Journal d'un amoureux de la vie au temps du Corona Virus (suite et fin)

55e et 56e jour de confinement Et Max arrêta son journal, en attendant le prochain confinement...

55e Jour de confinement

Samedi 9 mai

 

Et puis, il y a la Suède.

Des consignes données par les services de santé. Un appel à la responsabilité de chacun. Le choix personnel de se consigner si jamais l’on est malade. Un service de santé efficace et qui n’a toujours pas été débordé. Une population moins dense que la nôtre, même si les principales villes connaissent les mêmes problèmes que les toutes les villes du monde. Un habitat un peu plus spacieux. Quelques quartiers avec une forte densité de réfugiés vite dressés aux coutumes suédoises. Et le choix d’une immunité de masse pour les plus jeunes et d’un confinement volontaire pour les plus vieux.

Du coup, les statistiques de décès et de contaminés sont semblables à quelque chose près à celles de leurs voisins.
Mais surtout, il n’y a pas eu arrêt de l’économie mais seulement, mise au ralenti. Donc, on peut s’attendre à ce que la Suède ne connaîtra pas les dégâts des autres pays qui ont considéré leurs concitoyens comme des petits chenapans, incapables de prendre leurs responsabilités, et se précipitant dans le Corona-Virus avec une délectation de cochon se baugeant dans un trou de d’eau boueuse.

Chez nous, c’est la voix impérieuse du Président-Roi, tout puissant. C’est le déchaînement des amendes, sur-amendes, voire emprisonnement, où les forces de l’ordre sévissent, cognent, poursuivent, font la loi quand les consignes à appliquer sont sujettes à interprétation, jugent et sanctionnent. Panpan cul-cul, tel aura été le comportement des pays latins.

Il est vrai que la Suède comme les autres pays scandinaves sont de tradition protestante qui font que chaque citoyen est responsable devant Dieu et devant la communauté.

Peu à voir avec les pays catholiques où l’on pardonne à tours d’Ave et de Pater les péchés recueillis par l’oreille attentive des prêtres.
Il y a même eu et existe encore des moyens financiers qui permettent d’obtenir des « grâces plénières », des « indulgences », et constituent un investissement dans l’au-delà. Ce qui ouvre la porte à toutes les transgressions possibles et rendent malades les mafieux si jamais l’Eglise ose les priver des saints sacrements.

Mais la déchristianisation peut déboucher sur deux comportements contradictoires : l’un sur cette morale TPMG (Tout Pour Ma Gueule) si caractéristique du système ultra-libéral et qui remise les valeurs chrétiennes protestantes et catholiques au rayon des objets trouvés ; l’autre, qui balaie les pardons distribués à l’envi et fait de chaque citoyen libre un être adulte et responsable tel que défini dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Chacun jouant le plus souvent sur les deux tableaux.

Le temps des « comptes à rendre » devra passer.

La gestion pitoyable à laquelle nous avons été confrontés se doit d’être étudiée, analysée, pesée et éventuellement condamnée pénalement.

Dès à présent, dussé-je me répéter, le « Saint Marché » a fait la preuve du danger qu’il représente pour l’humanité.
Le libre-échange, la course aux profits, la concurrence perpétuelle, les transports irrationnels, cette destruction systématique des forêts, de la Nature, ce rapprochement inéluctable de l’espèce humaine avec les espèces animales sauvages tranquilles dans leur biotope que l’on vient ravager, tout cela, c’est la manière de vivre qui nous est imposée et dont nous aurons tant de mal à nous débarrasser.
Non pas pour revenir en arrière comme se moquent les imbéciles au service des actionnaires hystériques, mais pour vivre autrement, mieux et plus longtemps, en harmonie avec notre environnement, en passagers respectueux du satellite dont ils dépendent.

Or, tous ceux qui veulent un APRES semblable à l’AVANT, et ils sont nombreux, constituent les complices de ce Covid-19, tueurs et sont donc passibles des assises. Bien entendu, un tel procès n’existera jamais. Et pourtant…
Mais, ne suis-je pas moi-même quelque peu morveux ? Hein ? En grattant bien, n’ai-je pas envie de filer au plus vite avec mon camping-car vers les plages de la côte normande, histoire de respirer un peu d’air iodé, de voir d’autres horizons ? C’est comme cela que l’on deviendrait vite l’âne de la fable, à défaut d’être un âne tout court.

La route va être longue. Les vieux n’en ont plus pour longtemps. Les nouvelles générations devront faire face. Bon courage à elles. Ce que nous leur laissons, nous n’en sommes pas toujours fiers, loin de là. Elles ne nous pardonneront jamais. Et elles auront bien raison.

La moindre des choses, au Tribunal de l’Histoire, ce sera de plaider coupable. Mais l’on sait bien que ce tribunal-là juge des morts et ne débouche pas toujours sur une amélioration du quotidien des vivants.
L’exercice relève de la jouissance intellectuelle, qui, parfois, peut éveiller quelques consciences et changer le destin.

Moscou : pas de grande parade militaire.

Poupout tout seul, avec une musique et un bout de régiment dans le fond est allé déposer une gerbe à la mémoire des millions de soviétiques morts au champ d’horreur.

Le Corona-Virus met les puissances militaires au repos. Ce qui n’empêche nullement Trump de tout faire pour que ne s’arrêtent pas les armes. Il constitue à lui-seul le plus grand danger de la planète.

Il y a comme une espèce de jouissance mesquine dans la voix des présentateurs, toutes chaines confondues pour nous annoncer que la Russie, elle aussi, subit l’attaque du virus, en phase montante, avec vision de Moscou confinée. Poutine a botté en touche en donnant toute leurs responsabilités aux gouverneurs des provinces. Apparemment, l’état des services sanitaires est aussi en charpie que le nôtre. Des compressions de personnel, sans doute recommandées par des zélateurs de l’école de Chicago qui s’était abattue sur l’URSS lors de son implosion et qui avait mis « la stratégie du choc » en application.
Bien entendu, nos folliculaires nous avertissent que les chiffres officiels donnés par les autorités ne correspondent pas à la réalité. Ils se gardent bien d’avouer que c’est tout aussi valable pour les nôtres même si des efforts ont été fournis.

Journée sèche et douce

Après l’achat de la presse, de la viande, préparation du repas. Puis remise en fonction du camping-car : mise en place de la literie, remplissage du réservoir d’eau potable, produit chimique pour la cassette W-C, descente du linge de toilette et ce qui va avec, début de chargement de la nourriture, quelques boites de conserve, de quoi faire le petit déjeuner, pyjama, essai du gaz et du chauffage. Lundi, direction la mer. Je suppose que je ne serai pas le seul.

Il y a eu désherbage d’un massif et mise en terre des dahlias conservés dans le garage.

A presque 24 h, pluie orageuse, avec roulement de tonnerre. Jupiter fait des siennes.

Il est temps de rejoindre le lit, de se plonger dans « La panthère des neiges » très bien pour atteindre la sérénité indispensable au sommeil et je vais me laisser aller dans les bras de Morphée.

Plus qu’un jour pour terminer ce journal de confinement, devenu une habitude et apparemment attendu par certains et certaines. Tout a une fin.

Pull Corona

Reine a reçu la veille du confinement les pelotes de laine nécessaires à fabrication de mon pull. Il est terminé aujourd’hui. Que voilà une occupation de confinement agréable pour tous deux. Je suis habillé pour l’hiver prochain, si nous le voyons et elle aura vaincu son ennui. Il est vrai qu’elle est capable de jouer des aiguilles tout en regardant un film ou un doc à la télé.

 

56e jour de confinement
dimanche 10 mai

10 mai ?

10 mai… Oh ! Fichtre ! C’est l’anniversaire de mon petit frère qui va péter ses 70 balais.

Il habite une masure qu’il a retapée dans la Loire à 40 km de Saint Etienne. Trois maisons sur une colline, avec vue splendide sur la plaine du Forez et ses monts à l’horizon.
Il a toujours vécu en marge, en quasi autarcie avec une femme infirmière psy. qui a pris sa retraite le jour où une compression de personnel, déjà ! -on était dans les années 90- la laissait seule de garde, la nuit, avec des malades dangereux, sujets à crises de démence agressive à caractère sexuel.

Elle n’a pas eu envie de se faire violer et trucider pour moins de 2000 € par mois. Car c’est ça aussi, la politique de nos technocrates sortis de HEC.

 

Ça coûte moins cher d’applaudir les soignants tous les soirs, voire de leur accorder une prime exceptionnelle, pour solde de tout compte, que d’augmenter substantiellement leurs émoluments.

Et, un coup de com’ par-dessus avec des trémolos dans la voix pour les monter en « héros du quotidien » comme on monte les œufs en neige. Une ch’tite larme à l’œil serait la bienvenue.
Et l’on continuera de fermer des lits et de supprimer des postes. Après tout, on se dira que ça ne s’est pas si mal passé que ça.

Même les masques… Un scandale ? N’exagérons rien. Un petit cafouillage.
Et ceux qu’on a jetés, « ils étaient pourris » (dixit Véran lui-même), avec des bémols de la part de ces personnels hospitaliers toujours prêts à râler, qui osent prétendre qu’il en restait encore pas mal de très bons. Allons, allons ! Marcheurs ! En arrière, toute !

Car nul doute que nous allons nous retrouver, sous peu, quelques années en arrière avec du chômage en hausse, des faillites à gogo, et l’impossibilité de repartir comme des dingues, sauf utilisation de robots et d’I.A. dans tous les secteurs. On en parle, on en parle…Et les coréens, les japonais y sont déjà.

Avant c’était les USA qui donnaient le ton, aujourd’hui, ce serait plutôt l’Asie du S-E.

 

Télé-travail vécu

Cela va continuer. Mon fils Dante, le dernier, n’en peut plus et pourtant, il nous a confirmé hier qu’il va devoir continuer à bosser seul, dans ses 49 m2 à Paris afin d’éviter d’encombrer le métro.

Certes, pas de déplacements donc moins de pollution, moins d’embouteillages.
Mais croire qu’on organise sa journée pépère comme n’importe quelle profession libérale, macache. C’est qu’on se doit d’être écran ouvert, à la merci d’une demande de visio-conférence à n’importe quel moment, et avec surveillance de tous. Chacun sait, si les collègues sont en ligne ou non. Il y a surveillance accrue, efficacité certaine, mais en même temps épuisement à cause de la solitude, de l’enferment, du manque de contacts, de ces gestes, clins d’œil, vannes, blagounettes, et autres échanges amicaux autour de la machine à café, si ce n’est la cigarette fumée en extérieur avec ami(e) pétuneur ou pétuneuse.

Rien à voir avec la manière dont travail mon autre fils Fabrice, architecte, à son compte, qui organise son travail en fonction des conditions météo pour aller faire du Wind-surf ou du parapente, quitte à bosser une partie de la nuit. Restent les visites de chantier, les séances de papouillopsychologie avec les artisans, les contrôles d’évolution du chantier et les états d’âme de la clientèle qui en veut plus que pour son argent.

Quant à mon gendre, lui aussi, télé-travailleur depuis trente ans, il reçoit des textes à traduire. Accepte ou non ! Détermine ses heures de travail. Sait qu’il faut qu’il rende pour telle date. Et, comme c’est un bon, il est régulièrement appelé pour aller faire de l’interprétariat dans les usines, aussi bien en France qu’en Allemagne ou en Suisse. Ça le sort de chez lui.

En ce moment, que dalle ! Il fait partie des victimes économiques de l’épidémie. Heureusement qu’il y a le salaire de ma fille pour faire bouillir la marmite.

Elle-même, télé-travaille puisque l’INSA est fermé et qu’on n’a pas trop besoin d’elle pour préparer les manips des étudiants, quant aux autres professeurs et chercheurs il speuvent faire avance le smilblick sur leurs ordi.
Il n’empêche qu’elle doit faire des commandes, gérer la rentrée prochaine, participer à des Visio-conférences et hésitait sérieusement quant à l’achat d’une machine nouvelle 3 D pour fabriquer des masques protecteurs en plastique de manière quasi industrielle.
Ces masques relèvent de la plasturgie et non de la 3 D. Elle n’est pas du genre à jeter l’argent par les fenêtres, y compris l’argent de son institut.

Elle s’est construit son nid à télétravail dans la salle de bain, car, pour être efficace, il faut que chacun ait son trou. Les filles ont chacune leur chambre, Andreas a son bureau sur un pallier, Elsa avait son bureau à l’INSA et pas question de mettre une table et de quoi bosser dans la chambre.

Il y a des limites à l’immixtion du boulot dans l’intimité des salariés, merde !

 

Arrêt du journal de confinement

Ce coup-là, ce n’est pas une fausse sortie de « vedette vieillissante » qui teste si elle a encore du succès. Non ! Je ne serai pas le Charles Aznavour du Journal de Confinement.

Il faudra attendre mes prochains billets.

J’ose espérer avoir aidé mes lecteurs et lectrices à passer le temps dans la lutte et l’humour, dans la lucidité et la beauté de la poésie.

Je sais bien que je ne vous ai guère appris grand chose que vous ne sachiez déjà. Mais avouez qu’il m’est arrivé d’anticiper des articles et que quelques-unes de mes réflexions ont été reprises, amplifiées, étoffées par meilleur que moi.

Les quelques considérations personnelles auront servi de témoignage. C’est comme cela que l’on a vécu cet arrêt brutal de l’économie folle durant l’année 2020, où la moitié de l’humanité a été contrainte de rester en résidence surveillée.

Aucune guerre n’avait jamais réussi à mettre à l’arrêt une telle quantité d’humains. Suite à cette épidémie mondiale qui a servi de catalyseur pour mettre en lumière que le système ultra-libéral globalisé est une folie meurtrière pour l’humanité, il va s’en suivre, nécessairement, puisque prévue bien avant l’arrivée du SARS-CoV-2, une crise financière et économique sans précédent.

Nul doute que les gouvernements vont libérer les fonds nécessaires pour sauver les banques et les grandes compagnies avec plus d’efficacité qu’ils n’en ont eue pour sauver les humains.
S’ils croient revenir au rythme de production antérieur, ils se trompent et ils nous mettront en grand danger de disparition prématurée. Si jamais ils s’acharnaient.

Sauront-ils imaginer une autre économie ? Auront-ils compris que la plus grande richesse, aussi bête que ce soit, c’est la santé ? Sauront-ils donner les moyens aux services hospitaliers et des EHPAD de faire face à la prochaine épidémie, qui suivra un sursaut de celle qui sévit actuellement et qui va continuer de ravager le monde encore pendant des mois ?

Saurons-nous nous conduire en adultes et rejeter ceux qui nous prennent pour des gamins mal mouchés ?
Il faut qu’une Renaissance de la politique survienne, il faut que, tous, nous croyons en nous et vainquions nos peurs.

Vivre prudemment, vivre intelligemment, mais vivre !

N’ayons pas peur des autres ! Ce sont des autres nous-mêmes. Nous sommes condamnés, que ça nous plaise ou non, à vivre ensemble et avec l’éventuelle menace de ce virus. Un parmi tant d’autres avec lesquels nous vivons depuis des générations.

Et puis, regardons les chiffres et comparons-les à la population mondiale, à celle de notre pays.
Derrière les « informations », n’y aurait-il pas comme de la propagande pour nous obliger à l’obéissance des « sachants » qu’ils appartiennent au personnel médical ou politique ?

Certes, il est toujours atroce de perdre un être cher, mais c’est dans la logique des choses. Il nous faut ré-apprendre pour ceux qui s’y refusaient, de vivre avec la mort puisque la vie en procède.

Que ceux qui se croient éternels lèvent le doigt !

N’oublions pas que nos libertés sont sacrées. Ne nous laissons pas privés de ces libertés indispensables au bonheur de créer, de nous distraire, de voyager, de rencontrer nos amis, nos familles, de VIVRE, quoi ! Car, nous n’avons qu’une vie ! Longue ou courte, ne la ratons pas et ne laissons quiconque nous la gâcher !

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Et comme cadeau de beauté à vous chères lectrices et vous, chers lecteurs, ce poème de René Char :

                                                                                J’HABITE UNE DOULEUR

Ne laisse pas le soin de gouverner ton cœur à ces tendresses parentes de l’automne auquel elles empruntent sa placide allure et son affable agonie. L’œil est précoce à se plisser. La souffrance connaît peu de mots. Préfère te coucher sans fardeau : tu rêveras du lendemain et ton lit te sera léger. Tu rêveras que ta maison n’a plus de vitres. Tu es impatient de t’unir au vent, au vent qui parcourt une année en une nuit. D’autres chanteront l’incorporation mélodieuse, les chairs qui ne personnifient plus que la sorcellerie du sablier. Tu condamneras la gratitude qui se répète. Plus tard, on t’identifiera à quelque géant désagrégé, seigneur de l’impossible.
Pourtant.
Tu n’as fait qu’augmenter le poids de ta nuit.Tu es retourné à la pêche aux murailles, à la canicule sans été. Tu es furieux contre ton amour au centre d’une entente qui s’affole. Songe à la maison parfaite que tu ne verras jamais monter. A quand la récolte de l’abîme ? Mais tu as crevé les yeux du lion. Tu crois voir passer la beauté au-dessus des lavandes noires…
Qu’est-ce qui t’a hissé, une fois encore, un peu plus haut, sans te convaincre ?
Il n’y a pas de siège sûr.

 

 

A plus tard les amis.

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