Mai 68 : qu'en reste-t-il ?

billet qui fait suite à celui sur les "acteurs" des "évènements de ce beau mois de mai, tout en espérance d'un avenir meilleur.

Qui a vraiment cru en la Révolution en 1968 ?

Le baby boom en effervescence s’est éveillé dès la fin 67.

Dans les entreprises, il y a bien des luttes, quelques grèves, mais cela ne va pas bien loin. Ça couve. Ça mitonne. On ne s’ennuie pas autant que Pierre Viansson-Pontet veut le faire croire. Une majorité d’OS travaille dans les usines. Travail répétitif, épuisant, avilissant que les robots non syndiqués remplaceront quelques années plus tard. On est las de ne pas bénéficier des fruits des efforts accomplis, de devoir s’endetter pour jouir des produits de consommation que l’on fabrique.

Par contre, dans les facs, cela bouge avec la mise en place des Comités Vietnam qui vont introduire dans les esprits des enfants de la petite bourgeoisie et des rares bacheliers boursiers les notions de « lutte de classe », de lutte contre l’impérialisme qui ne peut être, dans une premier moment qu’états-unien. On dit, par erreur, « américain », ce qui constitue une injustice permanente pour tous les citoyens de l’Amérique Latine et les Canadiens. Gringos, yankees sont les termes usités par les américains eux-mêmes.

C’est une jeunesse qui est habituée à lire. Elle n’a guère eu d’autre distraction, d’autre moyen d’évasion à part le cinéma qui, pour les urbains pouvait être hebdomadaire. A partir de 18 ans, elle commence à se politiser en recevant un enseignement fortement marqué par des enseignants marxisants. Histoire de se rebeller contre le prêchi-prêcha d’une majorité démocrate-chrétienne, bien en place et très atlantiste. Les CAL, comités d’action lycéens naissent fin 1967.

Or, dans les manifestations, les meetings, les assemblées générales, le logos, parfois surréaliste, va s’emparer des participants qui sont invités à confesser leur quotidien, leur vécu, à proposer des solutions, à rêver leur futur, à s’inspirer des mouvements de jadis. La parole pour tous. Avec slogans, formules choc. L’imagination de cette jeunesse explose. C’est son côté politique à la Rimbaud, mâtinée de Marx Lénine, Trotski, Mao, Castro, Che Guevarra et un peu de Fanon.
La Révolution de 1917 est dans toutes les mémoires, mythifiée bien entendu ! Tout ce monde-là a été éduqué selon « le mythe national « , tel que défini par Suzanne Citron dans son opus homonyme.
La Commune de Paris est elle aussi sublimée, comme le peuple parisien, communaliste plus que communard, sans-culotte, républicain qu’il soit de 1789, 1830 ou de 1848. Certains étudiants chantent les couplets de Bruant lors de leurs soirées intello-bacchiques.

Il y a idéalisation du passé et cette jeunesse de mai se l’est joué en 70 mm Toddao, comme les péplums de leurs écrans en cinémascope. Construire des barricades en 1968, sortir des pavés, se retrancher derrière, tout cela sent sa reconstitution historique.

Par contre, les voitures retournées et enflammées, c’est nouveau.
La démocratisation de la bagnole a tout juste commencé. Les classes populaires doivent s’endetter pour en acquérir une. Elle représente plusieurs mois de salaire.
Et, dans un premier temps, que des étudiants, nécessairement enfants de « bourges », aient un tel comportement va ulcérer les couches populaires des villes et des campagnes, touchées en plein consumérisme.
Aussi scandaleux que le jour où, plus tard, Gainsbar brûlera un billet de 500 francs, par défi, par humour noir, sur le thème de « j’en gagne des millions, c’est mon fric, j’en fais ce que je veux et je vous emmerde, ce n’est que du papier ».
Alors, quand ces « salopards » vont venir expliquer aux ouvriers, à ceux qui les fabriquent ces putains de bagnoles, ce qu’est l’exploitation, la lutte des classes, l’aliénation des masses, la révolte, que dis-je ? : que la Révolution est nécessaire, voire inéluctable. Il va y avoir comme une certaine méfiance, une douce rigolade, un rejet poli, et même quelques gnons qui vont partir.

Or, si les ouvriers les plus âgés, certains ont vécu 1936 et toujours en activité, sont un peu réticents, même si cela leur rappelle leur jeunesse, les plus jeunes, ceux qui ont échappé de justesse à la guerre d’Algérie que l’on appelle encore « évènements », vont être sensibles aux arguments anti-impérialistes, et ce sont eux, qui vont contraindre les centrales syndicales à prendre le train en marche. Surtout, après l’évacuation manu-militari de la Sorbonne et les nuits de matraquage et de gaz lacrymogènes avec poursuite des étudiants jusque dans les cafés ou les couloirs d’immeuble.
Un point partout, la balle au centre ! Chaque camp, celui de l’État gaulliste, celui des manifestants étudiants, ont commis leur faute politique.

La grève avec occupation des usines, « on ne l’avait plus vu depuis 1936 », une époque qu’on mythifie aussi, mais qui fut le contre-pouvoir à la montée des fascismes en Europe.
Pas du tout prévue par les différentes centrales. Pas par la CGT, alors courroie de transmission du PCF, financé par l’URSS et donc féal de cet impérialisme que l’on s’efforce de camoufler ; pas par la CFDT toute jeune, elle a deux ans !, en ayant rompu d’avec ses origines catho pour se laïciser. Elle est proche du PSU, progressiste, et poussera CGT et FO, cette dernière étant une « création » de la CIA au lendemain de la Libération pour diviser la CGT, la casser et permettre au patronat d’avoir affaire à des syndicats plus compréhensifs.

Les états-majors de ces centrales n’aiment pas trop être bousculés par leur base. Leur conception de la démocratie est « relative ». Les « sachants » ont horreur de la spontanéité des masses. Non sans raison, parfois. Il y a des saisons, des mois à éviter.
Or, il existe dans la jeunesse étudiante de l’époque, un courant maoïste, subjugué par « la Révolution Culturelle », anti-vieux, anti-mandarins, anti-démocratique, spontanéiste, interventionniste dans les entreprises, donneuse de leçons, théoricienne, qui donnera des leaders révolutionnaires en peau de lapin qu’on retrouvera ultérieurement comme fossoyeurs de la gauche, politiciens du nouveau PS mitterrandien, directeur de journal, « filousophes » habitués des plateaux de télévision, et quelques militants entrés en usine, comme on entre dans les ordres. Très peu de ces derniers resteront ouvriers.

Je passe sur les « évènements ». Je laisse aux aèdes et vieux soixante-huitards le soin d’évoquer leurs heures de gloire entre espoir et rigolade. Car ce fut aussi la fête comme toutes les luttes d’espoir, de lendemains meilleurs.

Les accords de Grenelle, qui ne sont pas rien, vont permettre à la classe ouvrière de retourner au boulot et aux actionnaires de s’en mettre à nouveau plein les poches. L’été approche. De Gaulle est allé se faire poutouner par Massu. Les pompes à essence sont réapprovisionnées pour la Pentecôte, le week-end est assuré, les bagnoles non brûlées peuvent rejoindre les résidences secondaires et les campings.

Grosse manif expiatoire de la droite aux Champs-Élysées avec Debré et Malraux titubant au-dessus de la flamme du Soldat Inconnu. La bourgeoisie pousse un ouf ! de soulagement. « Ah ! Les sales gosses ! »
La nouvelle Assemblée Nationale voit une poussée de la droite UDR au détriment du centre. La gauche, PCF et Fédération de la Gauche reculent. Le PSU marque quelques points.

On aurait pu croire que tout allait se poursuivre tranquillement.

Grave erreur. Il y a eu un avant et un après « mai 68 ».

Ces quelques semaines du peuple dans les rues des villes, grandes, moyennes et petites ont marqué les esprits, ont changé les mentalités, se sont inscrites dans la mémoire collective de la Nation, plus peut-être en France qu’ailleurs.
En Allemagne, la suite radicalisée par la bande à Baader a constitué un traumatisme que partagent les italiens avec les « anni di piombo ». et leurs attentats gaucho-fascistes si ce n’est mafieux. Gare de Bologne, enlèvement d’Aldo Moro. Extrême-gauche vérolée par le pouvoir démocrate-chrétien, la mafia et l’extrême droite. Loge P3 and Co.
La bourgeoisie pétocharde a toujours été prête à tout pour que ses privilèges durent. Y compris jouer avec le terrorisme d’où qu’il vienne.

Comme l’a fait remarquer Régis Debray, ce qui a le mieux fonctionné c’est ce que nul n’avait prévu : l’arrivée du féminisme,  naissance du MLF, les nouveaux rapports H-F, la contraception, la reconnaissance de l’avortement comme ultime moyen de choisir librement quand et combien d’enfants veut une femme.
Cela ne se fera pas sans manifestations, sans réunions, sans pressions diverses. Mais, quoi qu’en disent certains aujourd’hui, la jeunesse de 68 a réussi à ridiculiser la notion « d’honneur des mâles », ce patriarcat d’éleveurs de moutons qui ne trouve rien de mieux que de placer son prétendu « honneur » dans la petite culotte des filles, des femmes et des mères.
La notion infamante de « fille-mère  pouah ! » est devenue progressivement sans gravité, sans grande valeur morale, sauf pour ces conservateurs, fous de dieu des différentes confessions, tous unis contre la liberté des femmes à devenir seules propriétaires de leur corps.
La multiplication des unions hors mariage est la conséquence logique de ce qui précède, tout comme l’extinction de la notion de « bâtardise », cette condamnation infâme infligée par la bien-pensance hypocrite à des innocents.

Sur le plan politique… le PCF a montré ses limites. Il se croyait et se prétendait le « parti de la classe ouvrière ». La classe ouvrière l’ayant débordé, il amorce sa descente que va accélérer l’OPA de Mitterrand grâce au génial programme commun de la gauche après mise sur orbite d’un PS, tout beau, tout neuf, avec de jeunes barricadistes du Quartier Latin bientôt caciques, éléphanteaux aux défenses longues que les ors de la République éblouiront avec retournement de veste, compréhension à l’égard du patronat et du « capital » sous couvert de « réalisme » et d’adaptation à la mondialisation en gestation. Ne pas oublier les coups de Jarnac de la droite entre gaullistes et centristes, l’arrivée de Giscard et son élimination en faveur de Mitterrand, arrivé au pouvoir avec quelques voix gaullistes revanchardes.

La Ve République, ce « Coup d’État permanent », va soudain posséder des charmes monarchiques que le beau François M. va sublimer à l’aide de Jack Lang, tout en s’inclinant devant l’ultra-libéralisme de Reagan et de Thatcher. N’est pas de Gaulle qui veut.

Mai 68 ne survivra que dans le sociétal. Et encore, en s’érodant au fil des années et des reniements.

Les luttes qui se succèdent au cours des années 70, Lip, le Larzac, les innombrables débrayages dans les différents secteurs, n’empêcheront pas la « modernisation de l’entreprise » à la française. Soit, les délocalisations. Bravo au CNPF avec Gattaz-père et son slogan : « Les profits d’aujourd’hui, sont les emplois de demain ! » Applaudissements pour M. Jacques Delors, ci-devant européiste grand crin, et donc dé tricoteur en chef du « modèle français » issu du CNR. On a vu.
Le Medef, sans imagination poursuivra sa politique rétrograde, piétinera les accords que les luttes lui avaient arrachées. Tout va être fait pour délabrer l’État, les services publiques, sanctifier le privé, cette machine à broyer les salariés pour leur faire cracher de l’augmentation des profits avec pertes de salaires et insécurité permanente. Le « volant de chômage » plus l’immigration, plus les directives « zeuropéennes », rien de tel pour mettre les travailleurs à genoux, réduire les syndicats, et multiplier la précarité, les demi-boulots, la vie en miettes. Et en fond sonore, LA DETTE, qui ne sera jamais remboursée, qui correspond aux évasions fiscales des grandes sociétés et des milliardaires en place, mais tellement pratique pour tenter d’expliquer aux salariés la nécessité de leurs « sacrifices ». Blocage des salaires de la Fonction Publique, et donc aussi de ceux du privé.
La désindustrialisation de la France, la financiarisation de l’économie, l’abandon du keynésisme, l’enterrement inéluctable du Programme du CNR, ont été les politiques mises en place depuis le referendum perdu de De Gaulle et sa disparition de la scène politique.

Et pourtant, les luttes ont succédé aux luttes, vainement. Peut-être que les couches populaires ont oublié de mettre « l’imagination au pouvoir » et se sont laissé aller aux charmes de la consommation de masse, du confort, de la résidence pavillonnaire, des vacances à la mer, des deux bagnoles, et de l’aliénation dévirilisante de l’endettement perpétuel. Avec un seul Dieu : l’argent. Ce sont dans les quartiers où le taux de chômage est le plus élevé que la Française des Jeux ramasse le plus de monnaie. Le grattage et les drogues, fumette, tabac, alcool et plus, rien de tel pour effacer le slogan tagué sur les murs de mai 68 « Tout est politique ».

Sans sombrer dans le défaitisme, car nous sommes condamnés à l’optimisme sous peine de suicide, il faut avouer que l’esprit de mai 68 qui a le plus marqué les esprits, c’est l’irrespect et l’ironie à l’égard des prétendus « grands » de cette société du spectacle décrite par Guy Debord et Bourdieu. Ces « pipeules » qui font la une des revues de papier glacé sont des pantins, des marionnettes que la finance internationalisée anime.
La goguenardise est devenue un état d’esprit repris par les comiques de l’époque : Coluche, Desproges, le professeur Choron, Hara-Kiri puis Charlie Hebdo première période. Les prétendants au pouvoir sont même devenus eux-mêmes des pitres complices de shows télévisés où ils sont tour à tour ridiculisés s’ils menacent l’ordre établi, ou loués et vendus comme des savonettes s’ils sont le choix des décideurs économiques. Sunlights, paillettes et petites phrases, n’importe quoi pourvu que cela fasse du buzz. Le pire, c’est le silence radio-télévisé. Tout élu qui se sait pas faire des claquettes puis faire sortir les mouchoirs lors des tragédies de la vie, et se contente de bien faire son métier de maire, de député ou de conseiller régional ou de sénateur, loin des caméras, n’existe pas quelle que soit l'efficacité du travail exécuté.

Cinquante ans après mai 68, le politiquement correct made in USA, a émasculé la plupart des clowns. Plus de sciences-sociales en éclats de rire. On n’ose plus. La juridication de la vie sociale à l’américaine est un éteignoir à dérision très efficace. L’autocensure règne.
Dire, écrire, dessiner VRAI, sont devenus des défis surveillés par les milliardaires qui contrôlent 80% de la presse. « Le Monde », journal de références est devenu un journal de révérence avec parfois, quelques restes d’articles de bonne tenue.
La presse sur le net donne l’illusion d’une certaine liberté. Mais elle-même s’auto-surveille, s’auto-censure et se contente d’enquêtes sur des pipeules politico-économiques pour en dénoncer les turpitudes, les abus de privilèges, les coups entre coquins, les mensonges déclencheurs de guerres avec approbation d’anciens soixante-huitards devenus bons bourgeois, inventeurs de « la guerre humanitaire » sans oser remettre en question le système lui-même. Comme foutage de gueule, cela frise au génie de la République. Bombarder pour aider, sauver les gens ! ! !

Dernier soubresaut de mai 68  en date: la prise de paroles des femmes pour dénoncer les violences dont elles sont victimes chez elles, dans les transports en commun, ou sur leur lieu de travail. A nouveau le logos, donc la démocratie vivante. Une lutte qui va bien au-delà des pincements de fesse des obsédés de la braguette en tension. Car il y a aussi et surtout, la dénonciation des inégalités sociales dont elles sont les victimes, comme celles que connaissent les citoyens à peau mat, bronzée ou noire. Femmes-gens de couleurs, même combat ainsi que l’avait décrit Simone de Beauvoir.
Il est dommage que nous ayons assisté à un recul du topless sur nos plages. Les filles et surtout les petites-filles des papys-mamies de mai 68 n’osent plus se bronzer torse-nu. Faut-il y voir un retour d’une idéologie ringarde qui hait le corps ? La pression d’une partie de la société , celle des intégristes de toutes obédiences ? Un retour à une pudeur hypocrite ?

L’esprit de 68, c’est aussi tous ceux qui mettent en place des économies parallèles, des productions-distributions courtes, des retours à la bonne bouffe, à l’agriculture intelligente, durable, équitable, des monnaies locales, des jardins coopératifs, des entraides gratuites, du collectif dans une société ultra-individualiste.
Ce sont aussi ceux qui sont sortis pour vivre des « Nuits debout ! » en oubliant que ce n’est pas toujours confortable et que la saison doit s’y prêter.

Mai 68, c’est l’honneur de la France portée par tous ceux qui aident les migrants à survivre, à ne pas mourir, contre les lois iniques. Ils sont les héros résistants, dignes de ceux qui croyaient en un monde meilleur, plus équitable, plus humain, plus pacifié, plus libre.

En ce cinquantième anniversaire, le macronisme en gestation nous donne l’impression qu’enfin, les « braves gens », la gentry, la ploutocratie en ont fini avec les vieux barbus d’hier, aujourd’hui à la retraite et de plus en plus enterrés.
Cela sent sa Restauration, le Roi bourgeois et, (à la fois) son Badinguet. La démocratie n’est plus qu’une caricature où de plus en plus de citoyens sont conscients que les  élections sont bien « des pièges à cons », l’abstention en est la preuve.

Les salariés de la Fonction publique en sont au burn-out et se battent pour essayer de sauver ce qu’il reste des services publiques. En vain. Lobotomisés par une télé aux ordres, une majorité de français se frotte les mains en pensant qu’enfin, ces salauds de fonctionnaires vont eux aussi connaître la précarité, le salaire au mérite et le coup de pompe au cul s’ils ne font pas le taf.
Jalousie stupide de pauvres gens qui vivent dans le déni. La sécurité de l’emploi est inscrite noir sur blanc dans la déclaration universelle des droits de l’homme de 1945 et jamais appliquée. Tout être humain a droit à un emploi justement rémunéré. C’est pour cela qu’il faut continuer à se battre. Et non pour abaisser les droits et les rémunérations.

L’esprit de Mai 68, ce sont ceux qui ont annulé leur compte Facebook, cette machine digne de Big Brother, capable du meilleur comme du pire. Ce sont ceux qui dénoncent sans répit les atteintes incessantes à leurs libertés sous couvert de lutte contre le Terrorisme. La guerre perpétuelle institutionnalisée qui a pété à la figure de ceux qui l’ont imaginée à savoir les services secrets US au cours des guerres en Afghanistan et en Irak. Vivant eux-mêmes dans la peur de voir leurs privilèges remis en question, les ploutocrates mettent tout en œuvre pour que la peur s’insinue dans les esprits des citoyens. On encourage à s’armer, à se surveiller les uns les autres, et à dénoncer.
Nous glissons inexorablement vers des dictatures de moins en moins douces telles que nous les a décrites Rafaele Simone. Mais qui veut vraiment le savoir ? Il est tellement plus facile de s’acharner sur des minorités ethniques, sur des théories pétochardes de prétendu « grand remplacement », de résurrection d’un nationalisme ringard qui a toujours été fauteur de guerres, de croyance en des « sauveurs », messies de pacotille avec propos racistes, méthodes mafieuses et mépris absolu pour le peuple dont ils se prétendent les meilleurs défenseurs sans remettre une seule fois en question le système économico-politique, puisque eux aussi ont envie de s’en mettre plein les poches.
On nous rejouera la menace de la droite extrême, tout comme celle de l’extrême gauche.

Le centième anniversaire de 1917 n’a guère éveillé des velléités de vouloir mettre en place des soviets dans toutes les entreprises. Qui sait encore que soviet signifie « conseil » comme dans « conseil d’administration » qui n’est jamais qu’un « soviet de gros actionnaires et d’apparatchiks-technocrates » qu’une erreur de gestion peut envoyer au « goulag doré » avec parachute en or massif et matelas d’actions sur des comptes off-shore ?

Et pourtant, en dépit de tout cela, des braises restent encore rougeoyantes. Elles ne demandent qu’un souffle de la part de ceux qui auraient tout à y gagner en prenant leurs responsabilités et en défiant les forces obscures du pouvoir de l’argent, mais aussi les forces obscurantistes des intégristes des trois religions du Livre.

 

De nombreux ouvrages existent pour évoquer cette période : "Mai 68 et ses vies ultérieures" de Kristin Ross

"Les intellectuels contre la gauche" L'idéologie anti-totalitaire en France (1968-1981)

" La France d'Hier" années 50 à mai 68 de J-P Le Goff

"1968 de grands soirs en petits matins" de Ludivine Bantigny.

 

 

 

 

 

 

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