les secours d’intervenir.
Il faut savoir qu’en cas de déclenchement du plan blanc au CHU de Rouen, c’est immédiatement le foutoir, à commencer chez le personnel du CHU, déjà débordé en temps normal, donc n’ayant pas le temps de s’entraîner.
Le CHU est embouteillé régulièrement aux heures de migrations journalières, viendrait s’ajouter la ronde des ambulances… Incidents, accidents, on sait combien la panique est génératrice de morts.

Comment lutter contre une telle situation ?

Quand on habite une région industrielle avec une soixante d’usines classées Seveso, ne serait-il pas souhaitable d’entraîner la population par des exercices de confinement et d’évacuation coordonnées ? Il me semble bien que les japonais, ou les habitants de la Californie pratiquent des entraînements réguliers pour savoir quoi faire en cas de tremblement de terre. Cela s’appelle de la prévention.

Je rappelais l’autre jour le comportement de Lubrizol, entreprise américaine, donc sans syndicat français, à l’occasion, il y a une vingtaine d’années, d’un incendie signalé par un riverain. Les pompiers, arrivés sur place, s’étaient vus interdits d’entrer dans l’entreprise, celle-ci s’estimant apte à régler le problème. A croire que cette entreprise aurait quasiment le statut d’une ambassade.

Quant aux produits qui s’y trouvent et dont nous avons besoin quotidiennement puisqu’on les retrouve dans nos moteurs, nos détergents etc, nous en avons la liste. Bravo ! Et alors ?
Seuls les chimistes de haut niveau vont être capables de déterminer ce qui a pu se dégager de cette soupe diabolique dans laquelle les services concernés pataugent et qu’ils commencent à évacuer. Cela va prendre quelques semaines. D’autant qu’il va falloir analyser ce qui est retombé à proximité, puis de plus en plus loin du point de départ.
Appel à prélèvement a été donné par la préfecture aux populations concernées avec numéro d’appel spécial et mise en garde de ne point toucher à mains nues les éléments suspects.

L’université de Rouen possède des départements spécialisés dans la pétrochimie et la chimie fine, elle est donc apte à faire les analyses. Encore faudrait-il que la population ait confiance dans l’indépendance de ces chercheurs, quels qu’ils soient.

Les normes de volume d’entreposage de produits hautement toxiques sont à revoir et il y a bien eu complicité entre les pouvoirs publics (état, métropole) pour laisser Lubrizol s’agrandir. Lubrizol est un sponsor important de la métropole.

Enfin, un ami italien, installé à Rouen, originaire de Milan, a bien connu la catastrophe de Seveso avec ses conséquences. Un oncle et sa famille habitaient dans la zone de contamination par la Dioxine : mise à ras des habitations, , évacuation des meubles d’extérieur et d’intérieur par incinération, recrudescence de cancers, bébés nés avec malformations diverses pour les femmes en début de grossesse.
Lorsqu’il a constaté que le nuage passait au-dessus de sa maison, à l’aube, il a pris son fils et direction l’est à une trentaine de kilomètres du couloir du nuage nécessairement toxique.

Mais peut-on vraiment croire que cette catastrophe va nous servir de leçon ?
Combien sont prêts à mettre l’argent, l’État et les entreprises, pour prévenir les catastrophes ?
Existe-t-il des organismes vraiment indépendants et compétents pour contrôler ce qu’il se passe à l’intérieur des entreprise classées Seveso ?
Comment la population peut-elle être associée et éduquée à vivre dans des zones industrielles nécessairement à risques ? Car nul n’a envie de vivre comme au M-A, même si, à force, c’est ce qui risque de nous arriver.
Alors ? Plus jamais ça ! Chiche !

Mais pas possible.Une sureté industrielle à 100% n'existe pas puisqu'elle est humaine.


A suivre !

 

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