Rouen, Seveso points communs et différences.

Il n’est jamais mauvais de revenir aux sources. Depuis, l’accident industriel qui s’est déroulé à Seveso dans la banlieue de Milano en juillet 1976, les différents états européens ont classifié les usines à risque selon une certaine échelle en fonction de leur dangerosité due aux composants chimiques qu’elles manipulent et fabriquent.

Parfait !
Et alors ?
Et bien, on est prié de faire attention à ce qu’on fait. Des normes de sécurité sont obligatoires pour les industriels. Les personnels doivent être informés, entraînés, surveillés. Les administrations sont tenues d’être au courant et de vérifier si toutes les consignes de sécurité sont bien appliquées. Ce qui suppose des crédits, du personnel, des fonctionnaires, des comités d’hygiène et de sécurité libres et compétents

Quant aux populations qui habitent alentour, chut ! calme et sérénité. Si jamais, par hasard, survenait un accident grave, elles doivent obéir à des consignes de sécurité disponibles en mairie, distribués parfois dans les bulletins municipaux.
En cas d’alerte par les sirènes, chacun doit se confiner dans sa maison ou son appartement, ouvrir la radio sur France Inter ou la radio régionale, voire FR3 à la télé. Ce qui suppose que l’électricité fonctionne. Ne pas évacuer dans la précipitation afin de ne pas gêner les secours. Garder son sang-froid. Les autorités compétentes (sic) donneront les consignes à suivre au fur et à mesure que l’on en saura mieux sur la réalité du danger encouru.

Pour le moment, ce qui s’est passé à Rouen est différent de Seveso. Même si, la population a dû attendre et attend toujours des précisions sur la réalité de la dangerosité de ce qu’elle vit.
En 1976, les fûts de dioxine laissent échapper leur poison. L’usine incriminée faisait aussi dans l’herbicide (tiens, tiens) et certains produits qui se répandent, sont semblables à l’agent orange utilisé par les forces de la pax americana sur le Vietnam.
Conséquences, les arbres alentours jaunissent rapidement, des moutons crèvent en nombre, et les enfants présentent des lésions cutanées soudaines.

Rien à voir avec ce qu’ont subi les normands et les picards. Pour le moment ! Ouf !

Mais, dans un certain périmètre, autour de Seveso, des maisons vont être détruites. La population évacuée dans une aire plus large, et il faudra attendre plusieurs années pour que les familles reviennent dans leur logement. Enfin, dans la très catholique Italie, les services de santé recommandent aux femmes enceintes de se faire avorter. Certaines de celles qui n’obéiront pas et mèneront leur grossesse à terme ont donné naissance à des enfants handicapés, voire morts-nés. On a assisté à une recrudescence de cancers, ma non troppo. Et la surveillance sanitaire de la population concernée demeure.

A Rouen, nous pouvons donc dire que nous n’en sommes qu’au tout début de nos angoisses. Dans les deux cas, pas d’affolement, et incurie des pouvoirs publics comme des industriels à mesurer la gravité de la situation.
Aucun entraînement sérieux n’a été prévu pour aider les habitants à faire face à une situation pareille. Non distribution de bandes autocollantes, pas de système d’évacuation en bon ordre, pas de messages oraux ou sonores précis. Déclenchement de la sirène 4 H et demie après le début de l’incendie quand tout le monde part au travail et sirènes entendues seulement dans les commues directement impliquées par l’écharpe noire de pollution qui contient... on ne sait toujours pas trop quoi plus d’une semaine après tellement sa composition est complexe : multiplicité des composants, non connaissance de ce qu’ils deviennent sous l’effet de la chaleur. On cherche. On trouvera.

Quelles consignes seront donnés aux habitants de Rouen et des plateaux nord ?
Combien de temps production agricole et élevage vont-ils être interdits, douteux, puis garantis sans danger ? A suivre.

Principe de précaution. Adieu produits des jardins et des champs même bio ! Adieu fromage de Neufchâtel, produit AOC, dont l’aire de production a été touchée à 90%.

Dans quelques semaines la fameuse St Romain, fête foraine, régionalement connue, va s’ouvrir sur une zone située à 1,5 km de Lubrizol qui a eu droit au passage de la fumée, maintenant aussi mythique que le Pont Flaubert. On peut comprendre que d’aucuns vont hésiter à fouler un sol douteux où se mêleront odeurs de graillons et de restes d’hydrocarbures. Mais chut ! il ne faut pas désespérer les forains. «On est ls Campion, on est les Campions ! Allez, roulez jeunesse !»

Ci-joint pour les italianisants quelques articles sur Seveso et un sur Rouen vu d’Italie.

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