Journal d'un amoureux de la vie au temps du Corona Virus

24 e jour de confinement Mercredi 8 avril Et l'on commença à parler de sortie de confinement...

A peine levé, je consulte le Monde, et je tombe sur l’article suivant à propos de la sortie de confinement. Un coup de « bidule » de ma jeunesse sur la tronche et, vlan !, pas une caresse de CRS au bord de l’épuisement. Pourquoi ?
Je vais péter mes 77 ans le 2 mai prochain : rien de glorieux, mais nul doute que je vais être étiqueté « personne à risques ». Je m’en foutrai un peu, je suis un risque-tout depuis tout petit. Mais, là, ces malotrus, ils risquent de me toucher au porte-feuilles, me consigner, m’enfermer, me surveiller au doigt et au portable, et m’achever, si jamais j’attrape le SRAS-Covid-2 ou si j’ose transgresser leurs décrets ;
mon épouse, ma Reine, l’amour de ma vie, qui va, peut-être, fêter ses 78 ans le 15 août, porteuse d’une maladie pulmonaire dégénérative depuis sa naissance, déjà opérée du poumon, sous oxygène pour faire le moindre effort, y compris la nuit, est en sursis, donc sera décrétée « personne à hauts risques », pour elle-même, et donc pour les autres. Elle n’est pas prête de serrer ses enfants et petits-enfants dans ses bras, ou même de les recevoir à table.
Mais qu’est-ce qu’ils croient ? Que je vais revendre mon camping-car ? Que je ne vais pas descendre faire du naturisme à Octon comme tous les ans depuis… ? Que ce seraient finies mes parties de pétanque avec mes amis néerlandais, belges, allemands, anglais ? Que je vais demeurer prisonnier de mon EHPAD personnelle ? C’est ma mort qu’ils veulent ces guignols même pas foutus de fournir les masques nécessaires à la protection de la population ou les kits de détection pour connaître si l’on est sain, guéri, ou porteur malgré soi. Ces bonimenteurs qui se baladent sans masque dans les quartiers où les gens ne peuvent pas rester enfermés dans leur cage avec la marmaille qui tourne en rond comme le font tous les animaux de ménagerie, qui ont cassé l’hôpital public, réduit les effectifs, et envoyé leurs missi dominici « gérer » les comptes à la baisse en se fichant pas mal des besoins du personnel et de la population malade.

Ça va être la rébellion des cheveux blancs et des calvities rouges de colère. S’ils veulent notre disparition de la société, qu’ils aient au moins les couilles de nous en donner les moyens. On a vu, jadis, et revu et apprécié « Soleil Vert ». Plutôt mourir en douceur selon notre volonté que de devenir des parias. Encore faut-il organiser l’euthanasie, préférable à l’enfermement à perpétuité sans remise de peine possible. Moi, nous, nous avons une vie derrière nous. Alors, quelques semaines, quelques mois, quelques années de moins… Bof ! Quoi que…

Pourtant, comme tout être humain normalement constitué, la vie me passionne toujours autant. J’aime le goût de me sentir vivre, surtout lorsque je me promène en harmonie avec la nature environnante, lorsque je visite des monuments que mon imagination restaure en leur construction, j’aime les jardins, les parcs et les cris des enfants, et les amoureux sur les bancs publics ou allongés sur les pelouses ou sur le sable, j’aime les musées, les concerts, les routes secondaires, et le spectacle de « la mer toujours recommencée». L’odeur des forêts de mélèzes est différente de celle des forêts de pins, il y a des remugles de vase de ports à marée basse qui me ramènent à mon enfance, et des lisiers « délicieux » qui évoquent la Flandre belge ou la Bretagne. J’aime les rues animées, les terrasses bruissantes et les odeurs confuses des cuisines de restaurants qui me font voyager non seulement en France mais aussi dans le monde. Merde ! J’ai encore tout un tas de bonnes raisons pour continuer à vivre et non à végéter, à m’étioler dans un coin, à demeurer prisonnier de mon « home sweet home ».
Nul ne me déclarera vieillard à couver si ce n’est moi. "Personne à risques" ? Que nul ne se risque à oser m’entraver comme un vieux cheval de retour, moi qui suis né avec des semelles de vent.


Et puis, je veux bien m’occuper un peu à tenir un journal de confinement, mais certainement pas ad vitam aeternam. Un peu, ça va. Ce n’est pas trop déplaisant. Mais, au bout d’un certain temps, je risque fort de n’intéresser que moi-même, ce qui serait d’une infâme tristesse.
Il va falloir encore et encore résister et passer à l’offensive. Parce que dans ce qu’on nous annonce, ce n’est pas seulement les forces de l’Etat qui vont tenter de nous contraindre, mais aussi, nos enfants et petits-enfants, ceux qui nous sont le plus cher et qui, naïvement, ne veulent pas nous perdre, qui nous aiment et se feront les alliés de nos geôliers pour « notre bien ». Merci, mes chéris !
Mais notre « bien » peut ne pas être le vôtre.
Ce n’est qu’un début ! Continuons le combat !

De toutes façons, pour le moment, ils pédalent complètement dans la semoule, la choucroute et la fange de leur ignorance. Le Sras-Covid-2 les laisse perplexes. Ils se tirent dans les pattes pour trouver un médicament, un vaccin qui arrivera… tardivement, et c’est au labo qui trouvera la solution que reviendront les bénéfices colossaux. Alors, on peut douter de la sincérité des échanges sur les recherches privatisées. Quant à celles qui sont d’État, elles n’existent que dans le cadre de partenariats publics-privés. Ce sera donc du même tonneau.
Et le virus fera son chemin, la seule solution étant une réponse collective par immunisation de masse. Pas la peine de tourner autour du pot ou de remuer du cou pour scier droit.
Alors, basta cosi ! Leurs consignes de sortie de confinement, ils peuvent se les carrer là où ils veulent. Je sortirai de mon confinement quand je jugerai que je ne me mets plus en danger et surtout pas les autres. J’ai toujours eu du mal à obéir, et ma femme aussi. Nous sommes comme ça. Et avec le temps, ça ne s’arrange pas.


Allons continuons de résister et de garder l’œil clairvoyant, en toute indépendance, en toute lucidité comme l’un des plus grands observateurs de notre monde contemporain, Noam Chomsky.
C’est un peu long à écouter, mais ça en vaut la peine.
Bien pires que l’épidémie, deux maux nous menacent : une guerre nucléaire et les déséquilibres environnementaux, avec les conséquences que tout le monde peut imaginer. Mais en attendant, que ce soit Chomsky, ou même Strauss-Kahn qui sort de sa mise au ban de la société, tous deux sont conscients que nous vivons un « choc » planétaire et que la réponse doit être planétaire.

L’un prône pour une révolution des esprits et une remise en question fondamentale du système mortifère qui nous a conduits à ce que nous vivons ; l’autre en bon social-démocrate, propose des changements, des améliorations, une intervention des états et des banques centrales afin qu’à terme, après une période de confusion à laquelle nous n’échapperons pas, « tout recommence comme avant ».

 

En complément de ces articles, écoutés, lus et de l’écriture, il a fallu, comme la semaine dernière que je supplée à l’absence de notre aide ménagère. Hier, nettoyage des sols du rez-de-chaussée, et ce matin le premier étage, deux chambres plus mon bureau-chambre-bibliothèque. Elle ne vole pas son salaire, et ça sera à recommencer la semaine prochaine.
Avantage du confinement, enfin ! Si l’on peut dire, car elles nous manquent, pas de réceptions d’amis ou des enfants. Donc moins de salissures, moins de repas à faire, moins de courses. Moins de dépenses aussi jusqu’à l’effondrement de l’euro, la hausse des prix, et la disparition de quelques petites économies. Bof ! On verra.
Par contre, un petit bonheur du jour. Je suis allé chercher le barbecue à gaz dans la soute du camping-car et nous avons mangé nos premières brochettes de l’année, dehors, au soleil, avec un couple de ramiers qui se faisaient des mamours dans le cyprès. Tu parles «s’ils s’aimaient d’amour tendre »… C’était des battements d’ailes avec fuite d’un arbre à un autre, et des « je t’aime moi non plus », et des « tu veux ou tu veux pas ? » à n’en plus finir. Au dessert, ils étaient partis faire un tour, sans avoir pris leur auto-ausweiss obligatoire, même que j’aurais aimé qu’un flic de la BAC de Seine Saint Denis vienne réclamer le sien au « commandant en chef » Manu l’Amiénois.

Ne jamais oublier que « l’exemple vient toujours d’en haut ».
Avec Trump, Bolsonaro, Orban, et Johnson, sans compter Mohdi et le pire Duterte quelle bande de « responsables politiques » sévit sur les différents pays de la planète pour le plus grand bonheur des 1% les plus riches.
Et même les Xi Jinping et autres Poutine. Un concours de garçons de cour de récré à qui pisse le plus loin. Là, ça va être « qui a le mieux géré l’épidémie". Et le vainqueur est, pardon, sera…
Même les « spécialistes » ces économistes, ces Nostradamus de plateaux-télé, ces nains de la pensée, nous enfument à longueur d’émissions et tentent de jouer les grands. C’est à crever de rire si cela n’augurait des malheureux en masse.
Car, ce dont je suis sûr, c’est la multiplication des « misérables » et une multiplication bien plus imposante que celle des « pains » de la littérature chrétienne. Nous n’avons pas fini d’en baver. Car, tous sont morveux, et tous ont peur. Donc, ils nous feront payer leurs cauchemars dont ils sont aussi les complices.

Nous vivons avec des épidémies depuis des siècles. Nous avons compris comment elles fonctionnaient depuis deux siècles et demi. Nous possédons des moyens d’investigation et de recherche comme jamais l’humanité n’en a connus et, parce que les laboratoires gagnent plus à trouver des formules anti-rides que des vaccins ou des molécules anti-virales ou anti-bactériennes, ça tombe un peu partout. Ce que je conteste de plus en plus, c’est ce confinement généralisé qui serait « la seule solution » à gérer l’épidémie.
Non ! C’est la seule solution à atténuer les conséquences de la politique de réduction des crédits pour la santé publique. En clair, le système néo-libéral que nul ne conteste ou presque, est un système mafieux qui n’a aucun respect pour la vie de l’humanité si ce n’est la vie des 10% le plus aisés. Qu’on ne l’oublie jamais !

 

Italie : et encore un pont qui s’écroule. Entre la Spezia et la région de Massa en Toscane, un blessé léger compte tenu du peu de circulation consécutive au confinement toujours en action. Il est vrai que depuis une dizaine d’années, je constate que les routes nationales, les SS Strade Statale, et les routes secondaires se dégradent bien pire qu’en France. Nids de poule, ponts mal entretenus de plus de 50 ans, rafistolages, même en ville, l’infrastructure ressemble de plus en plus à ce qu’on rencontrait dans les années soixante.
Gare ! Cela nous attend. A quelques exceptions, selon la Région et le département, nous avons la chance d’avoir encore un réseau routier plaisant et plutôt bien entretenu. Pour combien de temps ?
Belle exception en Corse, pays de montagne, ce qui n’est jamais très facile, où que ce soit, sauf en Suisse et en Autriche ou en Allemagne alpine. Mais la plus belle île de la Méditerranée n’a jamais été facile à gérer. Il y a des fuites de subventions comme des oublis de déclarations de revenus. Un peu plus qu’ailleurs. Pourtant la plupart des corses que j’ai rencontrés étaient des gens charmants et plutôt accueillants. Face à mes interrogations, certains de mes étonnements administratifs, j’ai eu droit à des regards muets vers le ciel accompagnés d’un haussement d’épaule. Sous entendu, « Ici, monsieur, c’est la Corse. Pas le continent ».
« Et la Corse, c’est la Corse et qui tient à la rester ! » comme aurait pu le dire De Gaulle qui, dans une envolée lyrique avait osé : «  Ah ! Fécamp, beau port de mer et qui compte bien le rester ! »

Il est vrai que le "haut métier » des pêcheurs de morue était en voie d’extinction. Les Terre-neuvats avaient réussi à épuiser la ressource au large des côtes de Terre-Neuve. Pourtant des navires-usines continuent de sévir, pratiquent la pêche à la croquette et au pané. Quant à la morue salée, de plat du pauvre, elle est devenue plat de bobo. Tout comme les gendarmes, ces harengs fumés que mangeait l’un de mes oncles au petit-déjeuner, car homme de chantier à la SNCF qui grimpa les échelons, il petit-déjeunait « à la fourchette ». Ce qui étonnait ma mère et mon père, café au lait pain beurre.

 

Et toujours les statistiques en provenance de Johns Hopkins sur la propagation du virus. Il faudra bien qu’on nous explique un jour pourquoi Espagne, Italie et France ont eu un tel taux de mortalité, alors que l’Allemagne, les Pays-Bas, le Danemark restent inférieurs. Je ne parle pas du Venezuela, de Cuba, ou comme hier du Vietnam, car ça pourrait vexer. Bien sûr, il y a les USA qui n’ont pas dit leur dernier mot.

 

Il fallait s’y attendre, mais Bernie Sanders, jette l’éponge. La campagne est devenue infernale avec la présence de Coco Rona qui vient tout bouleverser et Trump et ses républicains qui en ont rajouter, en obligeant les démocrates à choisir leurs grands électeurs en pleine épidémie. Ce sera donc Joe Biden, 77 ans aux fraises, qui défendra les couleurs des démocrates face à l’agent Orange si l’un des deux n’est pas contaminé d’ici là.
Les riches et les moins riches poussent un ouf ! de soulagement. Ils pourront en toute tranquillité faire face à leur crise économique, en faisant tout pour conserver leurs privilèges en toute bonne conscience. D’autant que si le Covid-19 sévit partout, le plus grand nombre de victimes se situe chez les pauvres. Mais gare ! C’est un vicieux. Mais que ce soit l’un ou l’autre, je souhaite bien du courage aux citoyens US et donc, aussi à nous tous qui sommes sous leur Empire.
Macron en tête ! Entre lui et Trump c’est Montoire* tous les jours. ( Charmante petite commune possédant un tunnel à l’abri duquel le train d’Adolf H s’était garé pour que Philippe P puisse venir lui serrer la louche et le prier de placer la France en bonne place dans le IIIe Reich qui allait envahir le monde, soit le début d’une collaboration qui allait coûter un max à tous les français à commencer par nos concitoyens israélites) .

 

 

Poète de la vérité et de la lucidité Philippe Jaccotet est aussi traducteur. Né en Suisse, il se plait aussi du côté de Grignan, où j’ai passé, trois jours délicieux, au printemps, il y a déjà deux ans. Re-visite du château restauré avec un jeune guide passionnant, achat d’un condensé des Lettres de Mme de Sévigné à sa fille, en livre de poche, un délice d’écriture Grand Siècle où le beau parler transforme le moindre cancan de cour en bonheur de dire.
On n’est jamais seul avec les livres. Il faut s’en méfier. Ils rapprochent et éloignent des hommes.
Ainsi, en ce moment, je redécouvre « Mort d’un personnage », deuxième roman du cycle d’Angelo de Jean Giono dans le volume de la Pléiade que m’a offert mon aimée pour le solstice d’hiver, dans la mesure où, depuis mon séjour à Marseille, je mets des images, floues, sur les rues que parcourent les personnages.

Sois tranquille, cela viendra ! Tu te rapproches,
tu brûles ! Car le mot qui sera à la fin
du poème, plus que le premier sera proche
de ta mort, qui ne s’arrête pas en chemin.

Ne crois pas qu’elle aille s’endormir sous des branches
ou reprendre souffle pendant que tu écris.
Même quand tu bois à la bouche qui étanche
la pire soif, la douce bouche avec ses cris

doux, même quand tu sers avec force le nœud
de quatre bras pour être bien immobiles
dans la brûlante obscurité de vos cheveux

elle vient, Dieu sait par quels détours, vers vous deux,
de très loin ou déjà tout près, mais sois tranquille,
elle vient : d’un à l’autre mot tu es plus vieux.

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