La majorité des gens sont des «gilets jaunes».

Réponse du gouvernement au «peuple souverain» qui veut recouvrer sa souveraineté bafouée depuis des décennies : un moratoire sur le prix des carburants, puis suppression des augmentations des taxes sur les carburants. Oui et alors ? Est-ce comme cela que l’on va sauver la planète ?

Quand, M. Macron va-t-il comprendre qu’il faut «à la fois, -ce qui doit le faire frétiller- rendre les fins de mois acceptables et empêcher une fin du monde que le système en place ne cesse d’accélérer ?

Autant soigner un cancer généralisé avec de l’aspirine.

1°) Nos gouvernants, gens intelligents, possédant ce «charme discret de la bourgeoisie», ne veulent pas comprendre dans quelle situation ils se trouvent.
2°) Le gouvernement entrevoit sûrement ce que devrait être une transition écologique digne de ce nom. Mais comme elle ne peut que remettre en cause les privilèges de ceux qui l’ ont placé là, autant demeurer dans un relatif statu quo.
3°) Difficile de répondre à un mouvement diffus, confus, sans représentants désignés, sans structure, sans vision à long terme, et qui fait preuve, à la fois, de courage, d’entêtement, et de volonté de changer son quotidien.
4°) Qu’est-ce qui réunit tous ces gens, appartenant à différents secteurs de la société ?

Tout le monde sait que l’optimisation fiscale est un privilège des riches qui a pour conséquence qu’ils ne contribuent pas à la richesse en fonction de leurs revenus réels. Insupportable.
Tout le monde sait que le ruissellement par le haut de l’enrichissement des plus riches n’est qu’un pipi de chat et ne concerne que le secteur du luxe : yachts, automobiles haut de gamme, résidences multiples, objets d’art, haute couture.
Tout le monde sait que les partis politiques de droite, comme de gauche ont failli, pour ne pas dire trahi, ceux-là même qui les ont mis au pouvoir. La mémoire collective des français a conservé les espoirs déçus par le mitterrandisme, le referendum négatif rejoué par le Parlement, le renflouement des banques sur le dos de ceux qui ont le plus souffert de leurs martingales à fabriquer de la bulle financière.
Tout le monde voit bien qu’il n’y a plus de représentants du peuple, issus du peuple dans les assemblées et que la démocratie représentative ne représente plus que les couches moyennes supérieures et les privilégiés. Nous sommes revenus à ces assemblées censitaires du XIXe siècle, constituées de possédants, de rentiers, de professions libérales.
Tout le monde sait que ce système économique à peine mieux contrôlé, peut à nouveau exploser. Car il est constitué de crises cycliques. On a beau essayer de nous tirer des larmes sur «la crise», comme si c’était une catastrophe naturelle, mais il n’en est rien. Le capitalisme repose sur des crises, comme les banques ne s’enrichissent qu’avec les endettements.
Tout le monde sait que les «paradis fiscaux» contiennent les capitaux qui pourraient couvrir l’endettement des états et que les diktats de l’UE quant à l’endettement des pays membres ne sont qu’un des moyens que possède le capitalisme pour maintenir des salaires bas, pour placer chaque citoyen en état de concurrence avec ses propres citoyens, pour précariser les vies, pour sombrer dans la peur et dans la haine de ceux qui tentent de venir vivre décemment en Europe, chassés par les conséquences des interventions militaires de l’USA-OTAN, des conséquences du réchauffement climatique...
Tout le monde sait qu’en restreignant le pouvoir d’achat des fonctionnaires, des retraités, des salariés, on embouche le cheptel minoritaire des riches et l’on crée cette colère que d’aucuns ont venu venir depuis quelques années.
Tout le monde sait que la disparition des services publics accélère la désertification des campagnes, des petites villes et parfois des villes moyennes laissant chacun face à un mal vivre, à un sentiment d’appartenir à une sous-citoyenneté. Ce qui n’empêche pas certains de crier haro contre les fonctionnaires.

Mais ne demandons pas plus de cohérence aux humbles quand les «sachants» se montrent eux-mêmes incapables de comprendre que sauver la planète est incompatible avec le système mondialisé et financiarisé reposant sur la croissance infinie dont ils sont les fondés de pouvoir.

5°) Quoi faire ?

hausse du SMIC et des pensions, compensée par une lutte plus efficace contre l’évasion fiscale ;
baisse de la TVA sur les produits de première nécessité compensée par une hausse sur les produits de luxe ;
gel des remboursements des traites pour décembre et janvier ;
blocage des loyers pendant trois ans avec ultérieurement augmentation proportionnelle au coût de la vie ;
alignement des pensions et des salaires sur l’augmentation du coût de la vie ;
prêt à taux zéro pour tout renouvellement de véhicule neuf ou occasion moins polluant que le véhicule habituellement utilisé ;
redéfinir la fiscalité en augmentant le nombre de tranches afin que tous se sentent solidaires des finances de l’Etat en proportion de leurs revenus ;
assurer la transition écologique en abandonnant la privatisation des barrages hydroélectriques, en encourageant particuliers et entreprises dans leur recherche de diminution de production de CO2 ;
relancer le rail et le transport fluvial en taxant les transports routiers ;
étatisation sans indemnités des autoroutes ;
mise en place d’une Assemblée Constituante mixte constituée pour moitié d’élus des différents partis et de citoyens volontaires tirés au sort et à parité en vue de doter la France d’une nouvelle République plus représentative du peuple français et en rupture avec la monarchie-républicaine actuelle.
redonner la possibilité de tirage à la Banque de France d’un euro-franc, condition indispensable pour que le pouvoir politique de la France puisse à nouveau s’exercer.
exiger que les multinationales, Amazon, Google, Apple etc paient leurs impôts sur ce qu’ils gagnent en France.
mettre en place d’une politique européenne favorable aux peuples qui composent cette UE, en uniformisant les salaires, les droits des salariés et des citoyens, en cessant de mettre tout le monde en concurrence faussée et en instituant un droit du travail européen calqué sur celui des membres qui sont le plus favorables aux salariés.
cette uniformisation se doit aussi de prendre en considération les spécificités des pays et des régions auxquelles les européens sont quasiment tous attachés. On ne saurait rayer d’un trait de plume plus de deux mille ans d’Histoire dans une purée technocratique.

Ce n’est qu’à ces conditions que l’on permettra au peuple français de recouvrer sa souveraineté telle qu’elle est inscrite dans la Constitution actuelle et qu’il faudra reprendre dans la prochaine. Qu’on ne compte pas sur un pourrissement du mouvement ! Certes, il se peut qu’il y ait une «trêve des confiseurs», mais le pouvoir macronien a beaucoup trop attendu. Les gens se parlent, réfléchissent, avancent des revendications nouvelles, prennent conscience de la réalité dans laquelle ils pataugent et, au-delà de leurs contradictions, de leurs excès, de leurs rêves, de leurs haines, ils sont capables de construire un avenir pour eux-mêmes comme pour les générations futures.

La violence mise en scène ne doit pas camoufler la violence cachée de ceux qui vivent avec un petit SMIC et même avec moins.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.